Dans une salade César, il y a de la salade, du poulet, des œufs durs et des croûtons, mais il y a surtout la sauce particulière de cette salade qui se fait à partir d'anchois, de moutarde, de crème, d'huile d'olive et autres condiments, dont le parmesan.
C'est à cette sauce que je vais m'arrêter aujourd'hui pour observer qu'il y a un ordre à l'ajout des ingrédients
Fondamentalement, cette sauce contient de l'eau et de l'huile.
Pour l'huile, c'est simple : c'est l'huile (d'olive), et aussi les matières grasses de la crème. Et les huiles sont miscibles les unes aux autres, si besoin.
Pour l'eau, il y en a dans les anchois (un poisson, c'est 70 % d'eau, moins quand il a été saumuré), dans la crème (65 %), dans la moutarde, dans la sauce Worcestershire, dans les câpres.
Dans la moutarde ? Oui, puisque cette dernière est obtenue par broyage de graines de moutarde dans du vinaigre et dans du vin : le vinaigre est fait d'eau à plus de 90 %, et le vin à environ 90 % environ aussi.
Les câpres ? Oui, les tissus végétaux sont fait majoritairement d'eau.
Surtout, pour la physico-chimie, on nomme "eau" toute solution aqueuse, et "huile", toute matière liquide qui n'est pas soluble dans l'eau.
De sorte que, finalement, la production de la sauce César s'apparente à la réalisation d'une émulsion de type huile dans eau, ce qui signifie que l'eau doit être mise en premier, et l'huile émulsionnée dedans.
Et c'est ainsi ainsi que je propose de placer dans un mixeur tous les ingrédients qui contiennent de l'eau, de mixer pour libérer l'eau emprisonnée dans les tissus (notamment végétaux) qui en contiennent. On obtient alors l'"eau" de l'émulsion, et l'on peut alors ajouter l'huile progressivement en finissant de mixer.
Et c'est ainsi que l'on obtient une émulsion de bonne aloi, qui pourra prendre de l'épaisseur si on la mixe beaucoup, car je répète cette expérience : si vous faites une mayonnaise à la fourchette, elle sera bien émulsionnée, mais pas très ferme mais pas très ferme, tandis que si vous donnez un coup de mixeur, vous verrez la sauce blanchir et durcir à l'endroit où vous aurez mixé, les gouttelettes d'huile ayant été divisées en de très nombreuses petites gouttelettes.
Ce blog contient: - des réflexions scientifiques - des mécanismes, des phénomènes, à partir de la cuisine - des idées sur les "études" (ce qui est fautivement nommé "enseignement" - des idées "politiques" : pour une vie en collectivité plus rationnelle et plus harmonieuse ; des relents des Lumières ! Pour me joindre par email : herve.this@inrae.fr
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vendredi 24 avril 2026
À propos de salade César
mercredi 24 juillet 2013
La connaissance par la gourmandise. Aujourd'hui, je voudrais faire l'éloge de la feuille !
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La feuille ?
regardons en l'air et voyons les feuilles des arbres. Quelle est leur
fonction ? Permettre les échanges entre les arbres et l'air.
Les feuilles, très aplaties, sont un merveilleux système pour
augmenter les possibilités d'échanges : plus elles sont
minces, et plus, à volume constant de feuilles, la surface est
grande et les échanges augmentés. Maintenant, si nous baissons le
nez, nous voyons les feuilles de papier, par exemple. Là encore, il
s'agit de réduire la quantité de matière, pour avoir de grandes
surfaces utilisables, pour écrire. Là encore, il s'agit d'échanges
avec l'environnement : celui qui écrit.
Cela dit, les feuilles ont
bien d'autres caractéristiqus qu'une grande surface, à savoir, par
exemple, une très faible résistance perpendiculairement à leur
plan et une très grande résistance selon celui-ci. C'est ainsi que
l'on peut se couper avec une feuille. On peut aussi, si l'on fait un
rouleau avec l'axe verticale, poser une planche dessus et monter sans
que le rouleau s'écrase.
Autrement dit les feuilles
sont les choses merveilleuses qui ont deux résistances différetes
selon la façon dont les aborde.
En bouche, mangeons une
feuille de salade et pensons-y : comme la feuille est malaxée entre
la langue, le palais et les dents, elle tourne, de sorte qu'elle
offre à notre perception soit une résistance très grande, soit
une résistance très petite. Autrement dit, les feuilles de salades
sont un paysage de consistances sans cesse changeant.
Nous voulons innover en
cuisine ? Produisons alors des feuilles. Comment ? Très
simplement : commençons par couler du blanc d'oeuf dans une
assiette et cuisons : on détache une feuille coagulée. Cela se
généralise : imaginons que l'on ait de l'eau et un agent
gélifiant, et que l'on coule l'ensemble sur une surface plate ;
on récupérera une feuille.
Par exemple, avec de la
gélatine, de l'agar-agar, etc., et l'on obtient des feuilles de
consistances très différentes. Le goût de ces feuilles ? Il
sera celui que l'on aura décidé : par exemple, si l'on a
dissout de la gélatine dans du vinaigre chaud, puis qu'on a
émulsionné de l'huile dans le vinaigre additionné de gélatine, on
obtiendra une émulsion qui, coulée sur une plaque, prendra en
feuille, en feuille de vinaigrette.
Et l'on pourra ainsi
produire des salades artificielles, avec les feuilles de
consistances différentes, et des goût sur-mesure. Ces systèmes ont
été nommés salades à la Nollet, du nom de l'abbé Nollet qui fut
un pionnier français de électricité. Pour ses prototypes de
condensateurs, Nollet utilisait ... des feuilles.
Vive l'abbé Nollet !
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