J'ai un magazine entre les mains, et je llis :
- espérer
- partage
- révolution
- réenchanter
- slow xxx
-vie intérieure
- pacte
- solidaire
-minceur durable ;-)
- savoir revivre
- efficacité connectée
- légèreté de l'enfance
-holistique
- approche globale de l'humain
-modernité
-écouter son corps
- science participative
Bien sûr, il faut espérer, et ce n'est pas mal de partager. La révolution ? Seulement si ce n'est pas un tour pour rien. Réenchanter : cela signifierait que l'enchantement est perdu, mais l'est-il? Slow: je me méfie. Vie intérieure : au fait, de quoi s'agit-il ? Cela existe-t-il ? Car je rapelle que dire "anges" ne les fait pas exister. Pacte : pourquoi pas, quand il y en a... mais cela me fait immédiatement penser à "véritable révolution" : soit c'est une révolution, soit ce n'en est pas une, et il n'y a pas lieu de dire "véritable. Solidaire : très à la mode, permet de faire gober n'importe quoi à nos interlocuteurs. Minceur : on en rêve. Durable : l'écologie fait recette... et on la met à toutes les sauces. Savoir revivre ? Apprenons d'abord à vire. Connecté : passons. Légèreté de l'enfance ? Je crains hélas qu'elle n'existe que pour quelques uns qui sont nés avec une cuiller d'argent dans la bouche. Holistique : il faudra qu'on finisse par m'expliquer ce dont il s'agit. Modernité : cliché. Ecouter son corps : rigolade. Science participative ? Le fantasme de la "voie royale" : on pourrait apprendre sans apprendre.
Et je vous en épargne un certain nombre !
Ce blog contient: - des réflexions scientifiques - des mécanismes, des phénomènes, à partir de la cuisine - des idées sur les "études" (ce qui est fautivement nommé "enseignement" - des idées "politiques" : pour une vie en collectivité plus rationnelle et plus harmonieuse ; des relents des Lumières ! Pour me joindre par email : herve.this@inrae.fr
samedi 29 novembre 2014
mercredi 26 novembre 2014
Une merveilleuse idée
Il y a des idées que j'aime beaucoup, notamment quand elles résolvent des questions que je me suis posées.
C'était en 1969 : pour la fête des mères, je voulais préparer une essence de violette, et j'avais en prévision un entraînement à la vapeur d'eau. Mais, à l'époque, je n'avais qu'une cornue à l'ancienne, en verre, une lampe à alcool, un trépied muni d'une grille de fer.
Je m'étais procuré des violettes, et il fallait donc me lancer. Ce fut facile de mettre les violettes dans l'eau et de chauffer... mais rapidement, ce fut de la vapeur qui sortit de la cornue ! Comment recondenser ? Un torchon imbibé d'eau froide sur le col de la cornue ne suffisait pas, et tout était brûlant. Je changeais le torchon humide, et encore, et encore !
Finalement, je produisis une "eau de violette" peu convaincante, mais je m'étais donné du mal !
J'aurais dû visiter plus tôt la maison de Louis Pasteur à Arbois, parce que s'y trouve la solution à mon problème : sur une table, un ballon et sa colonne à reflux, quand même bien plus efficace que la cornue ; surtout, à côté, un escabeau, avec un seau d'eau froide placé en hauteur, et dont l'eau s'écoule par gravité dans la colonne à reflux, avant de couler dans un autre seau, par terre. Quand le seau du bas est plein, on le reverse dans le seau du haut, et, de la sorte, on évite d'avoir de l'eau courage... et l'on évite aussi la consommation d'eau.
Aujourd'hui, je fais de même : sur une batterie de colonnes à reflux en série, c'est la même eau qui circule, poussée par une pompe. Et l'eau chaude repart dans un gros récipient, dont l'inertie évite l'échauffement.
C'était en 1969 : pour la fête des mères, je voulais préparer une essence de violette, et j'avais en prévision un entraînement à la vapeur d'eau. Mais, à l'époque, je n'avais qu'une cornue à l'ancienne, en verre, une lampe à alcool, un trépied muni d'une grille de fer.
Je m'étais procuré des violettes, et il fallait donc me lancer. Ce fut facile de mettre les violettes dans l'eau et de chauffer... mais rapidement, ce fut de la vapeur qui sortit de la cornue ! Comment recondenser ? Un torchon imbibé d'eau froide sur le col de la cornue ne suffisait pas, et tout était brûlant. Je changeais le torchon humide, et encore, et encore !
Finalement, je produisis une "eau de violette" peu convaincante, mais je m'étais donné du mal !
J'aurais dû visiter plus tôt la maison de Louis Pasteur à Arbois, parce que s'y trouve la solution à mon problème : sur une table, un ballon et sa colonne à reflux, quand même bien plus efficace que la cornue ; surtout, à côté, un escabeau, avec un seau d'eau froide placé en hauteur, et dont l'eau s'écoule par gravité dans la colonne à reflux, avant de couler dans un autre seau, par terre. Quand le seau du bas est plein, on le reverse dans le seau du haut, et, de la sorte, on évite d'avoir de l'eau courage... et l'on évite aussi la consommation d'eau.
Aujourd'hui, je fais de même : sur une batterie de colonnes à reflux en série, c'est la même eau qui circule, poussée par une pompe. Et l'eau chaude repart dans un gros récipient, dont l'inertie évite l'échauffement.
A propos du gluten, trouvé dans une revue de consommateurs
Consumer Reports Debunks Common Myths About Gluten
New
CR survey finds 63% of Americans believe a gluten-free diet would
improve physical or mental health—but cutting gluten isn’t always more
nutritious or better for most people
Yonkers, N.Y. (PRWEB) November 21, 2014
Gluten,
a protein found in wheat, barley, and rye, has become the latest
dietary villain, blamed for everything from forgetfulness to joint pain
to weight gain. But Consumer Reports (CR) is shedding light on common
misconceptions about going gluten-free.
The full report, “The Truth About Gluten,” is available online at ConsumerReports.org and in the January 2015 issue of Consumer Reports, which hits newsstands next week.
The
report points out that a gluten-free claim doesn’t mean the product is
necessarily more nutritious, it may actually be less so; that consumers
may increase their exposure to arsenic by going gluten-free, and a
gluten-free diet might cause weight gain—not weight loss. And, most
gluten-free foods cost more than their regular counterparts.
Still,
a new survey of more than 1,000 Americans conducted by the Consumer
Reports National Research Center found that about a third of people buy
gluten-free products or try to avoid gluten. Among the top benefits they
cited were better digestion and gastrointestinal function, healthy
weight loss, increased energy, lower cholesterol, and a stronger immune
system.
“While
people may feel better on a gluten-free diet, there is little evidence
to support that their improved health is related to the elimination of
gluten from their diet,” said Trisha Calvo, deputy content editor,
health and food, at Consumer Reports. “Before you decide to ride the
wave of this dietary trend, consider why it might not be a good idea.”
The Truth About Gluten
Unless someone has a gluten sensitivity or celiac disease – an autoimmune condition in which gluten causes potentially life-threatening intestinal damage – Consumer Reports says there is little reason to eliminate gluten, and doing so may actually be a disservice to one’s health. Less than seven percent of Americans have these conditions.
A
quarter of the people CR surveyed thought gluten-free foods have more
vitamins and minerals than other foods. But CR’s review of 81 products
free of gluten across 12 categories revealed they’re a mixed bag in
terms of nutrition. Many gluten-free foods aren’t enriched or fortified
with nutrients such as folic acid and iron as many products that contain
wheat flours are.
