Affichage des articles dont le libellé est hervé this. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est hervé this. Afficher tous les articles

samedi 14 février 2026

Le summum de l'intelligence ?

 
Pendant des années, j'ai cité cette phrase "Le summum de l'intelligence, c'est la bonté et la droiture". Mais elle ne m'a en réalité jamais satisfaite.
 

Je ne sais plus si je l'ai prise de Jorge Luis Borgès, ou de Montaigne, mais, de toute façon, elle ne me convient pas : être bon, c'est évidemment bien, mais on peut être bon et simple, et ce n'est pas la droiture qui suffira. 


A la réflexion, je préfère : "Le summum de l'intelligence, c'est d'allier rigueur, droiture et bienveillance"

Le doute et la science

Ce matin, on m'a envoyé un lien vers une vidéo navrante, montrant une table ronde prétendument consacrée à la science, mais qui partait d'un présupposé selon lequel la science aurait été caractérisée par le doute.

Cette idée, qui reste donc à explorer, était montrée sans aucune subtilité, comme s'il y avait eu une équation science = doute. 

Selon cette équation, la science (personnifiée ?) aurait douté de tout, de sorte que se serait posée la question -c'est la médiocre rhétorique du dragon chinois : on crée un problème qui n'existe pas, et on le pourfend pour montrer que l'on est très bien- de savoir comment faire pour penser qu'il y a de l'assuré, et comment répondre aux complotistes, pour qui un doute s'oppose à un autre doute.

Mais les sciences de la nature sont bien autre chose que des présupposés ! Ce sont des activités de recherche des mécanismes des phénomènes par une méthode où il y aune part de doute, certes, mais pas un doute au sens d'une réfutation systématique.

Les sciences de la nature


Allons y voir, en répétant, donc, que les sciences de la nature cherchent les mécanismes des phénomènes par une méthode qui commence par une identification des phénomènes que l'on explore. Là, pas de doute, mais, bien au contraire, la volonté le bien poser une question, de bien s'assurer de fait que l'on va étudier. Donc certainement pas du doute.

Puis il y a une caractérisation quantitative, des mesures. Et là encore, c'est évidemment le contraire du doute, puisque l'on caractérise le phénomène. Mieux même, qu'on introduit des nombres, des nombres solides.

Bien sûr, un esprit faux pourrait faire observer (s'il était arrivé jusqu'à ce point de connaissance) que la valeur exacte d'une mesure est inaccessible, en raison des perturbations de mesure...
Mais quand même, il ne faut pas exagérer : d'une part, la moyenne de plusieurs mesures est démontrée être un bon estimateur de la valeur cherchée, et, avec les perfectionnements des appareils de mesure, nous approchons sans cesse davantage de cette valeur... au point que certaines mesures se font avec un nombre de décimales ahurissant !
Sans compter que les sciences de la nature sont sans cesse dans la "validation" : nous craignons tant la présence du diable dans les détails que nous ne cessons de le pourchasser.
Bref, quand on mesure la rotondité de la Terre (par exemple), on sait où on en est, de nos certitudes. Pas de doute !

La troisième étape, la réunion des données quantitatives en équations, n'est pas une étape de doute, mais, au contraire, un affermissement : les équations trouvées ne sauraient s'appliquer à des données incohérentes.

Puis vient la construction d'une théorie, par regroupement des équations identifiées, et par induction : là le doute est hors sujet. Mais c'est après, dans la recherche de conséquences théoriques et les test expérimentaux de ses conséquences que nous espérons des réfutation : ce n'est pas que nous doutions des théories, car nous savons nos théories insuffisantes.
Ailleurs j'ai dit que les théorie sont fausses, parce qu'elle le sont par principe, mais en réalité ce n'est pas parce qu'elles sont fausses qu'elles sont inutiles, et c'est simplement, comme à propos de la mesure, que nous cherchons les remplacer par de meilleures théories, plus fécondes.

Bien sûr, il y a toujours la place pour des découvertes extraordinaires sans quoi nous ne ferions pas notre métier. Oui, nous avons le sentiment que derrière tout ce que nous savons, il y a encore beaucoup à apprendre, à savoir, mais cela n'est pas du doute ; c'est plutôt de l'espoir. Bref, poser la science comme le royaume du doute n'est pas une bonne façon d'expliquer ce qu'est la science. Les organisateurs et les participants à ce débat auraient donc bien fait de commencer par des explications telles que je viens de les donner : si l'on veut parler de sciences de la nature au public, il y a d'abord lieu de lui expliquer (puisqu'il l'ignore complètement) ce que sont ces activités et comment elles fonctionnent. Pour parler d'un objet, il faut connaître cet objet, non ?

vendredi 13 février 2026

Un gâteau de la Saint-Valentin


Je vous propose d'inventer un gâteau, pour la Saint-Valentin.

On sait qu'il y a de la farine, dans les gâteaux, mais on sait que la poudre d'amande allège la chose, en plus de contribuer à un goût apprécié.

Puis, pour faire quelque chose de délicat, on pense évidemment à une mousse. Et par exemple, une mousse avec de l'oeuf : classiquement, on bat les blancs d'oeufs en neige, et l'on bat les jaunes avec du sucre.

Puis, pour plus de moelleux, on ajoute du beurre fondu. Et voici donc la base du gâteau faite : - deux jaunes d'oeufs battus jusqu'à blanchir, avec autant de sucre (en volume - dans ces jaunes dits "au ruban", on ajoute 50 grammes de beurre fondu pas chaud, 50 grammes de poudre d'amandes, et 50 grammes de farine - on bat quatre blancs d'oeuf en neige, puis on ajoute 100 grammes de sucre et l'on continue de battre. - on mélange les deux préparations et l'on met dans un cercle assez haut.

La cuisson ? A la température de 180 degrés pendant 40 minutes : c'est long si le gâteau est épais, et il doit l'être parce qu'on le coupera en deux pas une coupure horizontale.

Mais il faudra attendre qu'il ait refroidit pour retirer le cercle et couper le gâteau. Et, entre les deux disques de gâteau, ainsi que sur le dessus, on mettra de la crème fouettée et légèrement sucrée, avec du jus de fruit de la passion gélatiné :
- on coupe les trois fruits de la passion en deux
- à la cuiller, on racle l'intérieur pour le faire tomber dans un chinois posé sur une casserole
- à la cuiller, on fait descendre le maximum de jus de fruit de la passion dans la casserole
- on y fait tremper une feuille de gélatine
- puis on porte à ébullition
- et on laisse refroidir
- quand c'est froid, on mélange à la crème fouettée. Si l'on dispose de fruits (par exemple des myrtilles, des framboises, et cetera), alors on les disposera en cœur au sommet du gâteau que l'on sert avec amour.

jeudi 12 février 2026

Pour faire une bonne présentation orale

Je vois des étudiants et des collègues trembler à l'idée de faire une présentation orale, préparer des notes (au stylo, sur du papier !) en vue de les lire ou de les réciter après les avoir apprises  par cœur... et c'est à la fois une perte de temps et la quasi certitude que la présentation sera mauvaise.

Je propose de faire à la fois bien mieux et bien plus simple.

Avant de se lancer dans la préparation d'un fichier PowerPoint ou dans l'écriture d'un discours, il y a eu lieu de savoir - en une phrase et une seulement-  ce que l'on veut dire.

Cette idée doit évidemment être développée, tout en conservant l'objectif : il s'agit de faire comprendre clairement à nos amis ce que nous voulons leur dire.

Pour y parvenir, pour être clair, il y a des points de passage obligés, des notions à expliquer soit pour faire comprendre la nécessité de l'idée, afin qu'elle soit bien reçue, bien entendue, soit pour donner des informations qui permettront de la saisir correctement.

Autrement dit une logique s'impose d'emblée et c'est cette histoire là qui doit être racontée.

Il n'y a pas lieu d'écrire tous les mots à l'avance mais seulement, les points essentiels que l'on veut aborder.
Au pire, on pourra avoir un petit bout de papier avec les étapes, et cela seulement.


Puis il y a cette question de parler :  à qui ?

Mon père, qui faisait des conférences extraordinaires m'avait dit un jour de m'adresser aux personnes du dernier rang, de respirer avec elles...  mais cela est bien trop difficile, et on voit mal ces personnes qui sont trop loin.
Je préfère prendre en quelque sorte à témoin quelqu'un que je vois devant moi et c'est à cette personne là en particulier que je parle.

