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Ce blog contient: - des réflexions scientifiques - des mécanismes, des phénomènes, à partir de la cuisine - des idées sur les "études" (ce qui est fautivement nommé "enseignement" - des idées "politiques" : pour une vie en collectivité plus rationnelle et plus harmonieuse ; des relents des Lumières ! Pour me joindre par email : herve.this@inrae.fr
lundi 22 avril 2013
dimanche 21 avril 2013
Attention à la boule de cristal
William Thomson, anobli sous le nom de Lord Kelvin, était un bon physicien... mais imprudent :
"Le vol des machines plus-lourd-que-l'air est impossible." (1895)
"Tôt ou tard, on découvrira que les rayons X ne sont qu'un immense canular."(1897)
"Il n'y a plus rien à découvrir en physique aujourd'hui, tout ce qui reste est d'améliorer la précision des mesures." (1900)
C'était avant la relativité, la mécanique quantique... ;-)
"Le vol des machines plus-lourd-que-l'air est impossible." (1895)
"Tôt ou tard, on découvrira que les rayons X ne sont qu'un immense canular."(1897)
"Il n'y a plus rien à découvrir en physique aujourd'hui, tout ce qui reste est d'améliorer la précision des mesures." (1900)
C'était avant la relativité, la mécanique quantique... ;-)
samedi 20 avril 2013
Nu !
Note ajoutée quelques jours après avoir fait le billet : n'hésitez pas à aller voir le commentaire qui a été placé par "patricedusud".
Le billet lui-même :
Alors que je cherchais à savoir ce qu'un étudiant de fin de "master en agro-alimentaire" (j'utilise l'expression pour simplifier) doit avoir comme compétences, j'avais dressé une liste :
- expression du potentiel chimique
- expression de l'enthalpie libre
- relation de de Broglie
- expression d'une gaussienne
- loi des gaz parfaits
- expression de la force de Stokes
- loi fondamentale de la dynamique
- loi d'Einstein pour la viscosité de systèmes dispersés
- divers colloïdes
- expression de la tension de surface
- lois de Fick
- définition du module d'élasticité
- règle de Hückel pour l'aromaticité
- équation de Schrödinger
-..
Dans cette liste, figuraient des questions comme :
- quel est le pH d'un acide faible en solution dans l'eau ?
- quelle est la primitive de la fonction sin(x).cos(x) ?
Toutefois, je viens de comprendre que nous sommes au XXI e siècle, et que des choses qui semblent importantes aux enseignants ne le sont peut-être pas.
Ainsi, des logiciels de calcul formel donnent en un clic la primitive de sin(x).cos(x)... ou de toute autre fonction. Ne sommes nous donc pas en train de demander d'extraire à la main des racines carrées, à des gens qui disposent de calculettes ?
Pour le calcul du pH d'un acide faible dans l'eau, de même : la formule classique (qui n'est pas inutile) s'obtient après avoir effectué des approximations, mais les calculs de pH ont longtemps été des moments difficiles de l'enseignement de la physico-chimie, parce que, derrière la partie de compréhension, il y avait une partie de calcul qui coinçait.
Pour établir les équations dont la résolution donne le pH d'une solution, il faut écrire :
- la loi de conservation de la masse
- la loi de conservation de la charge électrique
- la loi de conservation de l'énergie (Ka)
- les équilibres chimiques en jeu
Ensuite, on calcule... ou bien, au XXI e siècle, on dit au logiciel de résoudre le système d'équations, et, avec 200 décimales, on obtient un résultat bien meilleur que celui que l'on aurait en faisant des approximations. Surtout, cette méthode moderne évite les contorsions que l'on trouve parfois dans des livres de chimie des solutions, où l'on enchaîne les cas plus ou moins particuliers, et tous sans intérêts : après tout, c'est la physico-chimie qui nous intéresse, pas les calculs qu'une machine peut faire, non ?
Tout cela pour dire que, même si les enseignants en ont bavé à apprendre des choses devenues inutiles, il semble... inutile d'encombrer les programmes avec ces dites choses rendues inutiles par l'avènement de l'informatique.
Ce qui m'a fait comprendre le sentiment qu'ont certains cuisiniers dont le savoir est réfuté par les explorations scientifiques. Oui, nous avons le sentiment d'avoir perdu notre temps, à apprendre des choses devenues sans intérêt, périmées. Mais quel bonheur, au fond, de pouvoir apprendre davantage, mieux !
Le billet lui-même :
Alors que je cherchais à savoir ce qu'un étudiant de fin de "master en agro-alimentaire" (j'utilise l'expression pour simplifier) doit avoir comme compétences, j'avais dressé une liste :
- expression du potentiel chimique
- expression de l'enthalpie libre
- relation de de Broglie
- expression d'une gaussienne
- loi des gaz parfaits
- expression de la force de Stokes
- loi fondamentale de la dynamique
- loi d'Einstein pour la viscosité de systèmes dispersés
- divers colloïdes
- expression de la tension de surface
- lois de Fick
- définition du module d'élasticité
- règle de Hückel pour l'aromaticité
- équation de Schrödinger
-..
Dans cette liste, figuraient des questions comme :
- quel est le pH d'un acide faible en solution dans l'eau ?
- quelle est la primitive de la fonction sin(x).cos(x) ?
Toutefois, je viens de comprendre que nous sommes au XXI e siècle, et que des choses qui semblent importantes aux enseignants ne le sont peut-être pas.
Ainsi, des logiciels de calcul formel donnent en un clic la primitive de sin(x).cos(x)... ou de toute autre fonction. Ne sommes nous donc pas en train de demander d'extraire à la main des racines carrées, à des gens qui disposent de calculettes ?
Pour le calcul du pH d'un acide faible dans l'eau, de même : la formule classique (qui n'est pas inutile) s'obtient après avoir effectué des approximations, mais les calculs de pH ont longtemps été des moments difficiles de l'enseignement de la physico-chimie, parce que, derrière la partie de compréhension, il y avait une partie de calcul qui coinçait.
Pour établir les équations dont la résolution donne le pH d'une solution, il faut écrire :
- la loi de conservation de la masse
- la loi de conservation de la charge électrique
- la loi de conservation de l'énergie (Ka)
- les équilibres chimiques en jeu
Ensuite, on calcule... ou bien, au XXI e siècle, on dit au logiciel de résoudre le système d'équations, et, avec 200 décimales, on obtient un résultat bien meilleur que celui que l'on aurait en faisant des approximations. Surtout, cette méthode moderne évite les contorsions que l'on trouve parfois dans des livres de chimie des solutions, où l'on enchaîne les cas plus ou moins particuliers, et tous sans intérêts : après tout, c'est la physico-chimie qui nous intéresse, pas les calculs qu'une machine peut faire, non ?
Tout cela pour dire que, même si les enseignants en ont bavé à apprendre des choses devenues inutiles, il semble... inutile d'encombrer les programmes avec ces dites choses rendues inutiles par l'avènement de l'informatique.
Ce qui m'a fait comprendre le sentiment qu'ont certains cuisiniers dont le savoir est réfuté par les explorations scientifiques. Oui, nous avons le sentiment d'avoir perdu notre temps, à apprendre des choses devenues sans intérêt, périmées. Mais quel bonheur, au fond, de pouvoir apprendre davantage, mieux !
vendredi 19 avril 2013
Les Lumières
A propos d'un texte de Kant sur les Lumières, Michel Foucault écrit :
"Nous sommes en état de minorité lorsqu'un livre nous tient lieu d'entendement, lorsqu'un directeur spirituel nous tient lieu de conscience, lorsqu'un médecin décide à notre place de notre régime".