And
according to CR’s survey, more than a third of Americans think that
going gluten-free will help them slim down, but there’s very little
evidence that doing so is a good weight-loss strategy; in fact, the
opposite is often true. Ditching gluten often means adding sugar, fat,
and sodium, which are often used to pump up the flavor in these foods;
these foods also might have more calories and consuming them could cause
some people to gain weight.
What Consumers Can Do
For those who must cut out gluten, Consumer Reports recommends doing so in a healthy way and has some suggestions on how to do so below:
1. Eat grains. For those on a gluten-free diet or not, eating a variety of grains is healthy, so don’t cut out whole grains. Replace wheat with amaranth, corn, millet quinoa, teff, and the occasional serving of rice.
2. Shop the grocery store perimeter. Stick with naturally gluten-free whole foods: fruits, vegetables, lean meat and poultry, fish, most dairy, legumes, some grains, and nuts.
3. Read the label. Minimize the intake of packaged foods made with refined rice or potato flours; choose those with no-gluten, non-rice whole grains instead. When buying processed foods, keep an eye on the sugar, fat, and sodium content of the product.
Consumer
Reports’ full report on gluten also features a list of a dozen gluten-
and rice-free foods that passed taste-tests, but cautions consumers to
be mindful of nutrition.
Consumer
Reports is the world’s largest independent product-testing
organization. Using its more than 50 labs, auto test center, and survey
research center, the nonprofit rates thousands of products and services
annually. Founded in 1936, Consumer Reports has over 8 million
subscribers to its magazine, website and other publications. Its
advocacy division, Consumers Union, works for health reform, food and
product safety, financial reform, and other consumer issues in
Washington, D.C., the states, and in the marketplace.
vendredi 21 novembre 2014
Un communiqué de presse de l'Académie d'agriculture de France
Chers Amis
Parce que nous avons une
alimentation, et pas des aliments, l'Académie d'agriculture de France me
charge de vous transmettre ce communiqué de presse ci dessous. J'espère vivement
que vous le partagerez autour de vous.
J'insiste à titre personnel
1.
le chocolat, le foie gras, le beurre, le fromage, etc. ne doivent pas
être diabolisés, parce qu'il s'agit d'éléments qui contribuent à nous
faire vivre mieux
2. l'hygiénisme exagéré est une plaie
3.
ce qui compte, c'est notre alimentation : on peut parfaitement manger
un produit gras un jour ; ce qui compte, c'est de ne pas en abuser. La
règle diététique principale est : il faut manger de tout en petites
quantités, et faire de l'exercice (modéré)
4. cela ne sert
à rien de diaboliser des aliments particuliers... sachant que nous
continuerons à les consommer ; nous aurons seulement plus de remords
5.
Victor Hugo disait justement : une école de plus, une prison de moins.
L'éducation est essentielle, et nous avons, en France, la chance d'avoir
l'Education nationale, un "outil" au service de notre collectivité, qui
permet des actions éducatives cohérentes grâce à des enseignants
dévoués.
6. dans la même veine, je préfère la carotte au
bâton ; soyons positifs, enthousiastes, optimistes... et nous
parviendrons ensemble à faire un monde meilleur.
Amicalement
COMMUNIQUE DE PRESSE
ETIQUETAGE
DES ALIMENTS : EDUQUER PLUTOT QU'APPOSER
Lors de la présentation de son
projet de loi santé en Conseil des Ministres, à la mi-octobre,
Madame Marysol Touraine, Ministre de la santé, a annoncé la mise en
place d'un outil permettant d'informer sur la qualité nutritionnelle
des produits alimentaires pré-emballés : des pastilles de
couleur apposées sur les emballages des aliments. Des distributeurs
se sont déclarés prêts à appliquer un tel codage.
L'Académie d'Agriculture de France
considère que l'apposition d’une pastille de couleur sur les
emballages n'améliorera pas l’information des consommateurs sur la
qualité nutritionnelle réelle des aliments. Elle estime donc
inutile la mise en œuvre de cette nouvelle réglementation qui
viendrait, en outre, alourdir le poids des normes pesant sur les
opérateurs industriels, sans bénéfice pour les consommateurs.
L'Académie d'agriculture de
France estime que le meilleur vecteur pour éduquer nos concitoyens
sur les bonnes pratiques nutritionnelles est l'Ecole. L'Académie
d'agriculture de France suggère de compléter, coordonner et
généraliser les expériences régionales déjà mises en œuvre à
la suite du Programme national santé (PNNS 2011), de la circulaire
sur la politique éducative de santé dans les territoires
académiques (circulaire n° 2011-216 du 2-12-2011 MEN-DGESCO B3-1)
ou par le réseau sur l'éducation du goût constitué en octobre
2011.
mardi 11 novembre 2014
Table ronde
Lors
de la célébration des dix ans de l'Institut des Hautes Etudes de la
Gastronomie, nous avons organisé une conférence. Elle avait lieu
dès le début de l'après-midi, moment de la journée qui n'est pas
particulièrement propice à l'attention !
Comment
pouvions-nous éviter l'assoupissement post-prandial ? Nous
comptions évidemment sur le talent des orateurs que nous avions
invités ; plus exactement, la Connaissance des intellectuels
qui nous avaient fait l'amitié de participer à la conférence.
Toutefois, nous avons voulu faire mieux, et nous avons diviser
l'après-midi en deux parties, et, au lieux d'enchaîner les
conférences dans chaque partie, nous avons invité nos amis à
participer à une table ronde. Plus précisément, il s'agissait que
le message de chacun soit divisé en trois parties, afin qu'un
modérateur donne la paroles à chacun trois fois de suite, mais dans
une alternance qui devait mettre du mouvement dans toute cette
affaire.
Tout
a parfaitement fonctionné... à cela près que, finalement, nous
aurions perdu en « lisibilité », en clarté des
messages, sans les modérateurs qui synthétisaient les interventions
en fin de table ronde.
Certes,
nous avons tant martelé que nous mangeons de la culture et que cette
culture est fondée sur la biologie que nos auditeurs n'ont pas eu
grand mal à l'entendre. Toutefois le message de chacun a été un
peu perdu, dilué, et ce sont seulement les synthèses qui ont
emporté l'affaire.
Comment
n'y avions-nous pas pensé à l'avance ? Inversement, nous avons
eu une vraie belle leçon de « conclusion » : une
conclusion permet de réunir des fils épars en une tresse lisible,
mémorable.
Le manteau du Père Noël est bleu
Vous
avez est bien lu : j'ai dit que le manteau du père Noël est bleu.
Cette déclaration est évidemment une façon de me moquer de ceux
qui comptent le nombre d'anges sur la tête d'une épingle, comme le
faisaient les théologiens du Moyen Âge. Si les anges n'existent
pas, on peut passer inutilement des siècles à discuter de leur
taille et de la possibilité qu'ils tiennent sur la tête d'une
épingle. De même pour le père Noël, qui, puisqu'il n'existe pas,
n'a pas de manteau, de sorte de la couleur de son manteau n'existe
pas non plus, et, en particulier, qu'elle n'est pas rouge.