Evidemment je ne confisque pas le discours au profit de cette seule personne, mais disons plutôt que c'est à elle que je m'adresse en voulant lui faire comprendre les choses, et lui faire comprendre tel que je le dirai à un ami au cours d'un repas, familièrement en quelque sorte sans chercher des effets rhétoriques dont je ne suis pas capable.

J'en profite pour signaler que dans les interviews que j'ai donnés et qui ont eu le plus de succès, je me parlais en quelque sorte à moi-même, soliloquant, montrant familièrement les détours de ma pensée vers l'idée qui s'imposait. Et il y a également eu ceux où je parlais à mon ami Pierre Gagnaire qui était présent avec moi : nous avions une sorte de dialogue entre nous, et plusieurs fois, les journalistes nous ont dit combien cet exercice était intéressant parce qu'on avait l'impression de participer à ce dialogue amical.

Oui, je crois de moins en moins à des discours apprêtés à moins évidemment de maîtriser la rhétorique parfaitement.


Un point de détail : que faire de nos mains quand on parle ?

J'ai encore vu hier un orateur qui bougeait les mains de façon incohérente et surtout insensée au sens littéral du terme :  les mouvements n'avaient pas de sens.

Tenir le pointeur dans une main facilite évidemment les choses puisqu'à ce moment-là la main qui tient le pointeur a une véritable fonction. Mais on peut imaginer d'autres choses, tenir un objet, le montrer, montrer de la main un point particulier d'une diapositive, faire une expérience, et cetera


Finalement le principal conseil est de ne pas être apprêté. A moins de maîtriser parfaitement la rhétorique soyons naturels, soyons simples, soyons souriants, facilitons-nous la vie et mettons nos amis à l'aise en étant nous-même familiers, à l'aise. Soyons avec nous-même, et oublions ce public qui nous écoute, écoutons les mots que nous disons, focalisons notre pensée sur ces mots, leur contenu, leur enchaînement.

mercredi 11 février 2026

La vulgarisation de la chimie

 
Je rencontre une question de vulgarisation d'autant plus intéressante qu'elle concerne la chimie.

Dans un texte que je fais, je suis conduit à évoquer des composés de la classe des "ammonium quaternaires" : évidemment, je sais que la plupart de mes amis qui me liront n'ont aucune idée de ce dont il s'agit, et je me demande donc comment leur présenter ce type de composés.

Là, je commence par expliquer, avant de proposer une discussion sur la nécessité de le faire, ce qui est le véritable objectif de ma présente discussion.

Les ammoniums quaternaires sont des composés organiques, ces composés dont les molécules sont principalement composées d'atomes de carbone, d'hydrogène, d'oxygène, d'azote, et de quelques autres atomes moins fréquents. Plus précisément, les ammonium quaternaires sont des composés dont les molécules comportent au moins un atome d'azote lié à quatre "groupes".

Des groupes ? Cela reste bien vague : de quoi s'agit-il ? Si l'atome d'azote était lié à 3 atomes d'hydrogène, alors on aurait la molécule d'ammoniac. Mais si un atome d'hydrogène est remplacé par un atome de carbone lui-même lié à d'autres atomes, alors le composé devient une "amine primaire".

Par exemple, on peut donc avoir la partie -NH2 (un atome d'azote N lié à deux atomes d'hydrogènes H) qui est liée à un "groupe méthyle", -CH3, avec un atome de carbone lié à trois atomes d'hydrogène, et l'on obtient une amine particulière nommée aminométhane H3C-NH2.

Puis, si ce sont deux atomes d'hydrogène de la molécule d'ammoniac qui sont remplacés par des groupes, on obtient une "amine secondaire".

Et avec trois groupes liés à l'atome d'azote, on obtient une "amine tertiaire". On peut aller plus loin, et avoir quatre groupes liés à l'atome d'azote, et l'on obtient alors un ammonium quaternaire : c'est un "ion", ce qui signifie qu'il porte une charge électrique (en l'occurrence positive), et que cet ion est associé à un ion négativement chargé.


Toutes ces explications sont bien longues, n'est-ce pas ? Nos amis qui nous lisent nous suivront-ils ? Quel intérêt y ont-ils ?

Nous arrivons à une question d'objectifs, qu'on aurait bien fait de poser au départ, avant l'explication. Oui, pourquoi vouloir citer l'ammonium quaternaire, ce qui nous oblige à le présenter ? En l'occurrence, l'article où figurait cette expression signalait un travail intéressant de chimistes qui avaient découvert que le goût d'un aliment particulier (un fruit de mer) était notamment lié à la présence d'un ammonium quaternaire.

Le résultat scientifique récent qui pouvait intéresser nos amis, c'est précisément la découverte de ce composé. Aurions-nous pu simplement dire "les chimistes ont découvert un composé responsable du goût" ? Je suis bien certain que mes amis qui me lisent auraient demandé lequel ! Avec cet exemple, je vois bien qu'une des difficultés de la chimie est la diversité de ses objets. Parfois, certains disent que la chimie est barbante parce qu'il faudrait "l'apprendre par coeur", mais je propose plutôt de dire qu'elle est merveilleuse, parce que, grâce à cette science, on découvre la diversité des structures du monde.

Pas de grandes loi générales comme en physique ? Pas certain, parce que, précisément, les chimistes apprennent progressivement à reconnaître des familles de molécules : les amines, les alcools, les acides... Et c'est cette mise en ordre qui donne du sens au monde : au lieu de se perdre dans la diversité, on voit des structures.

Sans compter que la chimie n'est pas une collection de papillons : elle s'intéresse plus aux réactions, aux transformations, qu'aux objets eux-mêmes. Encore que les objets eux-mêmes aient de l'intérêt : par exemple, le graphène, découvert il y a plusieurs décennies, est un composé supraconducteur, ce qui donne du grain à moudre aux physiciens.

Oui, pourquoi le graphène a-t-il ses propriétés ? Décidément, au lieu d'opposer les disciplines, dont les contours sont d'ailleurs flous, il vaut mieux les rapprocher. Ce que je vois, aussi, c'est que l'on ne pourra pas présenter les résultats de chimie par un claquement de doigts, avec une phrase de quelques mots seulement.

Si l'on veut donner du sens, donner des clés de compréhension du monde, il ne faudra de la place, du temps... et de l'intelligence, et de la sensibilité, car j'ai bien expliqué ailleurs que la littérature, au-delà de sa composante technique, a une composante "artistique" : c'est parce que nos textes seront "beaux" que nous amis nous lirons, qu'ils accepteront de nous lire suffisamment loin, qu'ils voudront bien nous accompagner dans l'exploration du monde moléculaire. Nous devons trouver des moyens de rendre nos explications passionnantes, charmantes, surprenantes...

Et cela ne se fera pas en quelques lignes. Surtout, il y a lieu de mettre en oeuvre tout d'un attirail d'étincelles d'intelligence, de charme, d'enthousiasme. Mais là, la question n'est que posée !

mardi 10 février 2026

Un prix pour les ingénieurs



Il y avait jadis ces extraordinaires livres de Louis Figuier Les merveilles de l'industrie,  : c'était l'époque de Gustave Eiffel, des grandes expositions universelles... Les industries de la chimie se développaient alors, irriguées par une science chimique qui progressait à pas de géant, ayant dépassé la chimie minérale pour gagner la chimie organique, et, notamment, la synthèse organique.
Les jeunes gens brillants reprenaient de petites sociétés artisanales pour les rationaliser, y introduire de la technologie à côté de la technique,  transformer un tissu industriel.

Je ne dis pas qu'il n'y a pas cela aujourd'hui mais il est clair que le mot "ingénieur" n'a plus le prestige d'alors.

Pourtant, la consultation de ce blog devrait montrer à l'envie combien je pousse mes jeunes amis vers des métiers d'ingénieur dans l'industrie alimentaire : nous avons besoin de produits meilleurs, plus sûrs, plus sains,  plus intéressants, et leur mise au point, puis leur production demandent beaucoup de compétences et de beaucoup de connaissances.

Alors que je continue de discuter avec des étudiants qui me parlent du mot recherche, oubliant qu'il y a une recherche technologique active à côté de la recherche scientifique (ils ne voient d'ailleurs pas toujours la distinction), je veux rappeler ici que la différence n'est pas grande en terme de travail quotidien entre la recherche scientifique et la recherche technologique.

