vendredi 30 octobre 2026

Un grand merci... et vite, au travail !

 A propos de la médaille de chimie 2026



Ayant reçu de l'Académie des sciences la médaille de chimie 2026, il y a trois jours, je suis un peu dépassé par les félicitations que je reçois de partout et auxquelles je suis évidemment amené à répondre.

Mais cela ne doit pas m'empêcher de remercier tous les collègues de l'académie, pour avoir oeuvre en faveur de cette attribution, sur une proposition dont je ne sais pas l'origine : j'ignore qui a fait cette proposition, et qui l'a approuvée.  

Bien sûr, j'ai adressé rapidement un message au bureau de l'académie, pour remercier de
l'accueil et de l'honneur qui m'ont été faits, en espérant que le message de remerciements sera transmis aux confrères anonymes. Mais comme je suis bien triste de ne pouvoir remercier personne en particulier, je le fais ici publiquement en général.

J'observe aussi que mon ardeur à la recherche scientifique s'en trouve avivée.. en supposant que cela soit possible car depuis toujours, mon énergie est absolument engagée dans cette chimie qui me passionne.
Bien sûr, j'en suis détourné chaque fois une tâche d'intérêt collectif m'incombe, et je suis désolé de "perdre ainsi du temps" pour mes travaux. D'ailleurs, plutôt que "ardeur avivée", j'aurais dû dire "sentiment d'urgence à revenir aux travaux scientifiques dès que j'en suis détourné".

D'autre part, quand des félicitations m'arrivent, j'ai vraiment  -honnêtement- l'impression de ne pas être à la hauteur  de l'honneur qui m'a été fait. Il faut donc que je laisse passer la tempête des félicitations et que chaque seconde de mon temps soit de nouveau consacré à mes travaux, en espérant des découvertes parfois. 




Chevreul, chimiste et encore chimiste : un livre gratuit en ligne

 J'avais annoncé la parution d'un livre gratuit, en ligne, en pdf seulement, et voici le lien : 


https://www.academie-agriculture.fr/publications/livres-academie-agriculture-de-france

 


Bonne lecture

L'éthique, en pratique

 

Le comité pour l'éthique des publications, ou COPE, est une extraordinaire initiative, parfaitement opérationnelle et utile.

Dans une des deux revues que j'anime, j'ai la situation suivante d'un éditeur en charge d'un manuscrit qui accepte ce dernier alors qu'il est véritablement inacceptable. Il s'est  fondé sur deux rapporteurs qui ont  complètement manqué le point essentiel qui rend le manuscrit inacceptable.

Que faire ?

Évidemment, ne pas transmettre la décision de l'éditeur aux auteurs et entamer une discussion avec l'éditeur, qui, lui-même, reviendra vers les rapporteurs que je ne connais pas (puisque les deux revues sont triplement anonymes).

Mais sur quelle base prendre une telle décision ?

La consultation du COPE montre des règles générales, explicite des notions essentielles  à propos de l'éthique, et, également, présente des cas pratiques, qui décrivent des situations que l'on rencontre  dans les revues.

En l'occurrence, je trouve rapidement exposé un cas très voisin de celui que je viens de rencontrer : avec le COPE, je trouve ainsi  une  discussion collégiale à ma disposition pour justifier quelque chose qui risquerait d'être très personnel et peut-être arbitraire

jeudi 29 octobre 2026

Une expérience donne toujours des résultats

Il ne faut pas que je m'acharne sur les mauvais livres, mais cela me désole quand même que l'on mette entre les mains du public des textes qui obscurcissent au lieu d'éclairer.
 

Or cela fait plusieurs fois que je discute d'un mauvais livre d'histoire des sciences... où je trouve à nouveau une manifestation de sa médiocrité dans une phrase qui évoque des expériences qui me donneraient "aucun résultat".
En réalité, toute expérience donne un résultat.

Certes le résultat donné par une expérience  n'est pas toujours le résultat attendu, mais c'est un résultat. Il y a donc confusion de la part de notre auteur.

Je prends un exemple dans notre groupe de recherche où un doctorant avait voulu utiliser la spectroscopie de résonance magnétique nucléaire pour explorer l' "effet pastis", lequel correspond à un trouble de l'eau quand on y verse une solution d'huile dans l'éthanol : des gouttelettes d'huile apparaissent isolées dans l'eau (réfléchissant la lumière blanche, d'où le trouble), parce que l'éthanol allait se dissoudre dans l'eau.
Notre jeune ami voulait savoir où était l'éthanol dans le système et il avait donc analysé le trouble formé dans l'espoir d'observer des signaux qui lui auraient indiqué les interactions de l'éthanol avec l'eau ou avec l'huile, par exemple.
Mais finalement l'analyse faite ne lui avait montré que de l'eau.
Cela aurait pu (dû ?) être prévu, parce que les quantités d'huile et d'éthanol qu'il avait utilisées pour faire l'expérience était bien inférieures aux quantités nécessaires pour observer un signal.

Mais surtout, avec cet exemple, on voit bien que le résultat n'est pas nul, puisque nous avons vu le signal de l'eau.
 C'est seulement par rapport à nos attentes que nous avons été déçu.
 
D'ailleurs, il faut observer que notre doctorant a beaucoup appris de cette expérience  : elle  lui a rappelé que des composés peuvent être présents dans un système sans qu'ils apparaissent à l'analyse. Elle lui a rappelé qu'il y a toujours lieu de se méfier et de garder en tête cette idée, qu'il s'agisse de cette expérience particulière ou d'une autre.

En tout cas, le résultat n'était pas "nul".