On
pourrait croire que cette question close… sauf que s'impose une
question préliminaire : le Père Noël n'existe-t-il vraiment
pas ? Le fait que nous en parlions montre que c'est au minimum
une construction culturelle, qui, à ce titre, existe. Oui,
matériellement, j'ai le droit de dire que le manteau du Père Noël
est bleu, puisque le père Noël n'existe pas, mais, du point de vue
de la construction culturelle, le manteau du Père Noël n'est pas
bleu, puisque la construction culturelle intitulée « père
Noël » existe parfaitement, et que cette construction
culturelle inclut la couleur rouge dans le manteau du Père Noël.
dimanche 2 novembre 2014
La question de l'estragole
Les
faits sont les faits, et la mauvaise foi qui nous fait humain ne peut
les abattre ; elle peut seulement nous aider à « vivre
mieux », en nous empêchant de les voir. Les viandes cuites au
barbecue sont chargées de benzopyrènes cancérogènes ? C'est
un premier fait. La consommation de tels produits conduit à des
cancers digestifs ? C'est un autre fait, qui découle des études
épidémiologiques effectuées en Europe : les peuples qui
mangent le plus de produits fumés souffrent plus que les autres de
tels cancers. La conclusion devrait s'imposer : limitons les
viandes grillées au feu de bois, les produits fumés. Pourtant,
chacun de nous conclut plutôt : « Après tout, je ne
mange pas tant de ces produits, et je ne risque donc rien ».
Les
pommes de terre ont sous les trois premiers millimètres sous la
surface des alcaloïdes toxiques ? « Oui, mais la peau
croustillante, c'est si bon. Et puis, cela se saurait s'il y a avait
un risque. Et puis je mange ainsi toujours et je ne suis pas mort ».
J'ai
déjà considéré de telles questions, et je n'y reviens pas :
la preuve;-)
Non,
je veux plutôt examiner ici la question de l'estragole, également
nommé méthyl chavicol, ou, mieux : 1-allyl-4méthoxybenzène.
C'est le composé odorant principal de l'estragon, que l'on trouve
aussi en abondance dans le basilic, par exemple. Déposé en petite
quantité sur des cellules de foie de rat, le composé conduit à la
cancérisation de ces cellules. Et les experts ont conclu que
l'estragole est tératogène et génotoxique, même en petites
quantités. Il a été conclu que la consommation de produits
contenant l'estragon ne présentait pas de risque significatif de
cancer, mais les experts ont préconisé de réduire au maximum
l'exposition des populations sensibles (enfants, femes enceintes ou
allaitant). [http://ec.europa.eu/food/fs/sc/scf/out104_en.pdf]
Voici
donc le fait. Notre mauvaise foi nous conduira à accepter volontiers
la décision... si nous ne sommes pas une femme enceinte... et si
l'estragole ne provient pas de l' « industrie », cette
activité qui nous fait vivre et que nous désignons comme le diable.
Enfin, je dis « nous »... mais on a compris que j'hésite
à me mettre dans cette collectivité.
J'y
pense : quelle sera votre décision, à propos de la
consommation future d'estragole ?
samedi 1 novembre 2014
Qu'est-ce qu'un produit chimique (pour Sasha)
Lors
d'une conférence au Lycée français de New York, Sasha m'a demandé
ce qu'est un produit chimique, et je lui ai promis une réponse...
distribuée à tous.
Un
produit chimique, c'est d'abord un produit, quelque chose qui a été
fabriqué, produit. Cela dit, il y a de nombreuses façons de
produire un produit. Par exemple, quand on lave une betterave à
sucre, qu'on a râpe, qu'on fait infuser les râpures dans de l'eau
chaude, que l'on récupère l'infusion, puis quand on évapore de
cette infusion, on obtient du sucre de table. Le sucre de table est
donc un produit de l'industrie alimentaire !
Ce
produit est-il « chimique » ? C'est une question
trop difficile pour commencer. Je propose donc de partir d'un produit
chimique plus simple : l'eau de Javel. Cette fois, c'est un
produit, puisqu'il a été produit, mais, ce qui est plus spécifique,
c'est qu'il a été obtenu par des chimistes, qui ont fait une
« synthèse » : à partir de divers produits, ils
ont obtenu un produit nouveau, avec des propriétés nouvelles.
Parfois,
lors des transformations chimiques, les modifications sont mineures,
mais les modifications des propriétés sont considérables. Par
exemple, quand on part de la vanilline, qui est le produit qui donne
essentiellement son odeur à la vanille, on sait facilement fabriquer
de l'éthylvanilline, qui donne la même odeur mais mille fois plus
puissamment.
Le
sucre, pour y revenir ? La question est difficile, parce que,
s'il est vrai que l'on pourrait obtenir du sucre comme indiqué plus
haut, l'industrie du sucre utilise une foule de composés qu'elle
ajoute au sucre pour en faire le sucre que nous utilisons. Par
exemple, l'industrie du sucre ajoute au « sucre pur » (on
dit « saccharose ») des agents anti-mottants, qui
facilitent la séparation des grains, qui évitent la formation de
« mottes ». Du coup, le sucre n'est plus un produit
extrait simplement de la betterave, et il contient des composés
chimiques. Le sucre de table est un produit qui est donc fait des
produits extraits des plantes, et de produits synthétisés. C'est
bien compliqué, n'est-ce pas ?
dimanche 5 octobre 2014
Promouvoir les meilleurs étudiants n'est pas faire de l'élitisme
Ces
temps-ci, on entend parler sans cesse d'égalité (mais quelqu'un qui
mesure 2 mètres de haut n'a pas la même taille que quelqu'un qui
mesure 1,5 mètre ; quelqu'un qui aime son travail, quel que
soit la nature de ce travail, n'est pas dans les mêmes conditions
que quelqu'un qui ne l'aime pas) ou d'équité (une notion que
j'aimerais que l'on m'explique clairement), et c'est peut-être bien.
En matière d'enseignement des sciences et des technologies, il y a
cette idée qu'il faut aider tous les étudiants qui ont des
difficultés. Là encore, évidemment, je suis pour, puisque c'est la
mission de l'enseignement que d'aider les apprenants à apprendre.
Cela
étant, personne ne peut faire le travail d'apprentissage à la place
de l'étudiant, et il semble important -vu les étudiants que nous
recevons- de bien rappeler que l'étudiant doit y passer du temps. Un
temps où il n'y aura ni football, ni roman, ni film, ni concert… ;
un temps où il faudra sans doute mémoriser, focaliser sur les
notions, concepts, méthodes, objets qui font le contenu des sujets
enseignés ; un temps où il y aura peut-être des exercices,
des projets…
Et,
progressivement, plus l'étudiant sera avancé dans ses études, plus
il devra être autonome. Autonome de combien ?
Je
propose de considérer trois courbes « d'autonomie »,
entre l'école primaire et la fin du Master 2, cette dernière année
d'études, après laquelle l'autonomie devra être complète.
La
première courbe n'est pas bonne, parce que les jeunes apprenants
doivent d'abord s'équiper avant de voler de leurs propres ailes. La
deuxième courbe n'est pas bonne, parce que l'apprentissage de
l'autonomie sera insuffisant. La troisième courbe s'impose, par
conséquent.
Et
les étudiants les plus faibles ? S'ils sont faibles en Master 1
ou 2, c'est grave, parce que la logique voudrait qu'on ne les aide
pas. Et puis, pourront-ils rattraper en un ou deux ans quelque dix
ans de retard ? Et faut-il donner le même diplôme à de bons
étudiants et à des étudiants plus faibles ?