Je veux rappeler aussi que c'est dans l'industrie qu'il y a des emplois, et des possibilités d'accomplissement très extraordinaire au service de nos collectivités.

J'ai de nombreux amis qui ont basculé de ce côté-là et à qui des familles nombreuses doivent un emploi. Je me souviens en particulier d'un ancien élève d'AgroParisTech qui avait placé ses économies pour créer une société de pâtisserie surgelée de qualité et il a merveilleusement réussi, contribuant à faire vivre une ville entière de France : celles et ceux qui étaient employés directement avaient un salaire qui leur permettait de payer le boulanger, le boucher, l'épicier, le garagiste, le médecin, l'électricien, et cetera.

Moi-même, quand je travaillais à la revue Pour la science, j'étais heureux de contribuer à faire vivre toute une petite équipe pour le même type de raisons. Et pour parer aux arguments fallacieux, j'ajouterais que jamais nous n'avons cédé sur la qualité, tout en faisant un travail passionnant.

Le métier d'ingénieur est multiforme  : il s'exerce des plus petites entreprises jusqu'aux plus grandes, et il y a aussi des possibilités de consultance...

D'ailleurs, cela vaut la peine de chercher à bien comprendre quelle est l'activité de l'ingénieur.

Certains de mes camarades d'école (d'ingénieur) ont fini dans l'équipe de direction de grandes sociétés industrielles automobiles, d'autres ont dirigé des sociétés. J'en ai vu directeurs techniques de groupes alimentaires ou cosmétiques.

Nombre d'entre eux  ont été multiformes, négociant des contrats sur la base de connaissances techniques  dont ils disposaient : l'un d'entre eux, par exemple, vendait en Chine des usines de fabrication d'air liquide, et il lui fallait être capable de maîtriser si bien le processus qu'il pouvait dessiner les plans directement devant les clients.

J'en ai évidemment vu beaucoup dans l'industrie du numérique,  j'en ai vu aussi beaucoup dans les industries de la formulation : carburants, pneumatiques, vernis et peintures, médicaments, cosmétiques, évidemment.

D'autres ont eu des carrières plus éloignées de la technologie et je pense par exemple à celui qui finançait des cargos,  ou à celui qui était spécialisé dans l'assurance des trains et des avions, sans compter quelques-uns qui sont partis dans les banques ou dans l'administration.

Disposant de son diplôme d'ingénieur, chacun a trouvé sa voie.
Ingénieur ? Un superbe métier !

Bizarre réflexes

 Au fond, c'est un réflexe bizarre que de s'interroger sur les questions de toxicité quand on considère des additifs. 

Au fond c'est un  réflexe bizarre de faire confiance à la nature quand il est question d'alimentation

lundi 9 février 2026

Le destin incroyable certains alsaciens

 

On l'a oublié, mais certains Alsaciens ont changé 5 fois de nationalité en 75 ans.
1. Français  avant 1870 (puisque Louis XIV avait mis la main sur l'Alsace), ils étaient devenus allemands en 1870.
2. Puis, en 1918, ils sont redevenus français.

3. En 1939, quand l'Allemagne a vaincu la France, ils sont redevenus allemands, le régime nazi ayant annexé l'Alsace.

4. Mais, en 1945, ils sont redevenus français....

Pour combien de temps ? Et comment les Alsaciens n'hésiteraient-ils pas à se considérer comme français, d'autant que la langue alsacienne est bien plus proche de l'allemand que du français.

Oui, aujourd'hui, l'Alsace est en France, mais cela durera t-il ?

Préférons dire qu'elle est en Europe mais surtout que l'Alsace est en Alsace.

dimanche 8 février 2026

Rattraper une sauce rémoulade

La sauce rémoulade existait déjà du temps de Guillaume Tirel, dit Taillevent, au 14e siècle : c'est de la moutarde et un liquide où l'on émulsionne de l'huile. A ne pas confondre avec la mayonnaise, qui n'est composée que de jaune d'oeuf, vinaigre et huile.

En l'occurrence, je voulais faire de la rémoulade à partir de moutarde à l'ancienne pour laquelle il y a peu de liquide (solution aqueuse). Or il faut assez de phase aqueuse pour disperser de l'huile et obtenir une émulsion de bon aloi. Or, dans la moutarde à l'ancienne, il y a sutout des grains.
Certes, j'avais ajouté un jaune d'œuf, mais cela faisait moins que dans une sauce mayonnaise, où l'on me autant de vinaigre (90 pour cent d'eau) que de jaune d'oeuf.

Et j'étais pressé : j'ai rapidement vu que ma sauce tournait, devenait huileuse. Comment la rattraper ?

La chose est simple  : il suffit  :
- d'ajouter beaucoup d'huile d'un coup pour être certain de bien déstabiliser le début d'émulsion,
- puis de décanter la partie supérieure dans un bol
- et d'ajouter un peu de vinaigre au liquide qui reste au fond du bol
- cette fois, en agitant un tout petit peu, on obtient un début d'émulsion
- et il suffit ensuite d'ajouter progressivement, en fouettant,  ce que l'on avait décanté par ailleurs.

De fait, j'ai obtenu une belle émulsion, une rémoulade à l'ancienne.

Et la leçons est claire : il faut suffisamment de phase aqueuse pour disperser de l'huile dans une émulsion.

vendredi 6 février 2026

A propos de vulgarisation scientifique, notamment de la chimie

Un ami journaliste me tend cet oukase : « un papier, un sujet »... et je ne suis pas certain d'être d'accord.

Bien sûr, si l'on enfonce le clou, l'idée que l'on développe sera clairement perçue... mais quel est l'objectif ? Il y a autant de ces derniers que de lecteurs : certains veulent de l'information, d'autres veulent être dans le mouvement, d'autres encore veulent de l'actualité, d'autres veulent apprendre...

Comment parler à tous ? La tâche est clairement impossible, car nos amis qui veulent apprendre, par exemple, détestent l'information superficielle, qui ne donne pas les "moyens de la preuve", tandis que ceux qui veulent une information rapide n'ont que faire de développements, qu'ils jugent fastidieux.

D'ailleurs, il en va de même pour les conférences dites "grand public", comme j'en ai fait mille dans les universités : l'assistance est composée de quelques passants extérieurs, mais aussi d'étudiants et de collègues, qui en savent plus que les autres.

Comment les satisfaire tous ?

Je crois que la réponse tient moins dans de la technique que dans de l'art. Et je m'explique en comparant la littérature à la cuisine.

Pour cette dernière, il y a trois composantes : technique, artistique, sociale.

Ceux qui sont intéressés de bien comprendre cela pourront se rapporter à mon livre La cuisine, c'est de l'amour, de l'art, de la technique, où j'explique -exemples à l'appui- que la technique n'est pas bien compliquée : n'importe qui peut battre des blancs d'oeufs en neige, fouetter des jaunes d'oeufs avec du sucre jusqu'à ce que le mélange blanchisse (il "fait le ruban"), cuire le mélange (additionné de chocolat et de farine) dans un four réglé à 180 °C pendant 40 minutes, couper le gâteau obtenu en deux disques, intercaler des cerises au sirop, imbiber de kirsch, et napper de crème que l'on fouette (oui, vous avez reconnu la recette du gâteau Forêt noire).

Et tout cela n'a guère d'intérêt, au point qu'une machine pourrait le faire. Ce qui est plus intéressant, c'est la question "artistique", que l'on comprend mieux en comparant avec la musique : dans une salle de concert, ce qui nous intéresse n'est pas la tenue du musicien (le pianiste canadien Glenn Gould jouait sur une sorte de tabouret, le violoncelliste YoYo Ma est vautré sous son violoncelle), mais la beauté de la musique.

De même, en cuisine, l'apparence dans l'assiette compte moins que le goût : pour la cuisine, le "beau", c'est le beau à manger, le "bon". Le lien social, enfin ? Disons pour faire vite que le meilleur des plats sera immangeable s'il nous est jeté à la figure.

Et revenons maintenant à notre "littérature", qu'il s'agisse d'articles dans des revues de vulgarisation ou de livres techniques, ou de romans.

Là encore, il y a une composante technique : l'orthographe doit être correcte, ainsi que la grammaire, et la rhétorique doit être maîtrisée, par exemple. Pour le sens général, l'enchaînement des idées est également essentiel, bien sûr. Tout compte, parce que tout a un effet sur le lecteur. Par exemple, les connotations, les sonorités, les assonances, etc.