En l'occurrence, l'auteur du livre d'histoire des sciences que je considère s'intéressait aux expériences d'Albert Michelson et d"Edward Morley, à propos de cet éther que l'on pensait jadis emplir l'Univers.
Ils ne l'on pas vu, même en répétant l'expérience de plus en plus précisément.  en plus l'univers ils ne l'ont pas vu, et ils ont dû conclure : « s'il y a un mouvement relatif entre la Terre et l'éther luminifère, il doit être petit ».
 

Mais cela, c'est un acquis !
 

mercredi 28 octobre 2026

Il faut sourcer !

 A propos de la lecture d'un livre de vulgarisation médiocre,  je m'aperçois que cette approche scientifique qui consiste à réclamer aux auteurs des références (c'est-à-dire des justifications) à propos de tout ce qu'il prétendent me conduit à ne plus supporter le livre que j'ai donc entre les mains. 

En l'occurrence, plusieurs passages de ce livre m'ont montré qu'il fourmille d'erreurs... et c'est en quelque sorte  un livre bénéfique qu'il m'a de nouveau montré précisément pourquoi il y a cette nécessité de sourcer toutes les informations que l'on transmet.

Dans des discussions avec des collègues, certains voulaient que nous soyons plus légers quand nous parlons à un public général, et que nous omettions les références bibliographiques.

Mais en quoi cela gênerait-il d'ajouter un petit exposant derrière une phrase et une référence correspondante en fin d'ouvrage ?

Je crains que mes collègues qui refusent ainsi de sourcer sont plutôt de ceux qui n'ont pas les références nécessaires ou qui sont trop paresseux pour les chercher quand ils ne les ont.

Pour moi, ma religion est faite : chaque phrase, chaque idée, chaque présentation d'un résultat expérimental seront justifiées par une ou plusieurs références sérieuses.

mardi 27 octobre 2026

Un mauvais livre pour une grande passion

Je retrouve le manuel qui accompagnait la boîte de chimie que j'ai reçue quand j'avais 6 ans.
Je savais qu'il ne fallait pas que je m'étonne d'avoir raté certaines expériences, parce que certaines expériences proposées n'étaient pas possible, mais j'ai retrouvé bien pire que ce que j'imaginais.

Par exemple, le livre indique de couvrir la surface sur laquelle on expérimente avec de la toile cirée... et c'est une grave erreur, car la toile cirée peut s'enflammer.

Mais il y a pire et en notamment, l'usage des termes.

Par exemple le livre explique qu'il faut de l' "azote" pour les plantes, et, sur cette base, m'interrogeant sur cet azote, j'avais observé, vers l'âge de huit ans, qu'il y avait de l'azote dans l'ammoniac : les rosiers de mon père n'avaient pas aimé !

Mais il n'y a pas que ces questions terminologiques, et je vois des aneries à toutes les pages.

Par exemple dans les toutes premières expériences il est indiqué de chauffer du bisulfite de sodium avec de l'eau.
Le livre  écrit d'ailleurs bisulfite et sodium avec des capitales indues, qui ne montrent pas le bon exemple à des enfants qui doivent apprendre les règles, notamment celles des majuscules pour les noms propres seulement.
Mais surtout, le livre propose d'observer un dégagement gazeux, une odeur de soufre et un trouble du liquide. Dont acte... mais le livre explique ensuite que tout cela résulte de ce qu'il y avait plusieurs "corps" le tube utilisé pour l'expérience. En réalité, oui il y avait le bisulfite de sodium et l'eau.
Mais si c'est cela la question analysée, elle est idiote ; tandis que  si c'est plutôt de considérer que le bisulfite de sodium est fait de plusieurs "corps" alors c'est encore très criticable puisqu'il n'y a qu'un corps à savoir le bisulfite.
Et si c'est pour dire qu'il y a des atomes de différentes sortes, pourquoi ne pas le dire ?

A propos de cette expérience, le livre indique "Et maintenant, tu vas étonner tout le monde", à propos d'une expérience qui consiste à effectuer un changement de couleur d'une solution quand on y ajoute un acide (tartrique).
Dans l'explication, il est dit que l'on devient ainsi un "savant chimiste"... et tout me déplait ici. Tout d'abord, on est savant à peu de frais, et, surtout, il y a la confusion de la chimie avec la prestidigitation, la tromperie, en quelque sorte.

Puis je vois des confusions entre "corps", "composés", "molécules", "atomes" et "éléments" : quelle honte !

Je trouve ensuite une ânerie terrible à propos d'une expérience consiste à mettre pendant 2 secondes l'extrémité la agitateur en verre dans la flamme d'une bougie :  on observe un dépôt noir... et l'on pourrait écrire avec sur un papier.
Pourquoi pas, mais le livre indique que ce serait du "charbon" qui serait déposé sur la baguette en verre ; et pourquoi ? Parce que, dans la bougie, "il y avait du charbon que la flamme a libéré" ! Non, mille fois non.

Le livre est scandaleux... et il faut que je m'interroge : qu'avais-je pensé à l'époque ? Et pourquoi est-il possible qu'un tel livre ait été à l'origine de ma passion pour la chimie ? J'imagine que le livre n'y est pour rien, et ce sont les transformations observées qui sont la cause de tout. Décidément, Galilée avait raison de dire que l'expérience s'impose à toute "autorité" !

A l'Académie des sciences

Ce 27 octobre 2026, je me trouve dans cette situation amusante d'aller recevoir un prix de l'Académie des sciences... alors que je ne sais même pas de quel prix il s'agit

Allons voir ;-)