D'autant
que :
1.
le temps des enseignants est limité
2.
il serait temps de reconnaître qu'il n'est pas certain que tous les
étudiants soient faits pour les études : un étudiant qui ne
veut pas étudier ne s'épanouira pas dans les études, quoi que
fassent les enseignants
3. assez d'assistanat : les citoyens ne doivent-ils pas se prendre en charge un minimum ?
3. assez d'assistanat : les citoyens ne doivent-ils pas se prendre en charge un minimum ?
Enfin,
on a tendance à oublier, ces temps-ci, que les nations ont besoin de
gens qui sont à l'avant du groupe, des défricheurs en quelque
sorte. Et si l'on ne contribue pas à aider ces individus, le groupe
n'avance pas. Je ne dis pas que ces personnes doivent être mieux
payées ou mieux considérées que les autres (quoi que…), mais je
crois pouvoir dire que les enseignants n'ont pas le droit de les
négliger, en consacrant tout leur temps aux plus faibles : ce
serait injuste.
Autrement
dit, je ne crois pas être élitiste en proposant que nous ne devons
pas oublier de faire nos cours aussi pour les bons étudiants.
samedi 4 octobre 2014
Ne prenons pas les examinateurs pour des idiots
Le « pari de Pascal » (Pensées, 1670) est célèbre : « Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien, et deux choses à engager : votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ; et votre nature a deux choses à fuir : l'erreur et la misère. Votre raison n'est pas plus blessée, en choisissant l'un que l'autre, puisqu'il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter. »
Ne pourrions-nous proposer, de même, de faire le pari de la bienveillance, de l'intelligence et de la culture, sans prétention ? D'une part, il y a les malfaisants, les jaloux, les méchants, les malhonnêtes, les paresseux, les autoritaires… qui nous nuiront quoi que nous fassions. D'autre part, il y les bienveillants et ceux qui n'ont pas d'idée a priori de nos travaux. Si nous mettons de l'intelligence dans nos productions, les individus de cette seconde catégorie, les seuls à qui il soit digne de s'adresser, nous seront redevables des pétillements que nous aurons glissés dans notre version des faits.
Là, il faut que je demande pardon à mes amis, et que je rectifie une erreur que j'ai faite dans un de mes livres et quelques articles : ébloui par le moine Shitao, ce théoricien chinois de la peinture et de la calligraphie, je l'avais suivi quand il évoquait la « poussière du monde »
La poussière du monde ? Ce sont les modes, les « chiens écrasés », les potins, les agissements des grenouilles qui veulent se faire plus grosses que le bœuf (ceux qui prétendent diriger, alors qu'il n'est pas certain qu'ils se dirigent eux-mêmes : je pense aux « dirigeants » dont les enfants sont délinquants, ou s'entretuent pour des histoires de mœurs sordides, sans compter ceux qui affichent impudiquement leur vie publique… minable). Bref, il y aurait la « poussière du monde ».
Toutefois, dire un mot ne fait pas exister l'objet « matériellement » ! Le manteau du père Noël n'est ni rouge ni bleu… puisque le père Noël, n'existant pas, n'a pas de manteau. La poussière du monde ? L'idée est fascinante, mais si nous nous efforçons de mettre de l'intelligence dans nos actes, pensées, discours, rien n'est anodin, rien n'est poussière.
Et c'est ainsi que nos productions seront plus belles, adressées à des « amis ».
samedi 13 septembre 2014
Parlons de chimie
J'ai longtemps tourné autour du pot, à propos de la dénomination de la science qui explore les réarrangements d'atomes, mais je crois que j'y suis.
Je reprends :
Attendu 1 : on nommera "assemblage d'atomes" une molécule, un cristal, un métal... bref, un groupe d'atomes liés par la "mise en commun" d'électrons, ce que l'on pourrait également dire "échange d'électrons", ou "recouvrement d'orbitales", ou toute autre dénomination qu'il serait plus juste de trouver pour bien décrire des associations un peu stables.
Attendu 2 : l'activité qui consiste à explorer la production de nouveaux assemblages d'atomes est nommée depuis longtemps la "chimie" (il y a eu des hésitations avec "alchimie", mais la question semble réglée).
Attendu 3 : la chimie est une activité scientifique.
Attendu 4 : il y a une différence entre science et technique, puisque la première produit des connaissances tandis que la seconde produit des artefacts matériels.
Conclusion intermédiaire : il faut un nom particulier pour la technique qui produit des "produits" à partir de "réactifs".
Attendu 5 : une telle activité est une activité technique.
Alors ?
Je reprends :
Attendu 1 : on nommera "assemblage d'atomes" une molécule, un cristal, un métal... bref, un groupe d'atomes liés par la "mise en commun" d'électrons, ce que l'on pourrait également dire "échange d'électrons", ou "recouvrement d'orbitales", ou toute autre dénomination qu'il serait plus juste de trouver pour bien décrire des associations un peu stables.
Attendu 2 : l'activité qui consiste à explorer la production de nouveaux assemblages d'atomes est nommée depuis longtemps la "chimie" (il y a eu des hésitations avec "alchimie", mais la question semble réglée).
Attendu 3 : la chimie est une activité scientifique.
Attendu 4 : il y a une différence entre science et technique, puisque la première produit des connaissances tandis que la seconde produit des artefacts matériels.
Conclusion intermédiaire : il faut un nom particulier pour la technique qui produit des "produits" à partir de "réactifs".
Attendu 5 : une telle activité est une activité technique.
Alors ?
vendredi 12 septembre 2014
La difficile question de l'évaluation
Les êtres humains sont diversement constitués, et leurs réactions dans une circonstance particulière sont donc variées. Toutefois la question des évaluations est épineuse pour la plupart d'entre nous, je le sais d'expérience, de sorte que cette généralité mérite d'être discutée… paradoxalement à partir d'une expérience personnelle.
Le moi est haïssable, nous sommes bien d'accord, mais un cas personnel peut devenir est au moins un exemple à partir duquel on peut essayer d'analyser. Personnellement, donc, je déteste l'évaluation, parce que, faisant de mon mieux, je vois mal comment je pourrais faire mieux. Il est vrai, aussi, que je déteste l'idée de subir l'appréciation, parce que je ne vois pas dans mes évaluateurs des personnes qui auraient plus de compétences moi-même sur mon propre travail (je fais souvent l'hypothèse -évidente puisque je consacre tout mon temps à ma recherche, sans temps répit, vacances, etc.), de sorte que je suppose que leur compétence est moindre que la mienne, dont leur évaluation illégitime. Mais je sais que c'est là un défaut personnel, largement partagée par ailleurs, qui consiste à se croire le nombril du monde, et en conséquence, à mal réagir face à ces évaluations.
Dans mon cas, j'ai proposé des tas de « gesticulations » pour me sortir de cette situation, à savoir proposer ma propre évaluation, accumuler les démonstrations d'honnêteté, de travail et de droiture, à défaut de pouvoir proposer des compétences, etc. Toutefois le billet d'aujourd'hui reprend en écho celui que j'avais proposé à propos d'étudiants qui devaient faire un rapport.
Sortant d'une évaluation, ou d'un concours ce qui revient au même, je me suis aperçu, en cours d'audition, que le jury n'était pas malveillant et, surtout, qu'il posait des questions afin de bien comprendre mon activité. En conséquence, j'ai constaté que je m'étais mal exprimé, dans mon document initial, ou que la matière était complexe, de sorte qu'elle méritait des explications, des éclaircissements.