Mais, pour la "littérature" également, il y a une composante artistique, et celui ou celle qui écrit peut parfaitement organiser les choses comme il ou elle veut. D'ailleurs, on ne compte plus les romans qui partent de la fin, ou qui bouclent ; on ne compte plus les écrivains qui bravent les règles, tout comme Jean-Sébastien Bach a bravé la règle du "triton" (la quarte augmentée, un intervalle qui fut considéré comme "diabolique).

L'art est précisément d'échapper aux règles, et c'est le propre d'un bel artiste d'abattre les règles en réussissant à rendre son auditoire heureux. Là, il n'est plus question d'idées simplistes telles que "un article, une idée".

Et, mieux, l'artiste peut vouloir précisément se donner comme règle de faire deux idées, ou trois, pour un article.

D'ailleurs, le même ami journaliste me dit que "quelqu'un qui lit un papier contenant une idée claire et accessible s'en rappelle 20 ans plus tard même s'il ou elle a lu vite; en revanche la même personne lisant un papier contenant deux idées, a oublié un quart d'heure après, même s'il ou elle a lu lentement."

Là encore, je réfute absolument cette idée (technique, une fois de plus ; donc qui manque d'inclure la question artistique), et j'en ai fait la réputation dans mes Secrets de la casserole : j'avais appliqué, plutôt, la technique de la "phrase magique", à savoir que quand un article est fini, on passe autant de temps qu'on a passé à l'écrire pour trouver une phrase mémorable. Et c'est cela qui rend mémorable. J'ajoute que cette idée n'est pas mienne ; je l'avais tirée d'un extraordinaire (gros) traité de littérature : What to write, how to write, how to sell it (qu'écrire? comment écrire? comment le vendre?), dont les chapitres étaient rédigés par les principaux écrivains de l'époque à laquelle le livre est paru.

Pour mes Secrets de la casserole, bien sûr, il y avait la nouveauté du thème, ou encore l'idée de partie de questions et d'y répondre brièvement, la recherche de la clarté dans les explications, mais quand même : j'avais mis en oeuvre, dans chaque double page, cette idée de la phrase magique, et je peux témoigner que j'ai passé BEAUCOUP de temps à chercher ces phrases.
Lorsque le livre est sorti, les journalistes qui l'avaient recensé ont très souvent cité de mes phrases magiques, et trente ans après, je rencontre encore des gens qui me citent de ces phrases particulières.

J'ajoute que j'avais testé toutes les configurations : parfois, la phrase magique était en début de chapitre, parfois elle était au milieu, ou en fin. Tout fonctionne... si la phrase est "magique".

Et, comme je veux aussi réfuter l'idée d'une seule idée par texte, je me propose de livrer ici quelques réflexions sur la vulgarisation de la chimie.

Car mon ami, me lisant, me dit ne pas savoir ce qu'est une "amine secondaire".

 Il est vrai que cette question est un peu distincte des premières, par nature. Mais l'unité de l'ensemble de ce billet vient du fait que c'est le même ami que je prends comme prétexte pour explorer la difficile question de la diffusion de Connaissance.
 
 Là, j'ai mis une majuscule à ce mot commun, "connaissance", et c'est évidemment voulu : je veux signaler qu'il ne s'agit pas d'information, mais de mieux.
 
 D'ailleurs, je fais ici un écho à ce que je disais plus haut, à propos des divers lecteurs, en citant Jean de la Fontaine : "Si Peau d'Âne m'était conté, j'y prendrais un plaisir extrême". Oui, d'abord, il y a la question de l'histoire que l'on raconte, mais, mieux, on (moi, en tout cas) ne raconte pas des histoires au hasard, au fil d'une actualité aussi peu intéressante qu'elle est plus manipulée.

 D'ailleurs, c'est bien cela, l'intérêt de cette revue Pour la Science que j'aime tant : on ne se limite pas à l'information (la fusée a décollé), la bête information qui glisse comme l'eau sur les plumes du canard, mais on donne les "moyens de la preuve".
 
 Oui, les "moyens de la preuve" : cela signifie que l'on rend nos amis qui nous lisent capables de bien plus qu'avant leur lecture. L'actualité est un support de l'élévation... de sorte que "Connaissance" méritait bien une majuscule, n'est-ce pas ?
 
 Et là, je ne peux m'empêcher d'ajouter (mon ami ne vas pas être content de mes ajouts baroques !) que l'aspect proprement révolutionnaire de l'Encyclopédie (coordonnée par Denis Diderot et Jean Le Rond d'Alembert) tenait surtout au rapprochement d'articles à propos de métiers techniques et d'articles de politique ou de philosophie. C'est cela, la vraie sédition : ne pas admettre le pouvoirs des élites, reconnaître la technique et la technologie au même niveau que la science, ne pas comparer des pommes et des bananes, mais les considérer, en apprécier la variété...
 
 Revenons à la chimie, puisque le paragraphe qui précède n'était une introduction à la discussion de cette difficile question.</strong> Quand je parle à un ami physicien, par exemple, je sais que, plusieurs années après ses études, la probabilité qu'il se souvienne de ce qu'est un ammonium quaternaire (par exemple) est faible. Oui, il me faut lui expliquer que les ammoniums quaternaires sont des composés organiques dont les molécules sont construites autour d'un atome d'azote (positivement chargés), avec quatre groupes qui sont liés à lui.
 
 Mon ami physicien saura-t-il ce qu'est un "groupe" ? Je n'en suis pas sûr, et il vaudrait mieux que je lui explique/rappelle qu'il s'agit de groupes d'atomes, et que je donne des exemples : le groupe méthyle est composé d'un atome de carbone lié à trois atomes d'hydrogène, ce que l'on note -CH3, si l'on désigne par C un atome de carbone et par H un atome d'hydrogène.
 
 Là, suis-je allé trop loin ?
 
 Tout dépend de mon interlocuteur, de son âge, de sa formation... Mais si je veux pouvoir m'adresser au plus grand nombre, il faudra que je cherche à bien dérouler toute la pelote de fil, que j'explique, et que j'explique, et que j'explique encore. Sans compter qu'il faut quand même, pour que mes amis me suivent, pour qu'ils acceptent mes explications, que je leur ai expliqué l'intérêt de me suivre, l'enjeu.
 
 Au fond, quel intérêt de savoir ce qu'est un ammonium quaternaire ? Dans l'absolu, pour tout autre qu'un chimiste, cette connaissance (petit c) est nulle. Et il faudra que mes explications aient un peu de "charme" : souvenons-nous de la question de l'art.
 
 Finalement, je vois que tout cela prend de la place sur la feuille, car il faudra beaucoup d'information, et, plus encore, tout un appareil rhétorique pour faire passer la pilule.
 
 Une phrase magique pour terminer : vita brevis, ars longa.
 La citation est tronquée... mais j'y reviendrai une autre fois, ce qui me donnera le temps de réfléchir à la difficile question la diffusion de la chimie !

jeudi 5 février 2026

Quelle belle découverte

Quelle belle découverte !

Dans la série des émerveillements, il y a la découverte des fullérènes, ces composés dont les molécules sont apparentées au buckminsterfullerène, en forme de ballon de football, avec 60 atomes de carbone aux nœuds d'un réseau refermé en sphère.

Le carbone est un élément dont il existe plusieurs variétés pures : il y a d'abord le graphite, où les atomes de carbone sont arrangées en réseau hexagonal, comme un nid d'abeille, ce qui forme des plans superposés, donc des possibilités de cliver le graphite entre les plans ; et il y a le diamant, qui est une structure bien plus complexe, d'une dureté tout à fait extraordinaire.

J'insiste un peu : le noir graphite et le cristallin diamant sont tous deux des matériaux fait uniquement d'atomes de carbone. Et ce qui est merveilleux, ce qui fut un séisme parmi les chimistes, c'est qu'une nouvelle variété de carbone fut découverte il y a quelques décennies : le fullérène.

En réalité, on dit plutôt "les fullérènes", au pluriel, car on a vite découvert qu'il n'y avait pas seulement cette molécule de buckminsterfullérène, de formule C60, à soixante atomes de carbones, mais aussi des cousins chimiques de la molécules.

J'arrive maintenant à la découverte : on connaissait donc le graphite et diamant, mais des études d'astrochimie, des explorations des molécules qui se trouvent dans l'espace interstellaire, et des analyses de la suie - oui : vous avez bien entendu : de la suie de cheminée -ont montré que se trouvaient dans ces deux environnements des molécules de formule C60.