"Nous sommes en état de minorité lorsqu'un livre nous tient lieu d'entendement, lorsqu'un directeur spirituel nous tient lieu de conscience, lorsqu'un médecin décide à notre place de notre régime".
Reçu de mes amis de l'Atelier Multimedia d'AgroParisTech
On a mis des vidéos sur le site France Culture Plus, et parmi elles , les expériences sur la mayonnaise :
http://plus.franceculture.fr/partenaires/agroparistech/experience-sur-la-mayonnaise-par-herve
http://plus.franceculture.fr/partenaires/agroparistech/experience-sur-la-mayonnaise-par-herve
Pauvres amis américains
La mimolette interdite d’entrée aux Etats-Unis
Les dernières importations de mimolette sont bloquées depuis plus d'un mois aux frontières américaines. En cause : des mites présentes dans le fromage, et considérées comme allergogènes par l'administration américaine.
Après le foie gras et le roquefort, c’est au tour de la mimolette d’être menacée aux Etats-Unis. Plus de 500 kg de mimolette sont bloqués par la FDA (Food and Drug Administration) dans un entrepôt du New Jersey, a indiqué Benoît de Vitton, responsable USA de l’entreprise normande Isigny Sainte-Mère, qui a envoyé l'an dernier 60 tonnes de mimolette aux Etats-Unis. "On importe de la
mimolette depuis une vingtaine d'années mais depuis début mars, les inspecteurs de la FDA nous donnent du fil à retordre. Nos mimolettes ne passent pas les analyses", ajoute le responsable. Selon lui, les inspecteurs ont fait savoir que les "mites à fromage", des cirons, sortes d'acariens microscopiques cultivés sur la croûte pour affiner le fromage, étaient allergogènes. Or, ces mites ont
toujours existé, s'étonne ce responsable. La FDA a indiqué qu'il n'y avait "pas d'interdiction de la mimolette aux Etats-Unis", sans pouvoir donner de précisions sur les raisons des blocages actuels.
"Il est néanmoins important de noter que tous les aliments exportés vers les Etats-Unis doivent être conformes aux normes américaines", ajoute la FDA dans un courriel. Les fromagers new-yorkais sont déjà en rupture de stock.
Les défenseurs ont eux créé une page facebook intitulée "Save the
mimolette".
Les dernières importations de mimolette sont bloquées depuis plus d'un mois aux frontières américaines. En cause : des mites présentes dans le fromage, et considérées comme allergogènes par l'administration américaine.
Après le foie gras et le roquefort, c’est au tour de la mimolette d’être menacée aux Etats-Unis. Plus de 500 kg de mimolette sont bloqués par la FDA (Food and Drug Administration) dans un entrepôt du New Jersey, a indiqué Benoît de Vitton, responsable USA de l’entreprise normande Isigny Sainte-Mère, qui a envoyé l'an dernier 60 tonnes de mimolette aux Etats-Unis. "On importe de la
mimolette depuis une vingtaine d'années mais depuis début mars, les inspecteurs de la FDA nous donnent du fil à retordre. Nos mimolettes ne passent pas les analyses", ajoute le responsable. Selon lui, les inspecteurs ont fait savoir que les "mites à fromage", des cirons, sortes d'acariens microscopiques cultivés sur la croûte pour affiner le fromage, étaient allergogènes. Or, ces mites ont
toujours existé, s'étonne ce responsable. La FDA a indiqué qu'il n'y avait "pas d'interdiction de la mimolette aux Etats-Unis", sans pouvoir donner de précisions sur les raisons des blocages actuels.
"Il est néanmoins important de noter que tous les aliments exportés vers les Etats-Unis doivent être conformes aux normes américaines", ajoute la FDA dans un courriel. Les fromagers new-yorkais sont déjà en rupture de stock.
Les défenseurs ont eux créé une page facebook intitulée "Save the
mimolette".
mardi 16 avril 2013
Les Lumières
"Les Lumières, c'est la sortie de l'homme hors de l'état de tutelle dont il est lui-même responsable. L'état de tutelle est l'incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d'un autre. On est soi-même responsable de cet état de tutelle quand la cause tient non pas à une insuffisance de l'entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s'en servir sans la conduite d'un autre. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des Lumières."
(Emmanuel Kant, Qu'est-ce que les Lumières, 1794, cité parMichel Foucault, Dits et Ecrits, tome IV, Gallimard, 1984, 562-578)
(Emmanuel Kant, Qu'est-ce que les Lumières, 1794, cité parMichel Foucault, Dits et Ecrits, tome IV, Gallimard, 1984, 562-578)
mercredi 10 avril 2013
"science culinaire"/physique
La première revue de l'Académie culinaire de France se nommait "science culinaire", et c'est un titre juste si "science" signifie "savoir".
Oui, c'est une confiscation du mot par les "sciences de la nature", qui a conduit à la confusion d'aujourd'hui, entre ces dernières, et les savoirs en général.
Au fond, peut-être devrions-nous parler de "physique" (de physis, la nature), pour désigner la physique, mais aussi la science de la chimie, la science du vivant, la science de la Terre et de l'Univers.
Oui, c'est une confiscation du mot par les "sciences de la nature", qui a conduit à la confusion d'aujourd'hui, entre ces dernières, et les savoirs en général.
Au fond, peut-être devrions-nous parler de "physique" (de physis, la nature), pour désigner la physique, mais aussi la science de la chimie, la science du vivant, la science de la Terre et de l'Univers.
L'invention des sciences de la nature
Les sciences de la nature ont-elles un père ? On avant Galilée, mais on cite insuffisamment Francis Bacon, qui écrit :
"Nous ne saurions trop recommander de ne rien avancer en matière d'histoire naturelle, qu'il s'agisse des corps ou des vertus, qui ne soit (autant que faire se peut) nombré, pesé, mesuré, déterminé ; car ce sont les oeuvres que nous avons en vue, et non les spéculations. Or la physique et la mathématique bien intégrées l'une à l'autre engendrent la pratique".
Nombrer, peser, mesurer, déterminer : voilà la marque (pas suffisant, mais un bon début) d'une science de la nature, singulière parmi les savoirs ! Et la réfutabilité est un deuxième pied, essentiel pour qui ne veut pas confire en suffisance.
Vive le doute positif et le nombre, qui borde le chemin !
"Nous ne saurions trop recommander de ne rien avancer en matière d'histoire naturelle, qu'il s'agisse des corps ou des vertus, qui ne soit (autant que faire se peut) nombré, pesé, mesuré, déterminé ; car ce sont les oeuvres que nous avons en vue, et non les spéculations. Or la physique et la mathématique bien intégrées l'une à l'autre engendrent la pratique".
Nombrer, peser, mesurer, déterminer : voilà la marque (pas suffisant, mais un bon début) d'une science de la nature, singulière parmi les savoirs ! Et la réfutabilité est un deuxième pied, essentiel pour qui ne veut pas confire en suffisance.
Vive le doute positif et le nombre, qui borde le chemin !
mardi 9 avril 2013
Des fourmis ? Quel mépris !
Alors que je discute de la question grave de la "stratégie scientifique" (comment faire de la recherche scientifique pour se mettre en position de faire des découvertes ?), un ami me rétorque que là n'est pas la question, et qu'il vaut mieux orchestrer une activité aléatoire d'une armée de scientifiques, qui, tels des fourmis, exploreraient le monde au hasard, et sortiraient -par hasard, donc- des découvertes.
Quel mépris pour les scientifiques ! Et pour la science !