Vous vous souvenez que j'avais discuté le cas d'un étudiant qui avait été mal évalué, parce qu'il avait proposé une sorte de publications scientifique, en guise de rapport de stage. Ce n'est pas ce qu'on lui demandait : il aurait dû expliquer ce qu'il avait fait pendant son stage à des gens qui ne connaissaient pas son sujet ; Il y avait erreur à croire acquise des notions que n'avaient pas ses interlocuteurs.
De même pour mon dossier de concours : oui, je travaille ; oui je place bonté et droiture parmi les qualités les plus grandes. Oui, j'essaie de contribuer à l'avancement des connaissance, au bien être de la collectivité qui m'emploie, etc., mais c'est une erreur, une légère erreur que ne pas expliquer bien l'ensemble des travaux, leur articulation, leur cohérence... Ainsi le jury m'a demandé comment il était possible que je puisse mener de front recherche, enseignement, communication : la question était légitime, et la réponse simple à donner (quand on fait 105 heures par semaine sans prendre de vacances, on peut faire bien plus.... que si l'on faisait moins). La question était légitime, la réponse était simple, et le fait qu'il y ait eu question prouve que le dossier envoyé n'était pas clair, au moins de ce point de vue.
Un autre exemple : souvent, je réponds à des demandes d'institutions variées. Un ministre qui m'invite à développer la science dans les écoles, un recteur qui me convie à des formations, l'ambassadeur qui propose une série de conférences à l'étranger... Le jury a posé la question de savoir quelle était ma stratégie face à des demandes en nombre excessives. Cette activité ne nuirait-elle pas à la production scientifique ? la question est légitime la réponse était facile à donner, puisque, évidemment, je me suis posé depuis longtemps la question de savoir comment réagir à ces demandes, moi qui propose de toujours placer la méthode avant la réponse, la stratégie avant la tactique, pour prendre une métaphore guerrière que je n'aime pas. Quand une demande me parvient, elle est analysée, passé au crible d'un certain nombre de critères, le premier temps étant l'utilité sociale, en accord avec les missions qui me sont confiées, au moins tel que j' interprète la lettre de mission qui m'a été donné. Ce n'est pas une injure que l'on me fait de m'interroger sur la façon de répondre à ces demandes, et il est plus intelligent de considérer que, puisque cette question épineuse est lancinante, j'aurais dû l'anticiper et en donner une réponse simple dans le dossier écrit.
Évidemment, on ne peut pas tout prévoir, surtout quand le nombre de pages du dossier écrit que l'on soumet est limité, mais en tout cas, je retiendrai – et je propose à mes amis (vous, donc) de le considérer aussi- qu'il y a une sorte de devoir d'explication, d'éclaircissement, qui s'impose avant tout.
Au fond, si nous n'avons rien à cacher, montrons tout, n'est-ce pas ?
samedi 6 septembre 2014
Votons !
OK, c'est en anglais, mais quand même :
https://www.googlesciencefair.com/en/
Voting has now opened for the Google Science Fair
Voter's Choice award. Between now and September 14, the public can cast a
vote on the website for one of our 15 Global Finalist projects, that
they think has the greatest potential to change the world. The winner will be announced during the awards show later this month.
https://www.googlesciencefair.com/en/
mardi 2 septembre 2014
Les tests de QI mesurent en réalité... la naïveté et l'ignorance des mathématiques
Un, deux, quatre, huit...
Quel est le suivant ? Vous avez dit seize, mais, en réalité, il
fallait répondre en 1013.
Un autre : 1, 1, 2, 3, 5,
8, 13, 21... Et le suivant ? Vous avez répondu 34, ayant observé
que chaque terme est la somme des deux termes précédents, et vous
avez tort : il fallait répondre 1013.
Alors, encore un autre :
1, 2, 4, 6, 3, 4, 6... Quel est le suivant ? Je sais que vous
avez répondu 1013, mais réponse était 724.
Analysons. Dans tous ces
cas, qui sont analogues aux questions posées dans les tests de QI,
on veut éprouver notre sens logique. Mais c'est ignorer que, par
une suite finie de points, on peut faire passer un nombre infini de
courbes, et que la multiplication par deux pour le premier cas, ou la
suite de Fibonacci pour le deuxième exemple, etc., ne sont que des
cas très particuliers qui ne sont ni plus simples n'est plus logique
que d'autres. Par une suite infinie de points, on peut faire passer
un nombre infini de courbes et toutes peuvent avoir leur
justification.
C'est là une leçon que
la nature donne régulièrement aux scientifiques qui font des
mesures : la nature n'a pas toujours choisi la solution la plus
simple, la plus logique (de notre point de vue), et nous devons bien
scruter les phénomènes pour rechercher les mécanismes.
Mais je m'égare. Pour en
revenir aux tests de QI, nous sommes en droit de répondre ce que
nous voulons à ces tests... du moment que nous savons justifier
notre réponse, mais il faut savoir que cette réponse sera très
idiosyncratique, et qu'il vaut mieux répondre au hasard, puisque le
nombre de réponses possibles est infini.
En
pratique, je doute (mais c'est sans doute une présomption idiote de
ma part, pardon si certains sont éclairés) que vos examinateurs
sachent que leurs tests sont naïfs à ce point. Evidemment, lors
d'un entretien d'embauche, il vaut peut-être répondre quand même
par la réponse attendue, mais vous n'y perdrez par si vous expliquez
pourquoi la question ne teste que la connaissance de certaines
régularités élémentaires, alors que vous êtes bien au-dessus de
cela. Et puis, si votre interlocuteur se vexe, ce sera la meilleure
démonstration qu'il ne vous mérite pas, qu'il ne faut absolument
pas aller travailler avec cette personne, qui joint la naïveté à
l'ignorance et à un amour-propre exagéré. Ne travaillons jamais
avec des salauds !
Je saurai attendre pour boire mes vins d'Alsace.
Cet été, mes amis viticulteurs, en Alsace, m'ont fait goûter des vins d'Alsace vieux (1996, par exemple).
Stupéfaction ! Dans les années 1960 ou 1970, les vins étaient souvent trop soufrés, et ils donnaient parfois mal au crâne. Mais ils se conservaient encore mal. Cette fois, la démonstration était faite que la conservation n'était plus un problème, au contraire !
Les gewurtztraminer, souvent un peu doux, avaient perdu cette rondeur de jeunesse pour prendre une corpulence parfaite, qui laissait voir les véritables formes élégantes du cépage. Mieux, les riesling, que je trouve souvent faibles quand ils sont jeunes, avaient pris un merveilleux caractère, tout d'élégance.
Décidément, merci à mes amis viticulteurs : mon idée est changée. Du coup, toutes mes bouteilles de vin d'Alsace sont partis dans la rangée inaccessible, celle de derrière, pour attendre dix ou vingt ans, voire plus.
Je ne boirai plus de vins d'Alsace jeune : je saurai attendre !
Stupéfaction ! Dans les années 1960 ou 1970, les vins étaient souvent trop soufrés, et ils donnaient parfois mal au crâne. Mais ils se conservaient encore mal. Cette fois, la démonstration était faite que la conservation n'était plus un problème, au contraire !
Les gewurtztraminer, souvent un peu doux, avaient perdu cette rondeur de jeunesse pour prendre une corpulence parfaite, qui laissait voir les véritables formes élégantes du cépage. Mieux, les riesling, que je trouve souvent faibles quand ils sont jeunes, avaient pris un merveilleux caractère, tout d'élégance.