C'était tout à fait extraordinaire, c'était une vraie découverte au sens littéral du mot "découverte", et les travaux ont été rapidement, et légitimement, récompensés par le prix Nobel de chimie.

Oublions l'interstellaire, qui fut un détour utile, mais le fait est là : il y avait depuis toujours, sous nos yeux, dans cette suie banale, des objets que l'on ne voyait pas et que des chimistes ont découverts. Il y avait des composés, présents en abondance, mais nos esprit n'avait pas permis à nos "yeux" de les voir. Cette idée de la découverte des fullérènes doit nous accompagner dans toutes nos recherches scientifiques, n'est-ce pas ? 

mercredi 4 février 2026

Expliquer sans fioriture

 Un éditeur de revue culinaire professionnelle me signale, ce que m'avaient dit des amis cuisiniers, que le monde des métiers de bouche n'a pas le temps de lire des textes trop longs, qu'il préfère aller rapidement à l'essentiel.

Il faut éviter la rhétorique, faire des phrases courtes, de tout petits paragraphes, et des textes pas trop longs, car, me disent mes amis cuisiniers, ils sont sans cesse debout et n'ont pas le temps de se poser entre deux déplacements dans leur établissement.

Donc acte :  cette observation doit se croiser avec celle que j'ai faites précédemment, de demandes de plus en plus nombreuses d'explications par les mêmes professionnels.

Je m'y essaie aujourd'hui à propos de galette.

Il y a des galettes de nombreux types, et ce que l'on nomme des galettes des rois ne doit pas se confondre avec des gâteaux des rois de Bretagne, par exemple.

Les galettes les plus simples sont du simple feuilletage à 4 tours :
- avec une partie de farine, on ajoute un peu de sel et suffisamment d'eau pour faire une pâte qui ne soit pas collante;
- on laisse reposer cette dernière pendant une demi-heure et on l'étale ensuite en disque épais ;
- ensuite, avec une partie de beurre, (une masse égale à celle de la farine), on commence par malaxer ce dernier pour le rendre bien mou,
- puis on l'étale en un disque plus petit que le disque de pâte, et on le pose sur ce dernier ;
- on replie alors le disque inférieur sur le disque supérieur pour faire comme une enveloppe,
- on retourne pour mettre les plis par dessous,
- on étale pour faire quatre fois plus long que large,
- on plie en quatre,
- on tourne de 90 degrés et on étale encore quatre fois plus long que large, et on remplie en quatre
- on laisse reposer une demi-heure au minimum et on répète les opérations d'allongement et de repliement, deux fois de suite
- enfin, on attend une demi-heure, et on abaisse la pâte de façon à pouvoir faire deux disques,
- sur le premier, on dépose éventuellement une garniture, par exemple des lamelles de pommes passées pendant 5 minutes au four à micro-ondes;
- on introduit la fève,
- on pose le deuxième disque sur le premier et on le soude,
- puis on dore la partie supérieure au jaune d'œuf et on sucre légèrement la surface;
- on cuit au four préchauffé à 200 degrés pendant 45 minutes.

mardi 3 février 2026

L'expérience : premier pied des sciences de la nature

 

Je reviens sur ce merveilleux statut de l'expérience et, notamment sur cette phrase de Galilée qui disait que l'expérience s'impose contre toute autorité.

Hier, lors d'une conférence, j'ai de nouveau discuté cette question, en insistant un peu :  le résultat d'une expérience s'impose absolument quel que soit l'avis du président de la République, du pape, des collègues, de quoi que ce soit. Pis en quelque sorte, l'expérience ne connaît pas la démocratie : il y aurait même une large majorité de personnes opposées à un résultat expérimental que celui-ci s'imposerait  à tous comme un fait absolu.

Cette idée est essentielle, et elle présida à  la naissance de la chimie moderne, quand cette dernière  s'est dégagée  de l'alchimie.

L'alchimie avait deux composantes :  l'une ésotérique et l'autre plus technique. Dans le premier cas, il y avait le fantasme du plomb que l'on transforme en or, de la pierre philosophale, de l'élixir de vie éternelle... Mais dans la composante technique, il y avait des travaux tels que celui de l'alchimiste Brandt, qui obtint une matière phosphorescente en calcinant de l'urine.

Dans le première tome de l'Encyclopédie de Diderot, D'Alembert et leurs amis, cette partie de l'alchimie est devenue la chymie. Elle progressa et se transforma au point que le quatrième tome de l'Encyclopédie  est la chimie.

Avec un bouleversement intellectuel : alors que l'on pensait qu'une une expérience qui ratait indiquait un état insuffisamment initié de l'opérateur, pour l'alchimie, on considérait -pour la chimie- que  l'expérience a toujours raison.

Et c'est ainsi que Lavoisier transforma une science bien ancienne en une science moderne, parfaitement conforme au canon des sciences modernes de la nature, quantitatives.

Oui, quantitative, car n'oublions pas comme le disait Galilée que la science sur deux pieds : l'expérience et le calcul.

lundi 2 février 2026

La première fois

Dans ma famille, personne ne faisait de crème chantilly, et je me souviens de cet émerveillement que j'ai eu quand je l'ai vu faire pour la première fois, dans une bassine en cuivre, dans les cuisines d'un château en Bretagne.

Mais, surtout, il  a eu ce sentiment merveilleux que j'ai eu la première fois que j'ai produit moi-même une crème chantilly.

En disant cela, il ne s'agit pas de se taper sur la poitrine prétentieusement mais surtout d'observer combien il était étrange d'avoir ce sentiment de victoire alors que je n'avais fait que quelque chose de pourtant simple.

Car reprenons la chose deux. Il s'agit simplement :
-  de prendre un récipient un peu froid,
- de mettre de la crème, soit fleurette entière, soit épaisse et allongée d'un peu de lait pour avoir une consistance identique à celle de la crème fleurette

- de fouetter en introduisant autant d'air que possible, par un mouvement plutôt circulaire du fouet de bas en haut.

Ainsi, initialement, des bulles assez grosse apparaissent dans la crème ; puis on voit le fouet diviser ces grosses bulles tout en introduisant d'autres bulles un peu plus petites ; et, progressivement, on voit les bulles de plus en plus nombreuses, de plus en plus petite et, surtout on voit la consistance épaissir jusqu'à ce que le fouet laisse des traces permanentes dans la crème fouettée.

 Cette crème qui est fouettée a pour nom crème chantilly. Avec de bonnes crèmes et des matériels et ingrédients un peu froids, il suffit d'une vingtaine de secondes pour l'obtenir. Rien de plus simple donc !
 
Mais, alors, pourquoi cette fierté de la première crème fouettée ? Il me faut rapporter ici l'histoire vraie d'un ami, directeur d'une société de matériel électroménager, qui, ayant lu le chapitre d'un de mes livres, Révélations gastronomiques, avait voulu faire une recette, et reproduire cette crème chantilly. Et il m'avait téléphoné pour me dire que, avec le protocole que je décrivais, il n'avait pas réussi.
Dans notre conversation au téléphone, j'avais vérifié avec lui qu'il avait bien opéré conformément à mes indications ; j'avais vérifié dans mon livre que ces indications étaient justes,  suffisantes,  et comme nous n'avions pas compris la raison pour laquelle il ne réussissait pas sa crème chantilly, il décida de m'inviter à dîner chez lui pour que je lui montre comment faire.
Le jour dit, avant le dîner, dans sa cuisine, nous avons donc opéré comme je l'ai décrit plus haut et, après un certain temps, il obtint une crème chantilly... qu'il n'a pas reconnu comme telle, car elle ne ressemblait pas à ces crèmes chantilly en bombe dont il avait l'habitude !
En réalité, il obtenait bien la crème chantilly, mais il ne savait pas voir qu'il l'avait obtenue.

Cela se passait avant qu'apparaissent toutes ses vidéos sur Internet, qui facilitent la transmission. Mais là n'est pas mon point :  ce que je veux signaler ici, c'est ce sentiment merveilleux que l'on a quand on fait pour la première fois quelque chose qu'on n'a jamais fait auparavant.