De toute façon, cette idée fausse est réfutée par les faits : les mêmes Davy, Faraday, Lavoisier, Einstein, Dirac, Bohr, De Gennes, Lehn... ne sont pas hommes d'une découverte par hasard, mais de beaucoup ! Einstein ? Il a à son crédit l'effet photoélectrique, la diffusion, la viscosité, la relativité restreinte, la relativité générale... De Gennes ? La supraconduction, les cristaux liquides, les polymères, le mouillage...
Allons, Messieurs des Décideurs, un peu de respect pour des choses qui vous dépassent ! Un peu de considérations pour les "belles personnes", s'il vous plait. Si vous êtes administrateur, contentez-vous d'administrer, d'aider une activité merveilleuse à se faire dans de bonnes conditions.
Et c'est ainsi que la physico-chimie sera de plus en plus belle !
Quel mépris pour les scientifiques ! Et pour la science !
De toute façon, cette idée fausse est réfutée par les faits : les mêmes Davy, Faraday, Lavoisier, Einstein, Dirac, Bohr, De Gennes, Lehn... ne sont pas hommes d'une découverte par hasard, mais de beaucoup ! Einstein ? Il a à son crédit l'effet photoélectrique, la diffusion, la viscosité, la relativité restreinte, la relativité générale... De Gennes ? La supraconduction, les cristaux liquides, les polymères, le mouillage...
Allons, Messieurs des Décideurs, un peu de respect pour des choses qui vous dépassent ! Un peu de considérations pour les "belles personnes", s'il vous plait. Si vous êtes administrateur, contentez-vous d'administrer, d'aider une activité merveilleuse à se faire dans de bonnes conditions.
Et c'est ainsi que la physico-chimie sera de plus en plus belle !
Savoirs profanes
En ces temps étranges, il traine l'idée très néfaste et très fausse que la science se confond avec les autres savoirs, notamment les empirismes. Par exemple, je lis :
"les savoirs profanes peuvent exister et contribuer à bâtir des savoirs scientifiques. L'agriculteur qui constate le résultat de certaines pratiques, sans les expliquer biologiquement, peut utilement contribuer au référentiel du chercheur qui va utiliser ces données pour déboucher sur une loi"
Oui, les savoirs profanes peuvent exister (plus exactement, ils n'ont pas à exister, puisqu'ils existent) et contribuer à bâtir des savoirs scientifiques, mais l'empirisme s'arrête précisément... à l'empirisme !
Oui, l'agriculteur constate souvent le résultat de pratiques, qu'il n'explique pas toujours, et oui, ces phénomènes peuvent être explorés par la rechercher scientifique. Et alors ? Cela s'est toujours fait, cela se fera toujours, mais l'empirisme technique restera toujours de l'empirisme technique, et les sciences de la nature sont autrement singulières !
Ce type de discussions renvoie aux critiques des "sciences studies" (disons en français : anthropologie des sciences, pour ne pas dire épistémologie, ce qui est autre chose), mais ces dernières ont beau faire : elles ne convaincront jamais personne du fait que les sciences de la nature, les sciences dites "dures", sont d'une autre nature que certaines sciences de l'homme et de la société (celles qui ne font pas usage de la méthode : observation d'un phénomène, quantification, synthèse des données en lois, recherche de mécanismes, prévision expérimental, tests expérimental de la prévision, en vue de réfuter cette dernière), certains empirismes, sont des savoirs, mais pas des sciences au sens défini plus haut : pour les sciences de la nature (sciences exactes, sciences dures, philosophie naturelle), les idées, les imaginations théoriques, les hypothèses sont "balisées" par le recours aux nombrex, au quantitatif, avec l'idée que les théories sont insuffisantes par nature et qu'il faut réfuter pour les améliorer.
C'est une différence essentielle, sans compter la différence d'intention : comprendre pour les sciences, et faire pour la technologie et les techniques.
On entend parler de "forteresse scientiste", mais c'est là penser que les sciences de la nature (sciences dures, philosophie naturelle...) seraient un bastion assiégé ; disons que cela serait le rêve de certains qu'il en soit ainsi, mais cela n'est pas : la philosophie naturelle fait son travail en se moquant des critiques, parce qu'elle n'est pas un être humain, mais une pratique.
Et, mieux, la philosophie naturelle est une pratique singulière, qui ne se confond pas avec les autres savoirs.
"les savoirs profanes peuvent exister et contribuer à bâtir des savoirs scientifiques. L'agriculteur qui constate le résultat de certaines pratiques, sans les expliquer biologiquement, peut utilement contribuer au référentiel du chercheur qui va utiliser ces données pour déboucher sur une loi"
Oui, les savoirs profanes peuvent exister (plus exactement, ils n'ont pas à exister, puisqu'ils existent) et contribuer à bâtir des savoirs scientifiques, mais l'empirisme s'arrête précisément... à l'empirisme !
Oui, l'agriculteur constate souvent le résultat de pratiques, qu'il n'explique pas toujours, et oui, ces phénomènes peuvent être explorés par la rechercher scientifique. Et alors ? Cela s'est toujours fait, cela se fera toujours, mais l'empirisme technique restera toujours de l'empirisme technique, et les sciences de la nature sont autrement singulières !
Ce type de discussions renvoie aux critiques des "sciences studies" (disons en français : anthropologie des sciences, pour ne pas dire épistémologie, ce qui est autre chose), mais ces dernières ont beau faire : elles ne convaincront jamais personne du fait que les sciences de la nature, les sciences dites "dures", sont d'une autre nature que certaines sciences de l'homme et de la société (celles qui ne font pas usage de la méthode : observation d'un phénomène, quantification, synthèse des données en lois, recherche de mécanismes, prévision expérimental, tests expérimental de la prévision, en vue de réfuter cette dernière), certains empirismes, sont des savoirs, mais pas des sciences au sens défini plus haut : pour les sciences de la nature (sciences exactes, sciences dures, philosophie naturelle), les idées, les imaginations théoriques, les hypothèses sont "balisées" par le recours aux nombrex, au quantitatif, avec l'idée que les théories sont insuffisantes par nature et qu'il faut réfuter pour les améliorer.
C'est une différence essentielle, sans compter la différence d'intention : comprendre pour les sciences, et faire pour la technologie et les techniques.
On entend parler de "forteresse scientiste", mais c'est là penser que les sciences de la nature (sciences dures, philosophie naturelle...) seraient un bastion assiégé ; disons que cela serait le rêve de certains qu'il en soit ainsi, mais cela n'est pas : la philosophie naturelle fait son travail en se moquant des critiques, parce qu'elle n'est pas un être humain, mais une pratique.
Et, mieux, la philosophie naturelle est une pratique singulière, qui ne se confond pas avec les autres savoirs.
mardi 2 avril 2013
Prochain séminaire
Chers Amis
Notre prochain séminaire de gastronomie moléculaire se tiendra le lundi 15 avril 2013, de 16 à 18 heures, à l'Ecole supérieure de cuisine française, au centre Jean Ferrandi de la Chambre de commerce de Paris, 28 bis rue de l'abbé Grégoire, 75006 Paris.
Le thème retenu sera :
L'écumage des bouillons de boeuf améliore-t-il la clarté ?
Au plaisir de vous y retrouver.
Notre prochain séminaire de gastronomie moléculaire se tiendra le lundi 15 avril 2013, de 16 à 18 heures, à l'Ecole supérieure de cuisine française, au centre Jean Ferrandi de la Chambre de commerce de Paris, 28 bis rue de l'abbé Grégoire, 75006 Paris.