Décidément, merci à mes amis viticulteurs : mon idée est changée. Du coup, toutes mes bouteilles de vin d'Alsace sont partis dans la rangée inaccessible, celle de derrière, pour attendre dix ou vingt ans, voire plus.
Je ne boirai plus de vins d'Alsace jeune : je saurai attendre !
vendredi 29 août 2014
Si la notion de molécule est inconnue du public, comment celui-ci pourra-t-il décider raisonnablement de l'utilisation d'organismes génétiquement modifiés ?
Dans un billet précédent, je discutais ce fait essentiel : les « petits marquis » (on pourrait dire aussi « les intellectuels coupés du reste du monde ») que sont certains d'entre nous doivent être conscients que, en première approximation « le monde » ne comprend pas ce qu'ils font. Je ne dis pas, évidemment, avec morgue ou supériorité, que le public est ignorant, mais je dis qu'il ne connaît pas les sciences. Il a pourtant d'autres connaissances. Par exemple, un confiseur sait parfaitement le degré exact de changement de la matière qu'il travaille, quand il fait un fondant... mais il ne sait pas résoudre des équations ; et, inversement, un physicien serait bien incapable de faire un feston en sucre filé. De même pour un ébéniste, un garagiste...
Toutefois c'est un fait que notre monde est plein de techniques avancées, pour lesquelles des choix doivent être faits collectivement. Et c'est un fait que les objets techniquement avancés ne sont « compréhensibles » que si l'on dispose de connaissances scientifiques que peu ont, malgré les efforts admirables de l'Education nationale.
Bref, le public connaît mal les sciences et les technologies : c'est un fait. Or, dans un billet précédent, j'avais pris l'exemple de la différence entre composé et molécule, très généralement incomprise en dehors du cercle des chimistes. Nous devons tirer les conséquences de l'observation selon laquelle cette différence n'est pas comprise/connue : si le public ignore ce qu'est une molécule, comment pourrait-il comprendre ce qu'est l'ADN ? Du coup, comment peut-il comprendre ce que sont les OGM ?
Et si le public ne « comprend » pas ce que sont les OGM, comment peut-il rationnellement refuser une technique qu'il ignore (car beaucoup « refusent » l'utilisation des OGM, ou des PGM (plantes génétiquement modifiées)) ?
Soyons plus positifs : comment expliquer à notre entourage ce qu'est l'ADN, afin que les décisions prises collectivement le soient en connaissance de cause ?
L'ADN étant une molécule dans une cellule, l'expérience semble devoir montrer qu'il faut d'abord expliquer ce qu'est une cellule. Je ne suis pas certain (on aura compris qu'il s'agit là d'une figure de rhétorique) que l'ensemble de nos concitoyens savent que les levures (pas les poudres levantes !) sont des cellules, de petits sacs vivants ! Vivants ? L'explication est difficile mais on n'aurait pas tort, je crois, de commencer par dire que la possibilité d'une reproduction est essentielle. Évidemment je n'utiliserais pas le mot « reproduction » si je veux me faire comprendre, parce qu'il a plus de trois syllabes, et je préfère me contenter de dire qu’une cellule est un objet petit, visible au microscope et qui, à la bonne température et en présence de nutriments (là, il faut expliquer), grossit, grossit encore, puis se divise en deux objets identiques au premier. Mieux encore, je ne crois pas inutile de montrer, encore et encore, des images de cette division ou, mieux, des films ! Par exemple, j'ai trouvé ceci : www.snv.jussieu.fr/vie/images_semaine/imagealaune_38/imagealaune_38.html
Cela étant fait, sans oublier notre objectif (expliquer ce qu'est l'ADN), pourquoi ne pas nous limiter, dans un premier temps, à interroger nos amis -au lieu de leur déverser des connaissances ex cathedra- en leur demandant comment la division qu'on leur a montrée a pu avoir lieu ?
La notion de molécule étant acquise (voir le billet antérieur), ne pourrait-on alors indiquer (OK, le chemin est long) comment un simple bricolage permettrait de construire une cellule, par exemple à l'aide de ces molécules de lécithine, dont on pourrait faire une vésicule ? Puis, d'autre part, à partir de l'idée de molécules, ne pourrions-nous pas arriver à celle d'ADN, et, mieux encore, à celle d'ADN auto reproducteur ? Il resterait alors à mettre un ADN auto reproducteur dans une vésicule auto reproductrice et l'on aurait... l'objet que je rêve de voir un jour, à savoir une cellule vivante artificielle.
Je sais qu'un tel exploit ne réfutera pas le vitalisme, mais en associant la présentation de cette réalisation à des idées sur le mouvement moléculaire d'origine thermique, je crois que nous aurions avancé.
dimanche 17 août 2014
La loi n'est pas la fin de la science
L'avantage,
quand on est « insuffisant », c'est que l'on a la
possibilité de s'améliorer. L'avantage, quand on n'a pas de maître,
c'est que, certes, on fait des erreurs qu'il nous aurait peut être
évitées, mais que, si l'on traque le « symptôme », on
peut progresser.
Je
me souviens ainsi d'un jour où je lisais un manuscrit d'article
scientifique qu'une revue m'avait demandé de « rapporter ».
Je lisais donc d'abord l'introduction, m'assurant que la question
posée était claire, que la bibliographie avait été bien faite.
Puis je regardais attentivement la partie « Matériels et
méthodes », afin de m'assurer que les informations étaient
suffisantes, que toutes les précautions méthodologiques avaient été
bien prises par les auteurs. Je passais aux résultats, et m'assurais
que rien d'exagéré n'était produit, que les résultats
correspondaient donc bien aux méthodes mises en œuvre, que le
traitement statistique était bien fait. Puis je lus la discussion,
pour voir si tout était cohérent.
Tout
allait bien. Certes, il y avait des détails à corriger, mais rien
de bien grave... sauf que je trouvais l'article médiocre.
Logiquement,
j'aurais dû dire à l'éditeur que l'article était acceptable, mais
quelque chose me retenait. Quoi ? Je ne savais pas. De sorte que
je décidais de lire une fois de plus, et je ne retrouvais que bien
peu de choses supplémentaires à corriger. Je mis le manuscrit dans
mon cartable, et décidai de laisser passer la nuit.
Le
lendemain matin, dans l'autobus, je le sortis de mon cartable, je le
relus... et tout s'éclaira ! Les auteurs avaient caractérisé
un phénomène, et ils n'avaient en réalité pas considéré les
mécanismes compatibles avec les lois qu'ils avaient dégagées !
Ce n'était donc pas un travail scientifique, en quelque sorte, mais
seulement une étape sur le chemin scientifique.
A
la réflexion, ma réaction était injuste* : tout ce qui figure
sur le chemin de la science (observation de phénomènes,
caractérisation quantitative, réunion des mesures en lois
synthétiques, recherche de mécanismes, prévision théorique, test
expérimental de ces prévisions) est un bout de science, et mérite
donc publication, parce que cela fait avancer le travail.
*
En réalité, pas complètement : ajuster des données par une
fonction, comme les auteurs l'avaient fait, nécessite d'avoir une
raison de choisir cette fonction particulière !
vendredi 15 août 2014
Quelle est la question à laquelle je ne pense pas ?
Quand on effectue des travaux scientifiques, la question posée en titre s'impose à nous à chaque instant.