Cela peut être tout aussi bien la production  d'une crème chantilly, ou la réalisation d'une mayonnaise, d'un oeuf dur, ou encore la réalisation d'une terrine, mais dans d'autres champs aussi il y a ce sentiment  :  en mathématiques, quand on résout pour la première fois une équation du second degré, quand on apprend l'extraction des racines carrées à la main, quand on maîtrise le calcul des primitives, notamment, quelques-unes dont la résolution demande une certaine élégance du calcul...

Et en chimie : le coudage d'un tube en verre, la production d'un composé organo-magnésien, la première extraction par Soxhlet...

Dans ces différents cas, la difficulté n'est pas grande mais elle est à notre portée, et c'est parce que nous avons la possibilité d'obtenir le résultat que nous sommes heureux :  tels  des enfants qui parviennent à gravir les premières marches d'un escalier, nous avons ce bonheur d'avoir réussi quelque chose.

Professeurs, nous devons penser qu'il y a lieu d'organiser les études de telle sorte que nos jeunes amis aient répétitivement ce sentiment de victoire qui les conduira pas à pas vers la réussite : sic itur ad adstra.

dimanche 1 février 2026

Amis étudiants : allez faire des travaux merveilleux dans l'industrie, sans regret


Une étudiante vient de prendre un poste merveilleux, dans l'industrie alimentaire, et elle m'en donne de bonnes nouvelles. Mais, dans son message, je trouve la phrase "j'ai peur que la science me manque".

Je lui réponds donc immédiatement :

En réalité, tu n'as sans doute jamais fait vraiment de recherche scientifique et il ne faut pas confondre science et technologie.

La science, c'est faire des travaux à la recherche d'inconnu dont on ne sait pas où il se trouve, sans véritable stratégie possible pour le trouver (certains en sont vraiment malheureux), et tout cela pour produire des théories fausses (disons "insuffisantes" pour être charitable)... que l'on doit ensuite réfuter.
C'est une activité pour des personnes vraiment très spéciales, sans beaucoup de postes, avec des salaires inférieurs à ceux de l'industrie, avec peu d'argent pour fonctionner, qu'il faut chercher activement. 

Or l'activité est au fond très peu différente, au quotidien, de celle des ingénieurs de recherche, qui font donc de la technologie, avec des applications, des résultats, etc. dans des conditions financières et matérielles bien meilleures.

Le meilleur de ma promotion à l'ESPCI, un génie de chimie organique, avait commencé au CNRS, mais rapidement, il est passé dans une grosse société d'agrochimie, où il a disposé de moyens merveilleux pour faire des travaux merveilleux, merveilleusement utiles.

Donc n'aie aucun regret, et considère s'il te plaît que si je fais de la science, c'est parce que, dès l'âge de six ans, j'ai su que c'était ma seule voie, que je serais malheureux si ce n'était pas cela que je ferais.
Surtout aide moi à faire comprendre cela à tous les étudiants que tu connais.


samedi 31 janvier 2026

A propos de vulgarisation scientifique, notamment de la chimie

Un ami journaliste me tend cet oukase : « un papier, un sujet »... et je ne suis pas certain d'être d'accord.

Bien sûr, si l'on enfonce le clou, l'idée que l'on développe sera clairement perçue... mais quel est l'objectif ? Il y a autant de ces derniers que de lecteurs : certains veulent de l'information, d'autres veulent être dans le mouvement, d'autres encore veulent de l'actualité, d'autres veulent apprendre...

Comment parler à tous ? La tâche est clairement impossible, car nos amis qui veulent apprendre, par exemple, détestent l'information superficielle, qui ne donne pas les "moyens de la preuve", tandis que ceux qui veulent une information rapide n'ont que faire de développements, qu'ils jugent fastidieux. D'ailleurs, il en va de même pour les conférences dites "grand public", comme j'en ai fait mille dans les universités : l'assistance est composée de quelques passants extérieurs, mais aussi d'étudiants et de collègues, qui en savent plus que les autres.

Comment les satisfaire tous ?


Je crois que la réponse tient moins dans de la technique que dans de l'art. Et je m'explique en comparant la littérature à la cuisine.

Pour cette dernière, il y a trois composantes : technique, artistique, sociale. Ceux qui sont intéressés de bien comprendre cela pourront se rapporter à mon livre La cuisine, c'est de l'amour, de l'art, de la technique, où j'explique -exemples à l'appui- que la technique n'est pas bien compliquée : n'importe qui peut battre des blancs d'oeufs en neige, fouetter des jaunes d'oeufs avec du sucre jusqu'à ce que le mélange blanchisse (il "fait le ruban"), cuire le mélange (additionné de chocolat et de farine) dans un four réglé à 180 °C pendant 40 minutes, couper le gâteau obtenu en deux disques, intercaler des cerises au sirop, imbiber de kirsch, et napper de crème que l'on fouette (oui, vous avez reconnu la recette du gâteau Forêt noire).

Et tout cela n'a guère d'intérêt, au point qu'une machine pourrait le faire. Non, ce qui est intéressant, c'est la question "artistique", que l'on comprend mieux en comparant avec la musique : dans une salle de concert, ce qui nous intéresse n'est pas la tenue du musicien (le pianiste canadien Glenn Gould jouait sur une sorte de tabouret, le violoncelliste YoYo Ma est vautré sous son violoncelle), mais la beauté de la musique.

De même, en cuisine, l'apparence dans l'assiette compte moins que le goût : pour la cuisine, le "beau", c'est le beau à manger, le "bon". Le lien social, enfin ? Disons pour faire vite que le meilleur des plats sera immangeable s'il nous est jeté à la figure.

Et revenons maintenant à notre "littérature", qu'il s'agisse d'articles dans des revues de vulgarisation ou de livres techniques, ou de romans. Là encore, il y a une composante technique : l'orthographe doit être correcte, ainsi que la grammaire, et la rhétorique doit être maîtrisée, par exemple. Pour le sens général, l'enchaînement des idées est également essentiel, bien sûr. Tout compte, parce que tout a un effet sur le lecteur. Par exemple, les connotations, les sonorités, les assonances, etc.

Mais, pour la "littérature" également, il y a une composante artistique, et celui ou celle qui écrit peut parfaitement organiser les choses comme il ou elle veut. D'ailleurs, on ne compte plus les romans qui partent de la fin, ou qui bouclent ; on ne compte plus les écrivains qui bravent les règles, tout comme Jean-Sébastien Bach a bravé la règle du "triton" (la quarte augmentée, un intervalle qui fut considéré comme "diabolique).

L'art est précisément d'échapper aux règles, et c'est le propre d'un bel artiste d'abattre les règles en réussissant à rendre son auditoire heureux. Là, il n'est plus question d'idées simplistes telles que "un article, une idée".

Et, mieux, l'artiste peut vouloir précisément se donner comme règle de faire deux idées, ou trois, pour un article.

D'ailleurs, le même ami journaliste me dit que "quelqu'un qui lit un papier contenant une idée claire et accessible s'en rappelle 20 ans plus tard même s'il ou elle a lu vite; en revanche la même personne lisant un papier contenant deux idées, a oublié un quart d'heure après, même s'il ou elle a lu lentement."

Là encore, je réfute absolument cette idée (technique, une fois de plus ; donc qui manque d'inclure la question artistique), et j'en ai fait la réputation dans mes Secrets de la casserole : j'avais appliqué, plutôt, la technique de la "phrase magique", à savoir que quand un article est fini, on passe autant de temps qu'on a passé à l'écrire pour trouver une phrase mémorable. Et c'est cela qui rend mémorable. J'ajoute que cette idée n'est pas mienne ; je l'avais tirée d'un extraordinaire (gros) traité de littérature : What to write, how to write, how to sell it (qu'écrire? comment écrire? comment le vendre?), dont les chapitres étaient rédigés par les principaux écrivains de l'époque à laquelle le livre est paru.

Pour mes Secrets de la casserole, bien sûr, il y avait la nouveauté du thème, ou encore l'idée de partie de questions et d'y répondre brièvement, la recherche de la clarté dans les explications, mais quand même : j'avais mis en oeuvre, dans chaque double page, cette idée de la phrase magique, et je peux témoigner que j'ai passé BEAUCOUP de temps à chercher ces phrases.
Lorsque le livre est sorti, les journalistes qui l'avaient recensé ont très souvent cité de mes phrases magiques, et trente ans après, je rencontre encore des gens qui me citent de ces phrases particulières.

J'ajoute que j'avais testé toutes les configurations : parfois, la phrase magique était en début de chapitre, parfois elle était au milieu, ou en fin. Tout fonctionne... si la phrase est "magique".