Le thème retenu sera :
L'écumage des bouillons de boeuf améliore-t-il la clarté ?
Au plaisir de vous y retrouver.
E 413
Les additifs, mauvais pour la santé ? En tout cas, ils sont traditionnels, et les amateurs de "bonne vieille cuisine française" doivent savoir que le E413, la gomme adragante, était non seulement utilisée au siècle passé pour stabiliser les crèmes fouettées (domestiques), mais... présente dès 1604 dans l'Ouverture de cuisine de Lancelot de Casteau :
Pour faire paste de succre.
Prennez du fin succre bien tamizé par
vn fin tamier, puis ayez gomme d'aragante bien trempee en eau de rose
passée par vn estamine aussi espes que vous le pouuez passer, puis
mettez vostre gomme dedans vn mortier de cuiure ou autre &
estampez bien vostre gomme, y mettant tousiours vn peu de succre tant
que vous faictes vne paste maniable. Notez tant plus est il battu
tant plus blanc deuient il: de ceste paste vous pouués former ce que
voulez, comme faire en formes cauees, ou des trenchoirs, ou plats,
ou tasses ce que vous voulez, & le mettez suer dedans vn four qui
ne soit pas trop chaud, vous le pouuez aussi dorer aussi fort que
les voulez auoir: gardez bien que le four ne soit point si chaud
qu'il face leuer la paste par bontons, cela ne vaudroit rien, car il
faut que la paste demeure ferme.
dimanche 31 mars 2013
N'oublions pas le service à la française
Jadis les Français mangeaient... à la française : les diverses préparations étaient disposées sur la table, à des endroits particuliers, et ils étaient renouvelés d'une certaine façon, un peu comme un buffet que l'on regarnirait, mais avec la différence que l'on mangeait ce que l'on avait près de soi.
Ce fut un séisme quand le service à la russe s'imposa : c'est celui que nous connaissons aujourd'hui, où les mets sont apportés, puis servis aux convives. Certes, on mange chaud... mais mange-t-on socialement ?
Manger socialement ? C'est cela qui est bon. C'est pour cette raison que les fondues au fromage ou bourguignonnes ont tant de succès. C'est pour cette raison que le couscous mangé à l'ancienne, avec un plat devant tous, que l'on prend à la main, a son succès. Rien de pire, en quelque sorte, que les mets mangés seuls.
Du coup, ne pourrions nous pas organiser nos repas pour retrouver l'intelligence du service à la française, en plus de l'intérêt du service à la russe ?
C'est un peu ce qui se fait dans le pot-au-feu à l'alsacienne, où des condiments sont répartis sur toute la table, échangés à la demande entre les convives. Tous mangent la même viande, partagée entre tous ; tous boivent le même bouillon corsé, brûlant ; et tous s'échangent les condiments, se parlant, échangeant.
Et c'est ainsi que le pot-au-feu devient un mets merveilleux !
Ce fut un séisme quand le service à la russe s'imposa : c'est celui que nous connaissons aujourd'hui, où les mets sont apportés, puis servis aux convives. Certes, on mange chaud... mais mange-t-on socialement ?
Manger socialement ? C'est cela qui est bon. C'est pour cette raison que les fondues au fromage ou bourguignonnes ont tant de succès. C'est pour cette raison que le couscous mangé à l'ancienne, avec un plat devant tous, que l'on prend à la main, a son succès. Rien de pire, en quelque sorte, que les mets mangés seuls.
Du coup, ne pourrions nous pas organiser nos repas pour retrouver l'intelligence du service à la française, en plus de l'intérêt du service à la russe ?
C'est un peu ce qui se fait dans le pot-au-feu à l'alsacienne, où des condiments sont répartis sur toute la table, échangés à la demande entre les convives. Tous mangent la même viande, partagée entre tous ; tous boivent le même bouillon corsé, brûlant ; et tous s'échangent les condiments, se parlant, échangeant.
Et c'est ainsi que le pot-au-feu devient un mets merveilleux !
samedi 30 mars 2013
Science fautivement dite participative
Après la science qui aurait été citoyenne, voici que me vient sous les yeux de la science qui serait participative. Etrange emploi de la langue française, qui, hélas, risque de conduire à des fautes de pensée.
La science est la science. Pour des raisons préalablement exposées, elle ne peut pas être citoyenne. Je n'y reviens pas, sauf à signaler que quelques personnes prises en flagrant délit de faute de pensée se sont "débattues", tels les poissons dans un filet, en disant que tout cela n'était que mots, et que les idées comptaient davantage. D'accord... mais quelles idées ?
Pour la science dite participative, là encore, il y a une faute de français. L'idée que l'on aurait voulu nommer (pauvre pensée que celle qui ne sait pas l'usage des mots) ? Une façon de faire la science, où des amateurs puissent venir participer au travail institutionnel. Par exemple, des astronomes amateurs participant au recensement des amas ouverts ; ou encore des botanistes amateurs signalant les aires de répartition des espèces.
Evidemment, ce type de collaboration est très bien ! Oui, il y a la participation de tous (disons moins pompeusement : de plusieurs). Oui, il faut encourager des telles initiatives, mais je propose de ne pas spécifier la science qui est ainsi faite : c'est de la science, un point c'est tout !
Et c'est ainsi que la science est belle : quand tout le monde est convié au grand banquet de la production de la connaissance !
(j'y pense : il faudra que j'évoque la question de l'enseignement ... dit "des sciences" : à ce stade, je ne critique pas la terminologie).
Vive la connaissance (bien) produite et (bien) partagée !
La science est la science. Pour des raisons préalablement exposées, elle ne peut pas être citoyenne. Je n'y reviens pas, sauf à signaler que quelques personnes prises en flagrant délit de faute de pensée se sont "débattues", tels les poissons dans un filet, en disant que tout cela n'était que mots, et que les idées comptaient davantage. D'accord... mais quelles idées ?
Pour la science dite participative, là encore, il y a une faute de français. L'idée que l'on aurait voulu nommer (pauvre pensée que celle qui ne sait pas l'usage des mots) ? Une façon de faire la science, où des amateurs puissent venir participer au travail institutionnel. Par exemple, des astronomes amateurs participant au recensement des amas ouverts ; ou encore des botanistes amateurs signalant les aires de répartition des espèces.
Evidemment, ce type de collaboration est très bien ! Oui, il y a la participation de tous (disons moins pompeusement : de plusieurs). Oui, il faut encourager des telles initiatives, mais je propose de ne pas spécifier la science qui est ainsi faite : c'est de la science, un point c'est tout !
Et c'est ainsi que la science est belle : quand tout le monde est convié au grand banquet de la production de la connaissance !
(j'y pense : il faudra que j'évoque la question de l'enseignement ... dit "des sciences" : à ce stade, je ne critique pas la terminologie).
Vive la connaissance (bien) produite et (bien) partagée !
jeudi 28 mars 2013
Gavage ? Non, bonheur !
Ce matin, je lisais les déclarations d'un président d'université qui parlait de "gavage" pour les classes préparatoires aux grandes écoles.
C'est un terme très mauvais : sans verser dans l'ancien combattant, je me souviens avec bonheur de ce moment où je pouvais me consacrer entièrement aux mathématiques, physique et chimie !
Que de merveilleux théorèmes j'ai découvert, appris ! Que de beaux phénomènes j'ai découvert !
D'ailleurs, il faut ajouter que les enseignants étaient merveilleux... et d'ailleurs certains sont restés des amis, parce qu'ils avaient un enthousiasme partagé.