Un exemple récent : un étudiant en stage au laboratoire devait utiliser de l'acétaldéhyde pour une expérience. Il avait prévu de peser une certaine quantité d'acétaldéhyde, de la mêler à une certaine quantité d'eau en vue d'une expérience ultérieure.
Tout cela semble bien anodin, mais quand on manipule des quantités aussi petites que des milligrammes, ce qui est à peine pesable sur des balances de grande précision, tout ce complique. En particulier, notre ami ignorait que l'acétaldéhyde peut s'évaporer, de sorte que la quantité finalement présente au cours de l'expérience pouvait différer notablement de celle qu'il voulait utiliser.
Je lui ai donc conseillé de faire une expérience préalable, qui consistait à poser un verre de montre sur une balance de précision, à déposer une goutte d'acétaldéhyde, et à peser à intervalles réguliers.
A ce stade, on voit déjà qu'une certaine culture s'impose, pour faire l'expérience : qui ignore que l'acétaldéhyde s'évapore rapidement, surtout en été, quand il fait chaud dans le laboratoire, n'aurait pas eu l'idée d'aller faire cette expérience préliminaire. Bien sûr, une bonne méthodologie peut nous aider. Par exemple l'emploi de l'acétaldéhyde doit être précédé de la lecture des fiches de sécurité lesquelles ne montrent pas de toxicité particulière, mais signalent les inflammabilités, des pressions de vapeur saturante, etc. Une lecture critique de ces données aurait pu faire penser que l'acétaldéhyde s'évaporait, et qu'il valait donc mieux en suivre l'évaporation, afin, ultérieurement , de connaître les phénomènes pouvant survenir lors de l'expérience.
L'étudiant fit donc l'expérience, et, consciencieusement, il releva les masses au cours du temps. Pourtant, tout était faux, encore une fois par ignorance (j'insiste : ce n'est pas une faute, seulement une caractéristique universelle que nous pouvons nous efforcer de combatttre) : voulant bien faire, il utilisa une balance placée sous une hotte aspirante, afin d'éviter la toxicité de ce composé organique. Toutefois les balances de précision sont très sensibles aux courants d'air, et celle-ci étant placée dans un courant d'air constant, elle marquait une valeur constamment fausse. Notre ami aurait été alerté si la balance avait divagué... mis elle divaguait de façon invisible. Il fallait arrêter l'aspiration pendant la mesure, et la réarmer juste après.
Toutes précautions prises, notre ami observa une diminution rapide de la masse, dans un premier temps, avant une diminution plus lente.
Il se mit à imaginer mille phénomènes compliqués... omettant la possibilité que le petit volume enclos dans la balance (il y a des portes en verre que l'on ferme pour éviter les courants d'air) pouvait se saturer de vapeur d'acétaldéhyde. Une fois la pression de vapeur saturante établie, l'évaporation devait ralentir, le liquide étant en équilibre avec la vapeur. Autrement dit, notre ami ne mesurait pas l'évaporation libre de l'acétaldéhyde, mais plutôt l’établissement de l'équilibre entre le liquide et la vapeur. Il aurait fallu garder la balance ouverte, afin que les vapeurs soient éliminées, et, mieux, utiliser un léger courant d'air pour entraîner les vapeurs afin qu'elles ne modifient pas l'évaporation.
Cette fois, notre ami aurait-il pu dénicher le diable caché dans les détails expérimentaux ? Là encore, il fallait connaître la pression de vapeur saturante, et analyser le système. L'analyse n'est pas le plus difficile pour un esprit clair, mais la connaissance de pression de vapeur saturante s'invente difficilement, et, surtout, elle aurait imposé de retracer le chemin de nombreux grands scientifiques du passé. L’enseignement scientifique sert précisément à cela : nous mettre, nains, sur les épaules de géants.
Finalement, la question « quelle est la question à la quelle je ne pense pas », est une question terrible, puisqu'elle nous renvoie à notre culture scientifique, puisqu'elle nous dit que nous ferions bien de ne rien ignorer des travaux de ceux qui nous ont précédés. Nous pouvons avoir confiance dans notre esprit analytique, mais cela est insuffisant, et nous serions bien avisés de compter sur les forces de la collectivité, celle de notre temps comme celle du passé, celle des différents laboratoires du monde, pour parvenir à des expérimentations fiable.
Dans les publications scientifiques, le rôle des rapporteurs est essentiel, puisqu'il permet parfois de pointer ainsi les taches aveugles que nous avions. Bien sûr, nous avons intérêt à grandir, mais pourquoi nous priver du bonheur de collaboration avec des collègues remarquables ?
Procès
Il faudra que les journalistes commencent à se méfier : le "quatrième pouvoir" n'a pas la liberté d'écrire n'importe quoi :
‘Pink Slime’ Defamation Suit Subpoenas Hit Food JournalistsFive
food journalists have been subpoenaed by Beef Products in its
defamation lawsuit against ABC News over its reporting about the meat
product referred to as “lean, finely textured beef” by industry but
dubbed “pink slime” in the popular press.
Naturel ? Du commerce !
Dans le Washington Post, un artible de Roberto A. Ferdman (24 juin 2014) :
Je traduis : rien ne fait autant vendre aux Américains que le mot fabuleusement ambigu "naturel". Parmi les 35 propositions santé ou alimentation, il y a des mots tels que "naturel", "bio", "sans graisse", "écologiquement responsable"... Ces indications permettent de vendre pour plus 377 milliards de dollars d'articles aux Etats-Unis, pour la seule dernière année (source Nielsen).
L'industrie alimentaire américaine vend pour 41 milliards de dollars, chaque année, d'aliments dont l'étiquetage porte ce mot, et le mot n'a pas de définition par la Food and Drug Administration. Cette dernière indique sur son site : "D'un point de vue scientifique, il est difficile de définir un produit "naturel", parce que l'aliment a certainement été transformé, et qu'il n'est plus le produit de la terre.
Bref, tous les pays reconnaissent que l'industrie alimentaire ne fait pas bien, de ce point de vue.
Il faut le dire : aucun aliment n'est naturel !
The word “natural” helps sell $40 billion worth of food in the U.S. every year—and the label means nothing
Je traduis : rien ne fait autant vendre aux Américains que le mot fabuleusement ambigu "naturel". Parmi les 35 propositions santé ou alimentation, il y a des mots tels que "naturel", "bio", "sans graisse", "écologiquement responsable"... Ces indications permettent de vendre pour plus 377 milliards de dollars d'articles aux Etats-Unis, pour la seule dernière année (source Nielsen).
L'industrie alimentaire américaine vend pour 41 milliards de dollars, chaque année, d'aliments dont l'étiquetage porte ce mot, et le mot n'a pas de définition par la Food and Drug Administration. Cette dernière indique sur son site : "D'un point de vue scientifique, il est difficile de définir un produit "naturel", parce que l'aliment a certainement été transformé, et qu'il n'est plus le produit de la terre.
Bref, tous les pays reconnaissent que l'industrie alimentaire ne fait pas bien, de ce point de vue.
Il faut le dire : aucun aliment n'est naturel !
mercredi 13 août 2014
On n'a pas assez enseigné la micro-chimie.
Les
travaux pratiques de chimie ? Il y en a autant de sortes que
d'établissement... mais je m'étonne du résultat : sans
sourciller, les étudiants qui ont été formés par ces séances
utilisent des expériences qui utilisent des grammes ou des dizaines
de grammes de réactifs, et des centaines de grammes de solvants.