Et, comme je veux aussi réfuter l'idée d'une seule idée par texte, je me propose de livrer ici quelques réflexions sur la vulgarisation de la chimie.

Car mon ami, me lisant, me dit ne pas savoir ce qu'est une "amine secondaire".

 Il est vrai que cette question est un peu distincte des premières, par nature. Mais l'unité de l'ensemble de ce billet vient du fait que c'est le même ami que je prends comme prétexte pour explorer la difficile question de la diffusion de Connaissance.
 
 Là, j'ai mis une majuscule à ce mot commun, "connaissance", et c'est évidemment voulu : je veux signaler qu'il ne s'agit pas d'information, mais de mieux.
 
 D'ailleurs, je fais ici un écho à ce que je disais plus haut, à propos des divers lecteurs, en citant Jean de la Fontaine : "Si Peau d'Âne m'était conté, j'y prendrais un plaisir extrême". Oui, d'abord, il y a la question de l'histoire que l'on raconte, mais, mieux, on (moi, en tout cas) ne raconte pas des histoires au hasard, au fil d'une actualité aussi peu intéressante qu'elle est plus manipulée. D 'ailleurs, c'est bien cela, l'intérêt de cette revue Pour la Science que j'aime tant : on ne se limite pas à l'information (la fusée a décollé), la bête information qui glisse comme l'eau sur les plumes du canard, mais on donne les "moyens de la preuve".
 
 Oui, les "moyens de la preuve" : cela signifie que l'on rend nos amis qui nous lisent capables de bien plus qu'avant leur lecture. L'actualité est un support de l'élévation... de sorte que "Connaissance" méritait bien une majuscule, n'est-ce pas ?
 Et là, je ne peux m'empêcher d'ajouter (mon ami ne vas pas être content de mes ajouts baroques !) que l'aspect proprement révolutionnaire de l'Encyclopédie (coordonnée par Denis Diderot et Jean Le Rond d'Alembert) tenait surtout au rapprochement d'articles à propos de métiers techniques et d'articles de politique ou de philosophie. C'est cela, la vraie sédition : ne pas admettre le pouvoirs des élites, reconnaître la technique et la technologie au même niveau que la science, ne pas comparer des pommes et des bananes, mais les considérer, en apprécier la variété...
 
 Revenons à la chimie, puisque le paragraphe qui précède n'était une introduction à la discussion de cette difficile question.

Quand je parle à un ami physicien, par exemple, je sais que, plusieurs années après ses études, la probabilité qu'il se souvienne de ce qu'est un ammonium quaternaire (par exemple) est faible. Oui, il me faut lui expliquer que les ammoniums quaternaires sont des composés organiques dont les molécules sont construites autour d'un atome d'azote (positivement chargés), avec quatre groupes qui sont liés à lui.
 
 Mon ami physicien saura-t-il ce qu'est un "groupe" ? Je n'en suis pas sûr, et il vaudrait mieux que je lui explique/rappelle qu'il s'agit de groupes d'atomes, et que je donne des exemples : le groupe méthyle est composé d'un atome de carbone lié à trois atomes d'hydrogène, ce que l'on note -CH3, si l'on désigne par C un atome de carbone et par H un atome d'hydrogène.
 
 Là, suis-je allé trop loin ?

 
 Tout dépend de mon interlocuteur, de son âge, de sa formation... Mais si je veux pouvoir m'adresser au plus grand nombre, il faudra que je cherche à bien dérouler toute la pelote de fil, que j'explique, et que j'explique, et que j'explique encore. Sans compter qu'il faut quand même, pour que mes amis me suivent, pour qu'ils acceptent mes explications, que je leur ai expliqué l'intérêt de me suivre, l'enjeu.
 
 Au fond, quel intérêt de savoir ce qu'est un ammonium quaternaire ? Dans l'absolu, pour tout autre qu'un chimiste, cette connaissance (petit c) est nulle. Et il faudra que mes explications aient un peu de "charme" : souvenons-nous de la question de l'art.
 
 Finalement, je vois que tout cela prend de la place sur la feuille, car il faudra beaucoup d'information, et, plus encore, tout un appareil rhétorique pour faire passer la pilule. 

Une phrase magique pour terminer : vita brevis, ars longa.La citation est tronquée... mais j'y reviendrai une autre fois, ce qui me donnera le temps de réfléchir à la difficile question la diffusion de la chimie !

vendredi 30 janvier 2026

Quelle belle découverte

Quelle belle découverte !

Dans la série des émerveillement, il y a la découverte des fullérènes, ces composés dont les molécules sont apparentées au buckminsterfullerène, en forme de ballon de football, avec 60 atomes de carbone aux nœuds d'un réseau refermé en sphère.

Le carbone est un élément dont il existe plusieurs variétés pures : il y a d'abord le graphite, où les atomes de carbone sont arrangées en réseau hexagonal, comme un nid d'abeille, ce qui forme des plans superposés, donc des possibilités de cliver le graphite entre les plans ; et il y a le diamant, qui est une structure bien plus complexe, d'une dureté tout à fait extraordinaire.

J'insiste un peu : le noir graphite et le cristallin diamant sont tous deux des matériaux fait uniquement d'atomes de carbone. Et ce qui est merveilleux, ce qui fut un séisme parmi les chimistes, c'est qu'une nouvelle variété de carbone fut découverte il y a quelques décennies : le fullérène. En réalité, on dit plutôt "les fullérènes", au pluriel, car on a vite découvert qu'il n'y avait pas seulement cette molécule de buckminsterfullérène, de formule C60, à soixante atomes de carbones, mais aussi des cousins chimiques de la molécules.

J'arrive maintenant à la découverte : on connaissait donc le graphite et diamant, mais des études d'astrochimie, des explorations des molécules qui se trouvent dans l'espace interstellaire, et des analyses de la suie - oui : vous avez bien entendu : de la suie de cheminée -ont montré que se trouvaient dans ces deux environnements des molécules de formule C60.

C'était tout à fait extraordinaire, c'était une vraie découverte au sens littéral du mot "découverte", et les travaux ont été rapidement, et légitimement, récompensés par le prix Nobel de chimie.

Oublions l'interstellaire, qui fut un détour utile, mais le fait est là : il y avait depuis toujours, sous nos yeux, dans cette suie banale, des objets que l'on ne voyait pas et que des chimistes ont découverts. Il y avait des composés, présents en abondance, mais nos esprit n'avait pas permis à nos "yeux" de les voir. Cette idée de la découverte des fullérènes doit nous accompagner dans toutes nos recherches scientifiques, n'est-ce pas ?

mercredi 28 janvier 2026

Comptons aussi sur notre prudence

Alors que mon institution de recherche est attaquée par des pirates informatiques, le système centralisé n'est pas accessible depuis quelques jours, mais peu importe puisque toutes les semaines je sauvegarde tous mes contacts, mon agenda, les messages reçus, mais aussi tous les fichiers partagés  :  tout, absolument tout ! Et pas seulement sur un ordinateur ou sur un disque dur, mais sur deux  ordinateurs, et plusieurs disques durs. Et, de ce fait, mon travail est à peine perturbé par la défaillance de mon institution... ce qui est une leçon pour celle-ci. 

Mieux encore, aujourd'hui, je suis en mesure de conseiller à mes collègues de faire de même ...  parce que je viens d'en croiser plusieurs qui n'ont plus d'accès à aucune donnée, s'étant  reposés  sur le système central de l'institution, comme celle-ci le demandait.  

 J'ajoute que je relève de deux institutions principales et qu'il est arrivé que les deux à la fois soient dans les choux simultanément... raison pour laquelle j'ai mes propres systèmes. 

J'entends aussi certaines personnes me dire qu'elles mettent tout sur un drive... mais on a vu des cas où il n'était guère prudent de faire ainsi. 

Et j'ai donc une batterie d'ordinateurs et de disques durs, manipulés selon les règles de bonnes pratiques, à savoir qu'ils ne sont pas tous au même endroit, et que les sauvegardes sont faites le matin et le soir de chaque jour. 

J'entends déjà des collègues insuffisamment compétents en informatique me dire que la sauvegarde complète prend très longtemps, mais ces personnes ignorent donc que, au lieu de faire de longues sauvegardes, on peut faire des synchronisations : il y a des logiciels qui ne changent que les fichiers qui ont été modifiés depuis la dernière synchronisation et cela prend environ une minute pour un très gros disque dur. 