Les classes préparatoires, du gavage ? Non, du bonheur... pour ceux qui aiment (ceux qui n'aiment pas, évidemment, seront malheureux... mais n'est ce pas le cas pour tout, dans la vie ?)
C'est un terme très mauvais : sans verser dans l'ancien combattant, je me souviens avec bonheur de ce moment où je pouvais me consacrer entièrement aux mathématiques, physique et chimie !
Que de merveilleux théorèmes j'ai découvert, appris ! Que de beaux phénomènes j'ai découvert !
D'ailleurs, il faut ajouter que les enseignants étaient merveilleux... et d'ailleurs certains sont restés des amis, parce qu'ils avaient un enthousiasme partagé.
Les classes préparatoires, du gavage ? Non, du bonheur... pour ceux qui aiment (ceux qui n'aiment pas, évidemment, seront malheureux... mais n'est ce pas le cas pour tout, dans la vie ?)
mardi 26 mars 2013
Science et cuisine à l'école
Ce matin, une correspondante qui voudrait mettre de la gastronomie moléculaire à l'école.
A laquelle il est répondu :
Sans attendre, laissez moi vous parler des "Ateliers expérimentaux du goût" (ils sont sur les sites académiques, mais aussi sur mon site, adresse ci dessous), pour le Premier Degré (introduits à l'échelon national par le ministre en 2001) et les "Ateliers science & cuisine", qui sont pour le second degré, en thème d'approfondissement, et en relation avec les programmes.
Il y a d'autres projets, comme "Dictons et plats patrimoniaux", que vous trouverez aussi.
L'idée était moins de focaliser spécifiquement sur la gastronomie moléculaire ou la cuisine moléculaire que de partir de cuisine, et de faire monter la nourriture à la tête, en renvoyant vers de la culture, au sens large.
N'hésitez pas à m'interroger.
A laquelle il est répondu :
Sans attendre, laissez moi vous parler des "Ateliers expérimentaux du goût" (ils sont sur les sites académiques, mais aussi sur mon site, adresse ci dessous), pour le Premier Degré (introduits à l'échelon national par le ministre en 2001) et les "Ateliers science & cuisine", qui sont pour le second degré, en thème d'approfondissement, et en relation avec les programmes.
Il y a d'autres projets, comme "Dictons et plats patrimoniaux", que vous trouverez aussi.
L'idée était moins de focaliser spécifiquement sur la gastronomie moléculaire ou la cuisine moléculaire que de partir de cuisine, et de faire monter la nourriture à la tête, en renvoyant vers de la culture, au sens large.
N'hésitez pas à m'interroger.
lundi 25 mars 2013
vendredi 22 mars 2013
Je prends!
Hier, alors que je discutais avec Bernard Chevassus-au-Louis, je lui vantais les beautés du paradigme des "hussards blancs de la Raison".
En échange, il m'a passé son "Touche pas à ma science"
En échange, il m'a passé son "Touche pas à ma science"
Remarquable Colloque
Hier, à l'Académie d'agriculture de France, remarquable colloque sur le thème "Réconcilier le public avec son alimentation".
Des intervenants de qualité, qui ne se sont pas contentés de livrer des messages convenus, mais, au contraire, ont vraiment discuté la question !
Leurs résumés sont sur le site académique, où se trouvera bientôt le podcast des interventions.
Voici :
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Des intervenants de qualité, qui ne se sont pas contentés de livrer des messages convenus, mais, au contraire, ont vraiment discuté la question !
Leurs résumés sont sur le site académique, où se trouvera bientôt le podcast des interventions.
Voici :
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« RETABLIR
LA CONFIANCE DU CITOYEN
DANS SON
ALIMENTATION »
Résumé
des interventions du colloque du 21 mars (14h00 – 17h30)
- Introduction de la journée par Hervé THIS, Secrétaire de la section « Filières alimentaires » de l’Académie d’Agriculture de France
Les faits :
- Il y a des fraudes, mais cela ne signifie pas que tout le monde fraude.
- Il y a des risques, mais (1) il y a des risques à tout et (2) il faut se demander quantitativement quels risques (relatifs).
- Une partie du public est craintif, parce qu'il ne comprend pas la science et la technologie.
- Une partie de la presse vend de la peur (n'est-ce pas cela, le plus grand scandale alimentaire du xxi e siècle?)
Des propositions :
Si la solution était
simple, on l'aurait mise en œuvre.
Quand on signale une
fraude :
– il faut indiquer
combien de pour cent du groupe est représenté
– il faut profiter de
chaque affaire pour vérifier que nos systèmes sont bons ; en
réalité, peu après chaque « convulsion », il est indispensable
de faire un bilan assorti d'une prise éventuelle de décisions (sans
tomber dans le resserrement des libertés, hygiénisme..)
Quand on signale des
risques :
– il faut l'assortir de
valeurs quantitatives
– il faut les
distinguer des dangers
– il faut publiquement
dire comment on les minimise.
Pour donner au citoyen
les moyens de craindre ou de ne pas craindre les diverses composantes
de son alimentation, il faut une information qui ne soit pas
partisane. Celle de l'industrie n'étant pas crédible, il faut que
l'Etat prenne ses responsabilités, et diffuse de l'information de
l'Ecole à l'âge adulte, en passant par les canaux « efficaces ».
Ici, proposition de
formations des enseignants du Premier et du Second Degré. L'INRA
pourrait aller intervenir dans les Rectorats, pour des formations
académiques.
Enfin, il faudra sans
doute aussi réfléchir aux relations entre science, technologie et
technique, fin de bien cibler les « émerveillements proposés ».
Au fond, la presse se
répartit en deux groupes : ceux qui vendent de la peur, et les
autres. On doit considérer que les sociétés ont la presse qu'ils
méritent. Il sera bien difficile de changer les méthodes des
marchands de peur, mais on peut réfléchir avec les autres pour
trouver des solutions actives.
Quoi qu'il en soit, on ne
pourra pas éviter d'être TRES présent dans le grand concert
médiatique, et de proposer des sujets.
Première Table ronde - Quelle confiance le consommateur
accorde-t-il aujourd’hui à la qualité (sanitaire, nutritionnelle,
environnementale…) de son alimentation ? Perception et
réalités.
Modérateur
– Bertrand HERVIEU, Vice-président du Conseil Général de
l’Alimentation, de l’Agriculture et des Espaces Ruraux
Questions
Comment expliquer vous la méfiance actuelle des consommateurs dans
leur alimentation ? Quelles sont, à votre avis, les principales
craintes ? A quoi sont elles dues ? Quelles sont les
principales craintes des consommateurs aujourd’hui au regard de
leur alimentation ? Pourquoi n’ont-ils pas confiance dans ce
qu’ils mangent ? Les informations dont les consommateurs
disposent (étiquetage, ou autre) sont-elles suffisantes et
adaptées ?
- Charles PERNIN, Chargé de mission alimentation à CLCV
Il y a une vraie crise de
confiance des consommateurs envers l’industrie agroalimentaire. Ce
phénomène n’est pas nouveau : de nombreux baromètres
d’opinion montrent depuis des années que l’image de ce secteur
dans l’opinion est très dégradée.
Il faut rappeler que
cette situation n’est pas spécifique à l’agroalimentaire. Nous
sommes dans une ère du soupçon : la crise de confiance
concerne le politique, le domaine de la santé et de l’expertise en
général, du sport (dopage) et des médias.