Tout cela est très fautif !
En
quoi ?
D’abord,
les réactifs coûtent parfois extraordinairement chers, de sorte
qu'il y a une indécence économique à procéder sur de telles
quantités. D'autre part, les solvant doivent être recyclés, ou
jetés, ce qui pose des problèmes de pollution, mais, aussi, ils
exposent les expérimentateurs à des vapeurs dangereuses, d'autant
plus dangereuses que les volumes de solvant ont été grands. Et puis
il y a le risque d'explosion et d'intoxication, toujours présent, et
qu'il faut réduire autant que possible : alors qu'un
milligramme de produit ferait une explosion anodine, un gramme suffit
à endommager un bâtiment, à mettre des vies en danger !
Il
est donc tout à fait anormal de faire des expériences qui utilisent
des quantités de produit du même ordre de grandeur que celle qui
sont utilisées lors de trop nombreux travaux pratiques. Des travaux
pratiques qui font manipuler des quantités de l'ordre du gramme
sont de la mauvaise formation, en plus des risques que l'on fait
courir aux étudiants. Bien sûr, on peut choisir des expériences
pour lesquelles le danger est limité, mais elles ne préparent alors
pas aux véritables travaux de chimie. Dans la vraie vie, dans la
vraie vie scientifique au quotidien, on ne manipule pas de telles
quantités, et si les étudiants n'ont pas appris à manipuler de
très petites quantités, alors ils ne sont pas préparés.
Une
des raisons pour lesquelles la chimie physique s'est dotée
d'appareils d'analyse capables d'identifier les produits en très
petite quantités est précisément la nécessité de réduire les
quantités à utiliser lors des expériences. La conclusion
s'impose : les enseignants de chimie ou de chimie physique ne
doivent pas proposer aux étudiants en travaux pratiques d'utiliser
des quantités notables de produits ou de solvant.
Évidemment,
au lieu de dénoncer des fautes, nous ferions mieux d'encourager la
communauté tout entière à apprendre la microchimie aux étudiants.
Cela passe par une rénovation des matériels, car il est vrai que
les ballons où l'on manipule des milligrammes sont bien différents
de ceux où l'on manipule des grammes.
Dans
les laboratoire de chimie, chassons les verreries susceptibles de
contenir plus que quelques grammes au total !
dimanche 10 août 2014
Le moment où le vert des feuilles change presque de jour en jour...
Le
printemps est le moment où l'on s'aperçoit que le vert change, le
moment où nous prêtons attention à ces changement, parce que le
vert apparaît sur des branches jusque là dénudées. L'été est le
moment où l'on voit que le vert des feuilles change, parce que le
chaud alterne avec l'humide. L'automne est le moment où l'on
s'intéresse à la couleur des feuilles, parce que le vert cède la
place à d'autres teintes. En réalité, le vert des feuilles change
sans cesse, comme l'analyse suivante permet de le comprendre.
Le
vert des feuilles, c'est leur contenu en pigments que sont les
chlorophylles et les caroténoïdes, notamment. Pour certains
feuillages, il peut y avoir aussi des composés phénoliques, mais le
raisonnement serait le même que celui que nous allons faire.
Chlorophylles et caroténoïdes, donc. Dans les feuillages, les
chlorophylles sont les chlorophylles a, a', b, b', et les
caroténoïdes ont pour nom carotène, lutéine, violaxanthine...
Chacun de ces composés a un spectre d'absorption particulier, ce qui
signifie qu'il absorbe des rayonnements particuliers du spectre de la
lumière visible. La lumière du jour arrive donc sur la feuille ;
une partie est absorbée et le reste est réfléchi. Plus les
pigments sont nombreux, et plus leurs absorptions sont différentes,
plus la feuille paraît sombre.
Imaginons
que les feuilles ne contiennent que la chlorophylle a : on
aurait une certaine couleur. Puis imaginons que les feuilles
contiennent de la chlorophylle a et du carotène bêta : la
couleur serait différente.
Or
les feuilles qui croissent synthétisent les pigments, mais elles ne
les synthétisent pas tous à la même vitesse, parce que les voies
métaboliques sont différentes pour les divers pigments. La
proportion de chlorophylle a, par exemple, change avec le temps, de
sorte que la couleur change, puisque tout est affaire de proportion.
Et
voilà pourquoi il n'est pas étonnant que la couleur des feuilles
change avec les jours qui passent, du premier jour où elles
apparaissent, jusqu'au jour où telles tomberont.
J'ai
dit « il n'est pas étonnant », mais je me reprends, car
une telle expression banalise le phénomène, qui est bien mystérieux
et merveilleux pour qui n'est pas chimiste. Au contraire, ces
changements de couleur sont très étonnants ! La preuve :
il a fallu que les sciences viennent donner l'analyse précédente
pour que l'on y voie plus clair. Sans les éclaircissements des
sciences, les mystères tels que les verts changeants des feuillages
sont de ceux qui ont conduit l'humanité à imaginer des dieux, des
elfes, des lutins, des feux follets. Naguère, ce type de phénomène
appelait des puissances imaginaires, et chacun pouvait ajouter sa
voix à la grande cacophonie publique des mythes, des légendes.
Aujourd'hui
la chimie physique a-t-elle mis fin à cet « enchantement » ?
Je ne crois pas, car la théorie scientifique, bien plus fiable que
l'imagination, est toujours « insuffisante » par principe
(faut-il dire « incomplète » ?), de sorte que, jour
après jour, notre compréhension du monde s'embellit. Ce serait une
erreur de croire que la chimie physique de la couleur des feuilles a
dit son dernier mot, au contraire. La science n'a pas de fin parce
qu'elle perfectionne à l'infini ses théories, ses explications,
qu'elle améliore ses mécanismes, en vue de produire un discours
toujours plus approprié. Il est là, l'enchantement du monde.
Et
puis, il faut quand même s'étonner de ces synthèses
différentielles des chlorophylles et des caroténoïdes. Il y a de
quoi s'émerveiller de la constitution moléculaire des molécules de
ces composés qui absorbent la lumière visible.
Les
chlorophylles ? Des molécules qui sont construites autour d'un
noyau « tétrapyrrolique », avec des atomes qui forment
une sorte de « plaquette », et un atome de magnésium au
centre, des électrons étant répartis (on dit « délocalisés »)
sur tout le plan du noyau. Les caroténoïdes ? Des molécules
également remarquables, mais différemment : elles ont un long
squelette fait d'atomes de carbone, avec des liaisons simples et
des liaisons doubles qui alternent, ce qui permet, à nouveau, la
délocalisation des électrons, laquelle permet l'absorption de la
lumière visible.
Dans
les deux cas, il y a un mécanisme analogue, et très remarquable.
Ordinairement, quand il n'y a pas de délocalisation des électrons,
les molécules n'absorbent que des rayonnements très énergétiques,
ultraviolets par exemple. En revanche, quand les électrons de
doubles liaisons sont ainsi délocalisés, ils sont moins « tenus »
par le squelette moléculaire, et interagissent plus facilement avec
les rayonnements, de sorte qu'ils peuvent absorber ces derniers,
avant de revenir à l'état initial, souvent par réémission de
rayonnement invisible, infrarouge par exemple.
Je
m'arrête là : j'avais juste esquissé la suite du récit afin
de montrer qu'il y a lieu de s'étonner chaque seconde... de la
couleur changeante du vert des feuilles.
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