Dans les documents que je remettais aux étudiants venus au stage à mes côtés, j'indiquais  tout cela en ajoutant que si j'étais directeur d'une société, pour laquelle les données informatiques sont un trésor de l'entreprise, je licencierais immédiatement toute personne qui perdrait des données et  je n'aurais de cesse que de vérifier, puisque le directeur est responsable, que chacun a de bonnes pratiques à ce propos. 

Il est difficilement acceptable de prendre des mesures quand il est trop tard ; si vis pacem, para bellum.

mardi 27 janvier 2026

Je voulais des méthodes, mais je veux aussi des techniques, des démarches



Alors que je finis le manuscrit d'un livre didactique qui explique comment explorer les problèmes de chimie physique, reliant cela à de la cuisine pour agrémenter les études, j'ai une discussion avec un ami de longue date, à propos de la "méthodologie" scientifique, et notamment de la "méthodologie" du calcul : où trouver de telles "méthodes" ?

En réalité, la question est mal posée, parce qu'une méthode, c'est le choix d'un chemin, et il nous faut non seulement des méthodes, mais aussi des démarches, des techniques.

Pour arriver à la réponse, je connais et j'aime le livre de George Polya, à propos de la résolution de problèmes, mais c'est un livre plus centré sur les mathématiques que sur la physico-chimie.

Mon ami connaît-il autre chose ? Il me redit une position que je ne partage pas : pour lui, il n'y a pas de "méthode" générale, pas d'enseignement en "études de problèmes de physiques", et il faudrait que les étudiants s'approprient par eux-mêmes, avec leur intelligence propre et une bonne dose de travail, des façons de faire. Autonomie, liberté...

Moi, je sais quand même que les réflexions méthodologiques nous aident, et je sais que certains des étudiants venus apprendre auprès de moi sont demandeurs de conseils. D'ailleurs, ne suis-je pas moi-même demandeur de conseils ?
Je maintiens absolument que la "structure", la "démarche", la "technique" nous aident, nous épaulent. Je ne dis pas qu'il faille toujours marcher avec des béquilles méthodologiques d'autrui, mais je dis que nous avons besoin d'apprendre à marcher et que les réflexions des uns et des autres sont utiles. Nous pouvons tester leurs démarches, leurs technuiques, nous pouvons les explorer, nous pouvons les adopter, nous pouvons les rejeter... mais pourquoi éviter l'examen préalable ?

Lorsque je travaillais à produire la revue Pour la science, cette idée m'avait conduit à interroger des lauréats du prix Nobel de chimie, de physique, de physiologie, des mathématiciens, pour leur demander quelle était leur "méthode", disons leur démarche, leurs techniques... et ces personnes merveilleuses avaient accepté d'en livrer certaines.

Par exemple, une des techniques du physicien Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique, s'apparentait tout à fait à une des techniques d'Enrico Fermi, prix Nobel de physique avant lui : il s'agissait de calculer des ordres de grandeur.

Une des techniques  de Jean-Marie Lehn ressemblait à l'une des méthodes de Dmitri Mendeleiev : faire des tableaux.

Comprenons-nous bien : je ne dis pas que la démarche les techniques remplacent le travail, la réflexion, et je ne dis pas non plus que les personnes que j'ai interrogées n'avaient qu'une seule technique. Mais je dis qu'ils ont été suffisamment généreux pour donner publiquement ce qui a contribué à leur réussite.

Et je veux absolument distribuer ces pépites à nos jeunes amis, afin de les aider à parcourir ce chemin pas si facile qui est celui des sciences de la nature. Oui, il y a (peut-être) des êtres d'exception, parfaitement autonomes, qui n'ont pas besoin des démarches des autres, mais soyons honnêtes : qui d'entre nous n'a jamais été aidé, au cours de sa formation, par un instituteur, par un professeur de lycée, par un camarade, par un parent, par un professeur d'université ?

Ce sera ma réponse absolument définitive : nous nous échelons les uns les autres, et je rêve d'une sorte de dépot public de démarches pour devenir demain meilleur scientifique qu'aujourd'hui. Sinon, à quoi serviraient les professeurs ?

lundi 26 janvier 2026

Pourquoi il est essentiel que les publications scientifiques soient aussi parfaites que possible

 
Que croire quand il y a du doute ? On verra ici que des exemples techniques ont un écho essentiel en recherche scientifique.

D'abord, en cuisine


 Commençons par la technique culinaire : en plus des "définitions" (une compote de poire, c'est des poires, pelées, additionnées d'eau et de sucre, chauffées), il y a des indications techniques qui précisent le procédé, ce que j'ai nommé des "précisions culinaires".
 Or c'est un fait que beaucoup d'entre elles sont fausses, même quand elles sont propagées par les plus grands cuisiniers (dont il faut reconnaître que ce sont plus des artistes que des techniciens).
 
 Je ne donne pas ici la liste des erreurs que j'ai trouvées, car elle est beaucoup trop longue, mais les séminaires de gastronomie moléculaire, chaque mois depuis 21 ans, montrent à l'envi que ce que je viens d'annoncer est juste.
 
 De ce fait, se pose la question de la confiance que l'on peut accorder à des personnes qui disent des choses fausses (les cuisiniers, fussent-ils triplement étoilés qui propagent les idées erronées) ?
 
 A ce propos, la seule réponse que je puisse entrevoir est la suivante : si un cuisinier qui a de jolies réussites dit des choses techniquement fausses, c'est que son procédé est robuste, et que les indications fausses qu'il transmet, à défaut d'être justes (puisqu'elles sont établies fausses), ne sont pas nuisibles au point de compromettre la réussite technique.
 
 Au jardin
 
 Aujourd'hui, alors que je m'intéresse au bouturage des rosiers et à la taille des arbres, je retrouve la même question. Oui, si l'on explore ce qui se dit sur internet, on voit tout et n'importe quoi à propos de ces deux questions : des boutures que l'on fait la tête en bas, la tête en haut, avec de l'hormone de bouturage, sans hormone de bouturage, avec des billes d'argile au fond du pot, sans bille d'argile au fond du pot...
 
 Mais, après avoir passé l'été à planter dans de la terre pas spécialement préparée de petites tiges de rosier débarrassées de la moitié de leurs feuilles, j'ai aujourd'hui une vingtaine de boutures avec des feuilles parfaitement propres, et que je repiquerai dès que cela sera possible. Mais je ne veux pas ici étaler mon plaisir d'avoir réussi des boutures de rosiers : je ne prends cet exemple que parce que je veux faire état de ce que le transfert des connaissances, à propos de jardinage, s'apparente à celui de la cuisine : il y a tout et n'importe quoi, et se pose la question de la confiance.
 
 La question scientifique

 
Cette question -j'arrive maintenant au point essentiel que je veux discuter se pose en sciences de la nature, et l'on pourra se reporter à des textes didactiques que j'ai publiés pour mieux voir que la question est essentielle, lors des études de science et de technologie : quand on lit une publication scientifique, il n'est absolument pas certain qu'elle soit bonne, et la première des choses à faire est non pas de recueillir les informations de cette publication, mais de se demander ce qu'elle vaut.
C'est au point où les industriels qui embauchent les étudiants de nos cursus nous ont dit, il y a quelques années, qu'ils étaient très bien, mais qu'il leur manquait le regard critique sur les informations qu'ils utilisent. Nous n'avons évidemment pas tardé à corriger le tir, mais reste cette grave question la confiance.

Imaginons que nos recherches nous fassent arriver sur un article scientifique qui traite d'un sujet qui nous intéresse, qui donne des informations dont nous aurions besoin. Et supposons que notre crible nous montre que cet article est mauvais.

Que pouvons-nous en conserver ? Que pouvons-nous utiliser de ce qu'il annonce ? Un article qui a de graves faiblesses est-il entièrement mauvais ? Localement mauvais ? Quelles sont les données ou les idées que nous pouvons retenir ? Quelles sont celles que nous devons rejeter ? La question est épineuse.

A ce jour, j'ai conclu que les articles identifiés comme mauvais devaient être rejetés en bloc. Et peut-être signalés publiquement, parce que ces articles sont non seulement mauvais, mais nuisibles : ils risquent d'induire en erreur des personnes qui les utiliseraient sans être capables d'en voir les failles. C'est une grave question, car la science est "cumulative" : il nous faut des résultats des collègues pour avancer, souvent.

Vos conseils ?