Pour en revenir à
l’alimentation, les consommateurs ont l’impression de ne plus
vraiment savoir ce qu’ils mangent et doutent de la qualité des
produits issus de l’industrie. N’oublions pas que, pour les
consommateurs, la qualité de l’alimentation n’est pas qu’une
question sanitaire. L’utilisation d’additifs, l’artificialisation
des recettes, le recours à des ingrédients qui s’apparentent à
des « erzatz » (analogues de fromages, arômes
artificiels), tout cela ne peut que nuire à l’image des produits.
Ces pratiques sont
d’ailleurs en totale contradiction avec le marketing qui ne cesse
de faire référence à une prétendue naturalité, au terroir ou à
l’authenticité des recettes. Ces contradictions manifestes, ainsi
que la réticence de l’industrie agroalimentaire à communiquer sur
ses pratiques et ses métiers, ne font qu’accroître la méfiance.
Cette situation est d’autant plus difficile à gérer
qu’aujourd’hui tout finit par se savoir (du fait des nouvelles
technologies de l’information et des réseaux sociaux notamment).
Après un scandale comme
celui de la viande de cheval, le secteur peut estimer qu’il s’agit
d’une crise de plus et continuer comme avant. Cela revient à
considérer que de toute façon les consommateurs finiront par
acheter ce qu’on leur propose. Mais peut-on construire un modèle
économique créateur de valeur sur la base de la méfiance et
du doute ? N’y-a-t-il pas un lien entre l’image négative de
l’industrie et la baisse continue de la part consacrée à
l’alimentation dans le budget des ménages ?
- Louis ORENGA, Directeur d’APRIFEL et ancien Directeur du Centre d’information des viandes.
Il est paradoxal de
constater qu’en ce début de 21ème siècle les interrogations des
consommateurs sont de plus en plus grandes alors que l'information
est soi-disant de plus en plus accessible. On peut se demander
pourquoi plus tout le monde répète qu'il faut s'adapter à la
demande des consommateurs ou des citoyens, plus ces derniers ont
souvent la perception du contraire.
La mondialisation des
échanges, l’élaboration de plus en plus importante des produits,
la multiplicité des circuits de distribution ont conduit à
l’éloignement de la connaissance naturelle que l'on pouvait avoir
des produits par le passé, ce qui a généré des interrogations et
des inquiétudes renforcées par la mondialisation de l'information.
Parallèlement à ce phénomène, la communication du 20ème siècle
a cristallisé les positions, particulièrement à la fin du siècle,
en opposant frontalement la publicité émanant des entreprises et
des secteurs économiques à l'information qui ne pouvait, par
définition, émaner que de la presse ou d'émetteurs en capacité de
revendiquer de n'avoir aucun lien avec le domaine économique.
Facteur aggravant en ce
début de 21ème siècle, quelle que soit la volonté de donner une
information factuelle, la communication est ipso facto qualifiée de
publicité si elle est positive et ne dénonce donc pas un risque. On
pourrait caricaturer en disant que la mention « train en retard »
sur le tableau d'affichage d'une gare est une info, mais celui qui
est « à l’heure » relève de la publicité. Encore plus grave
est le fait que les mécanismes de communication de notre société
moderne ne peuvent que valoriser l'information qui se base sur le
désaccord, l'opposition, le conflit. Cela ne serait pas si grave si
cela n'était qu’un problème de sémantique. Hélas, la
conséquence est que cela met en péril la concertation. En effet, si
l'information ne peut pas exister pour démontrer que ceux qui se
sont parlés sont arrivés à faire avancer les choses, les personnes
et les organisations en présence ne peuvent exister et se valoriser
que dans le dissensus. On ne peut donc, par définition, que se
retrouver avec un consommateur qui perd le peu de repère qu’il
essaye d'acquérir par l'expérience.
La solution ne pourra
donc exister que si le duo, rôle de la publicité d'une part émanant
du secteur économique et l'information émanant du secteur non
économique, évolue.
Cette opposition dans les
mécanismes de communication ne peut que conduire à aggraver les
conflits dans un monde justement de communication.
La concertation, si
souvent demandée par tous, risque aujourd'hui d’exister encore
moins qu'il y a vingt ans. En effet, avec l'accroissement de
l'information si l'on apprend que deux entités, de domaines de
référence différents, se sont vues ou ont juste envisagé de
discuter ensemble, alors les mises en cause se déchaînent sur les
uns et les autres. Ainsi, tant que ces mécanismes de communication
hérités de la fin de notre siècle dernier n'auront pas évolué,
les changements étant de plus en plus rapides et générant des
peurs réelles ou supposées, issues de vraies problèmes ou de
problèmes virtuels, les incompréhensions voire le divorce entre les
différents acteurs ne feront que se renforcer, accroissant les
interrogations des consommateurs.
La communication doit
donc sortir de cette dualité entre publicité et information qui, en
fait, organise les oppositions et fait perdre à la communication
l’essence même de ce pourquoi elle doit aussi être faite, à
savoir permettre à deux entités de se parler et de se comprendre
pour construire un projet commun.
Une troisième voie, qui
ne relèverait ni de la publicité ni de l'information telle qu'on la
connaît aujourd'hui, devrait pouvoir s'installer. Cette
communication de type informative devrait permettre justement de
mettre en avant les consensus, les accords et avoir auprès de
l’opinion une visibilité au moins égale à celle qui est aussi
nécessaire lorsque l'on doit dénoncer un risque, un
dysfonctionnement ou un désaccord. Sans une réflexion dans ce
domaine, qui conduira à s'interroger sur les émetteurs de cette
nouvelle communication sur les canaux de diffusion de cette
information et sur la transparence de cette dernière, les crises et
les incompréhensions ne feront que se développer car, pour terminer
sur une notion économique, parler des risques pour certains en
matière de communication est toujours plus rentable, plus valorisant
pour celui qui alerte et même moins risqué juridiquement que de
construire le dialogue et justement prendre le risque de dire que
l’on a la volonté de dialoguer et de faire avancer un problème,
mais ça c'est de la pub !
- Bernard CHEVASSUS-AU-LOUIS, Président de l’Observatoire de la qualité de l’alimentation (OQALI)
Trois
points importants
- la défiance vis à vis des experts a conduit à un irréversible retour de l'évaluation profane des risques. Cette évaluation n'est pas quantitative (les citoyens ne disposent pas des informations statistiques) mais qualitative. Il est donc important d'analyser ce que sont les qualités d'un "bon risque" (qui peut être quantitativement fort) et celles d'un "mauvais risque" (qui peut, à l'inverse, être considéré comme faible par les experts).
- Par rapport à ce retour de l'expertise profane, l'alimentation moderne et les nouveaux risques (listerias, résidus phytosanitaires, OGM, etc.) se caractérise par des risques "imperceptibles", qui défient donc ces capacités d'expertise individuelle et conduisent à une "socialisation" de l'inquiétude.
- il faut se garder de penser toutes les situations en termes de risques et s'acharner à garantir le risque zéro (ou à clamer qu'il n'existe pas). Les citoyens ne demandent pas le risque zéro mais le "mépris zéro" (voir le cas récent de la viande de cheval), ce qui ouvre peut être de nouvelles pistes pour restaurer la confiance.
- Gérard PASCAL, Membre de la section VIII de l'Académie d'agriculture de France
Il ne m’appartient pas
de m’exprimer sur la perception des consommateurs, d’autres
intervenants sont bien plus qualifiés que moi pour le faire. Je
souhaite simplement apporter l’éclairage d’un chercheur,
nutritionniste et toxicologue, qui a aussi exercé des activités
d’expertise pendant 35 ans. C’est donc un témoignage qui va à
l’évidence manquer d’objectivité.
