dimanche 7 juin 2026

Pour la soutenance d'une thèse

Discutant ce matin avec un doctorant qui finit la rédaction de son manuscrit de thèse, je m'aperçois qu'il a besoin de conseils pour la soutenance.

Et je propose de toujours commencer par les premiers principes, en l'occurrence se souvenir que le doctorat est le plus haut grade de l'université, qui correspond à la possibilité d'accéder à l'enseignement supérieur.

La soutenance, au moins en France et considérée comme un exercice qui vise à démontrer que l'on est capable de faire cours à l'université, c'est-à-dire d'exposer clairement un sujet et de répondre aux questions que l'on ne pose à ce propos.

Pour cet exercice particulier, il faut se souvenir que « soutenir une thèse », c'est ... soutenir une thèse, ce qui signifie littéralement proposer à ses auditeurs une idée que l'on va établir par des arguments.

En l'occurrence, cette thèse que l'on va soutenir, cette idée que l'on propose d'argumenter, correspond au travail scientifique effectué pendant les 3 ans de préparation, et l'on aura bien intérêt à garder à l'idée que cela peut se traduire en une phrase : c'est la thèse que l'on soutient.

La soutenance elle-même doit être une démonstration de cette thèse :  nous devons emporter la conviction des auditeurs, conviction fondée sur un exposé clair et détaillé des raisons pour lesquelles on peut accepter la thèse.

Cela étant dit, il est d'usage aujourd'hui, toujours en France, de laisser 45 minutes d'exposé au doctorant avant une séance de questions. Insistons : il est rédhibitoire de dépasser ces 45 minutes, pendant lesquelles  on se souvient qu'il s'agit d'être parfaitement clair.

Les questions posées par le jury, et éventuellement par des auditeurs à conditions qu'ils soient également docteurs ès sciences, visent, pour les membres du jury, à vérifier que le candidat est
effectivement capable de répondre à des questions, comme ils le feraient à des étudiants dans l'enseignement supérieur.

Mais, souvent, c'est aussi l'occasion d'avoir une discussion scientifique sur un sujet passionnant : celui du travail scientifique effectué par le doctorant.
Et c'est ainsi que les doctorants doivent le prendre : leur exposé est le support d'une discussion scientifique non seulement entre les membres du jury et le doctorant, mais aussi entre toute la communauté réunie à l'occasion.

Il ne faut pas se tromper de combat : ce n'est pas une personne que l'on interroge et qui doit répondre comme on le ferait à un professeur. D'ailleurs, le doctorant est souvent le spécialiste mondial de son sujet, personne sans doute ne connaît son sujet aussi bien que lui,  de sorte que les questions sont à la fois intéressées et bienveillantes.

En Angleterre, la pratique est très différente puisque le candidat, à huis clos,
doit répondre à des questions qui visent à connaître son niveau scientifique, et les questions sont évidemment  centrées sur le travail de la thèse, mais elles le dépassent.

Plus en détail maintenant, en revenant à la pratique française, s'il y a 45 minutes d'exposé, il doit y avoir un grand maximum de 45 diapositives, toute construites sur ce modèle : un titre, une image, des références.

Le titre indique le contenu de la diapositive.
Les images ne sont pas nécessairement des photographies :  il peut y avoir des graphes, des histogrammes, des schémas... Mais on prendra garde qu'une image  composée de plusieurs images impose d'y passer bien plus d'une minute. À raison d'une minute par diapositive, il est impossible de faire plus qu'un graphe par exemple ou bien plus qu'une photographie car il y a beaucoup à dire à ce propos, et le but n'est pas de faire défiler des informations à toute vitesse pour impressionner son auditoire, mais, bien au contraire, d'expliquer correctement car on se souvient du principe général : montrer que l'on est capable de faire cours à des étudiants de l'enseignement supérieur.

D'ailleurs, cette idée doit conduire aussi à ajuster le niveau d'explication.

Et l'on ne se trompera pas de combat : il est hors de question de faire des masques colorés  et sans signification dans les diapositives que l'on présente, car il y a une rigueur scientifique qui correspond à la volonté de se focaliser sur l'important et non pas sur l'accessoire, sur le fond et
pas sur la forme.

Bien sûr, la forme doit être soignée : il est hors de question de laisser traîner des fautes d'orthographe, des erreurs sur un schéma, d'oublier d'indiquer les unités sur des axes de graphique, etc. ... mais tout cela est en réalité du fond scientifique, et non  pas de la forme car, par exemple, un graphique dont les axes n'ont pas de d'indication de la nature de la quantité représentée n'ont aucun sens : il s'agit bien de contenu.

Il n'est pas interdit évidemment de faire un petit effort en terme de couleurs, par exemple une courbe dans un diagramme pour lequel les axes seraient en noir, un trait un peu plus épais pour mieux le faire apparaître, etc., mais il s'agit là, je le répète, de se focaliser sur le contenu scientifique de la chose et non pas sur des décisions tout à fait arbitraires : nous ne sommes pas dans une agence de marketing.

Si un docteur a bien préparé son document, il peut faire même mieux :  il peut se payer le luxe de préparer dans son discours et dans ses diapositives des points que le jury ne manquera pas de questionner, un peu comme des torchons rouges que l'on présenterait au taureau.
Et évidemment, avec beaucoup de coquetterie, il aura préparé, derrière la dernière diapositive de sa présentation,  quelques diapositives qui répondront à ces questions qu'il avait prévues, qu'il avait anticipées.
C'est un jeu, mais un jeu très important :  la science n'est-elle pas si belle qu'elle mérite qu'on lui consacre un temps infini ?  La soutenance de test pour un doctorant et une de ces occasions merveilleuses.

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