Mon premier constat est
celui d’un grand succès : dans un premier temps, les
nutritionnistes ont parfaitement réussi, à juste titre, à
persuader le citoyen de l’importance de son alimentation en matière
de préservation d’un bon état de santé et de prévention de
l’apparition des pathologies majeures qui nous menacent.
Le second est celui d’une
incapacité totale à persuader ce citoyen de la multiplicité des
solutions possibles pour atteindre cet objectif de prévention. Le
consommateur a été livré à la cacophonie des discours d’une
multitude d’acteurs prétendant tous détenir la vérité et
recommandant souvent, soit une alimentation sur ordonnance soit des
remèdes de gourous. Son anxiété n’a fait que croître face à la
multitude des choix qui lui sont proposés. L’éducation à
l’alimentation a été délaissée au profit d’une soit disant
éducation nutritionnelle déconnectée de la réalité de la
production des matières premières agricoles et de leur
transformation culinaire ou industrielle. Le développement de nos
sociétés urbaines n’y est pas non plus étranger. Nous sommes
ainsi passé d’une connotation positive à une méfiance
généralisée.
Au cours des 30 dernières
années, la méfiance à l’égard des scientifiques, de la science
et de la technologie n’a fait que croître. Les scientifiques, les
universitaires les plus sérieux et honnêtes sont de plus en plus
considérés comme inféodés aux industriels et accusés d’être
incapables d’impartialité, ôtant toute valeur à leurs avis. Par
contre, les « lanceurs d’alerte », les opérations
médiatiques scientifiquement les plus lamentables trouvent un écho
de plus en plus large et bienveillant dans les médias et …dans les
milieux des décideurs, en particulier politiques (et je ne fais pas
de politique politicienne !).
Beaucoup de ces décideurs
n’informent pas complètement les citoyens sur les raisons de
leurs choix en matière de sécurité sanitaire et se refusent à
faire clairement la part entre les avis scientifiques émanant de
collectifs mis en place par leurs soins et les multiples raisons
sociales, économiques, écologiques, éthiques … qui peuvent
justifier leurs décisions de gestion des risques qui s’écartent
sensiblement de ces avis. Je ne peux que souligner la position
française qui consiste à mélanger les genres : c’est le
directeur de l’AFSSA puis de l’ANSES qui signe les avis qui ne
sont pas toujours l’exact transcription des avis d’experts ;
le HCB est organisé en deux comités, l’un scientifique, l’autre
économique et social et l’on ne sait pas qui a exprimé tel ou tel
point de vue quand le sujet est brulant. De plus les comités
scientifiques des deux instances font double emploi dans le domaine
de l’évaluation des risques sanitaires des OGM. N’est-ce pas de
nature à troubler le citoyen ? Et puis qu’il est agréable de
vouloir donner des leçons au monde entier en adoptant des positions
«originales» souvent indéfendables !
Note pays s’est doté,
il y aura bientôt 30 ans, d’une structure unique dans le monde à
l’époque, le CNA, qui permet à tous les acteurs de la chaîne
alimentaire de dialoguer et de rechercher le consensus dans tous les
domaines. Plus de 70 avis ont fait l’objet de ce consensus, or qui
en a connaissance dans la population ? Un exemple
particulièrement éclairant est celui de l’excellent avis à mon
sens, émis en décembre 2011 sur les PAT et dont je n’ai pas
entendu parler récemment à l’occasion de la décision prise par
Bruxelles au sujet de leur utilisation en alimentation des poissons.
Pourquoi vouloir à tout prix activer des débats soit disant
démocratiques à grand renfort de médias, alors que la démocratie
s’exerce dans ce parlement de l’alimentation. Redonnons lui la
place qu’il mérite et qui s’impose en cette période de gros
temps; sa représentativité, en fait une instance difficilement
manipulable par quelque acteur que ce soit.
Même
question à tous : quelle est, à votre avis, la principale
mesure à mettre en œuvre aujourd’hui pour rétablir la confiance
du consommateur dans son alimentation ?
15h45 - Deuxième
Table ronde – Quelles sont les actions mises en œuvre par les
pouvoirs publics et les acteurs privés pour garantir la sécurité
sanitaire des produits alimentaires livrés aux consommateurs, que
peut-on mettre en place ?
Modérateur
– Bernard CHEVASSUS-AU-LOUIS, Président de
l’Observatoire de la Qualité de l’Alimentation
Quelles
sont les actions mises en œuvre par les acteurs pour garantir la
sécurité sanitaire des produits alimentaires livrés aux
consommateurs ? Quelle est la principale mesure à mettre en œuvre
aujourd’hui pour rétablir la confiance du consommateur dans son
alimentation ?
- Sandrine BIZE, chef du Département Hygiène, Sécurité, Qualité et Environnement à la CGAD
La Confédération
générale de l’alimentation en détail (CGAD) est l’organisation
interprofessionnelle représentative des métiers de l'artisanat et
du commerce alimentaire de proximité et de
l'hôtellerie-restauration.
La CGAD représente plus
de 300 000 entreprises, générant un chiffre d'affaires de plus de
95 milliards d'euros chaque année et employant plus de 1,1 million
d'actifs dans 18 métiers (Boucher - Charcutier, Boucher chevalin,
Boulanger, Charcutier - Traiteur, Chocolatier - Confiseur, Crémier –
Fromager, Détaillants en Fruits et Légumes, Epicier, Glacier,
Hôtelier – Cafetier – Restaurateur, Pâtissier, Pizzaiolo,
Poissonnier, Tripier).
Ce sont des entreprises
de proximité implantées aussi bien en milieu urbain qu’en milieu
rural qui entretiennent avec leur clientèle un lien social et qui
dialoguent avec eux (information en direct…).
Les Métiers de
l’Alimentation se sont investis depuis plusieurs années déjà sur
le terrain de la maitrise de la qualité sanitaire. En effet, dès la
sortie de la directive 93/43 qui a marqué un tournant en matière de
règlementation « hygiène » en fixant avant tout des obligations
de résultats aux professionnels, la CGAD et ses organisations
professionnelles ont décidé de rédiger des guides de bonnes
pratiques d’hygiène basés sur une démarche HACCP collective. Ces
guides validés par les autorités compétentes sont là pour aider
les entreprises à satisfaire leurs obligations réglementaires en
matière d’hygiène.
Pour suivre l’évolution
des pratiques professionnelles et prendre en compte l’arrivée du
Paquet hygiène, non seulement d’autres guides sont en cours de
rédaction mais les guides anciennement validés subissent une
réactualisation pour intégrer, par exemple, les notions de plan de
maitrise sanitaire, de traçabilité, de gestion des non conformités
ou pour intégrer des outils d’auto-contrôle (contrôle à
réception, contrôle des températures, analyses microbiologiques…).
Ces guides expertisés par l’Anses s’accompagnent de formations
des chefs d’entreprise et de leurs salariés.
Par ailleurs, la création
de l’Observatoire de l’alimentation, dans lequel la CGAD est
impliquée en particulier sur le volet sanitaire, doit conduire à
une communication par les pouvoirs publics vers les consommateurs sur
la qualité sanitaire « réelle » de l’alimentation en France qui
reste satisfaisante et a progressé au fil du temps malgré
l’impression contraire qu’en ont les consommateurs. Il faut une
communication publique rassurante qui montre les efforts réalisés
par la filière
- Catherine CHAPALAIN Directrice générale de l’ANIA
Nous vivons dans un monde
de paradoxes :
- Notre monde est plus sur, et pourtant, il y a une augmentation des peurs, notamment alimentaires, avec une amplification des risques liés à l’alimentation, par rapport à la réalité et une surmédiatisation.
- Alors qu’il y a quarante ans l’alimentation moderne était valorisée, elle est aujourd’hui synonyme de danger.
- Alors que les produits alimentaires n’ont jamais été aussi surs, il y a une perte de confiance du consommateur.
- Alors qu’à l’étranger, notre modèle alimentaire et les produits alimentaires ont une très belle image, en France, ils sont trop souvent critiqués.
- Dernier paradoxe, celui qui oppose le français consommateur – à la recherche du prix toujours plus bas - au français producteur, qui veut maintenir son emploi et voir sa rémunération augmenter : la qualité a un coût…..
Quel est l’enjeu pour
l’ANIA, dans ce contexte compliqué ? Restaurer la confiance du
consommateur. Il s’agit clairement d’un enjeu de compétitivité
pour les entreprises de l’alimentaire.
Quelles sont les actions
que nous mettons en place ?
- L’alimentation-santé est la première priorité de l’ANIA. Nous travaillons autant sur les aspects de qualité et de sécurité que sur le volet nutritionnel.
- Dans le domaine de la nutrition, nous avons recensé plus de 300 démarches de progrès, réalisées par les entreprises et les professions, en matière d’optimisation nutritionnelle, d’éducation et d’information du consommateur, de communication responsable et de programmes de recherche. Nous soutenons dans ce cadre le Fonds français pour l’alimentation et la santé.
- En matière de sécurité sanitaire, nous avons en Europe la réglementation la plus sévère au monde, qui nous impose de mettre sur le marché des denrées saines et sûres, avec des obligations en matière de résultat et de traçabilité…. Et nous accompagnons les entreprises avec des outils d’application pratiques.
- Pour restaurer la confiance du consommateur, nous avons également adopté une doctrine professionnelle qui encourage la communication positive sur les produits et encadre strictement la communication péjorative. Le « sans » ne doit pas être un argument de vente.
- Enfin, nous allons lancer une campagne de valorisation autour de 2 idées fortes, la qualité et la sécurité des aliments et la « trame alimentaire », avec un parti-pris de transparence.
Notre objectif est bien
de recréer de la valeur autour de l’alimentation, de « ré
enchanter l’alimentation ».
- Marc AUCLAIR, Directeur marketing d’United Biscuits France
(Texte à venir)
- Jérôme BEDIER, Secrétaire général du groupe Carrefour
- Gérard LALOI, Président de la Commission « Alimentation » de la Société des agriculteurs de France (SAF)
Baisser les coûts à
tous prix… et en payer le prix !
Vivons-nous une nouvelle
crise alimentaire sanitaire ? Après les risques pour la santé du
prion avec la vache folle, de la dioxine, de la listéria, de la
mélamine… connaissons-nous aujourd’hui avec le scandale de la
tromperie sur la viande de bœuf un empoisonnement à large échelle
potentiellement grave ? Non ! Nous parlons là d’une « simple
affaire » de substitution de viande, frauduleuse certes, mais sans
conséquence aucune pour la santé… Une innocuité d’ailleurs
reconnue par les pouvoirs publics eux-mêmes avec leur autorisation
donnée de distribuer les produits incriminés aux organisations
caritatives !
→ Et pourtant, notre
chaine alimentaire se trouve confrontée à la pire crise jamais
endurée par tous les acteurs concernés : la perte de confiance,
alors même que les progrès réalisés lors de ces dernières
décennies n'ont jamais garanti une telle sécurité en matière
d'alimentation (contrôles sanitaires exigeants de fiabilité,
traçabilité d'une performance exceptionnelle…). En fait plus,
peut-être que la fraude, que le bon sens du consommateur peut
comprendre sans l’admettre, c'est l’extraordinaire complexité du
circuit agri-agroalimentaire, qui avec de mauvais relents de
mondialisation et de finances malsaines, sème un trouble profond
chez les citoyens. Le doute naît de la mise en lumière de ce dédale
tortueux générateur de toutes les incompréhensions d’abord, de
toutes les suspicions ensuite !
→ Voilà le vrai
risque, ce climat purulent, qui exige notre examen de conscience et
requiert notre réflexion. N’avons-nous pas finalement oublié les
principes ? A l’origine, le fameux « triangle d’or », qualité
organoleptique, équilibre nutritionnel, garantie sanitaire, se
travaillait pour démontrer la validité d’un prix, d’un coût,
d’un investissement, matériel pour nos industries, immatérielle
pour nos marques. Progressivement, le « socle » s’est retourné :
le prix, d’argument à justifier est devenu le cadre de référence
incontournable dans lequel doivent s’insérer les critères de
qualité. Le fameux principe « d’analyse de la valeur » des
années 80 : « à coût égal, comment augmenter la qualité »,
s’est insidieusement mué en : « à qualité égale comment
baisser les coûts »; avec les risques et les tentations qu’une
telle démarche peut susciter.
Retrouver la confiance du
consommateur exige à tous les stades de la chaîne alimentaire, et
en commun : de l’humilité (acceptons le diagnostic), de la
détermination (faisons bouger ensemble les lignes du paradigme
qualité/prix), de la patience et enfin et surtout la réaffirmation
d’une attitude profonde pour remettre le produit au centre de notre
vocation : le plaisir de nourrir !
→ Le Haut Comité à la
Réputation Alimentaire, recommandé par notre think tank
SAF-agriculteurs de France pour rassembler tous les acteurs au
service de ce projet, trouve plus que jamais sa nécessaire raison
d'être.
→ Dans la même lignée,
le futur Colloque « Pourquoi une éthique alimentaire ? » organisé
par la SAF et Valeurs Vertes le 18 avril 2013 au Parlement Européen
de Strasbourg réunira personnalités politiques et acteurs de la
chaîne.
- Jacques ROUX, Président du Syndicat National de la Restauration Collective (SNRC).
La restauration
collective fait face à un double défi quotidien : conserver la
confiance de ses clients (donneurs d’ordre) et des convives, à qui
nous servons 8 millions de repas par jour.
Elle se différentie des
autres formes de restauration par des obligations réglementaires
strictes qui sont autant de points de vigilance et de sensibilité
utiles :
• L’obligation de
fournir des repas équilibrés : le respect du « contrat » est au
cœur de la confiance. A l’école, l’hôpital, dans les maisons
de retraite ou l’entreprise, ce repas représente souvent le seul
repas équilibré de la journée.
• La garantie d’un
prix dit « social » : le challenge de la restauration collective
c’est de conserver un niveau de vigilance très élevé sur la
qualité et la traçabilité tout en pratiquant des prix très
modérés pour permettre au plus grand nombre de bénéficier de ses
prestations.
• Les exigences fortes
en matière de sécurité́ alimentaire et sanitaire : du fait de la
fréquence et de la récurrence de la consommation, de la taille de
certains services mais aussi parce que de nombreux secteurs de la
restauration collective concernent des convives en situation de
fragilité.
Face à cela, l’attente
des consommateurs est une information loyale, fiable et vérifiable :
• Notre première
priorité est de garantir la santé publique, la sécurité de la
consommation, avec une politique de transparence sur les contrôles,
internes et externes.
• De plus en plus, les
consommateurs s’interrogent sur la loyauté des produits que nous
leur servons. D’où deux propositions très concrètes :
1- opérer nous-mêmes
des contrôles par sondage sur les produits qui nous sont livrés,
2- exiger auprès des
distributeurs et des producteurs la garantie que les produits livrés
sont bien ceux commandés – et que cette garantie emporte leur
responsabilité.
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