J'ai un livre du 18e siècle qui explique bien pourquoi les règles de politesses sont en réalité fondées sur l'humanité la plus belle.
Et c'est ainsi que l'on met le côté tranchant des couteaux vers soi, parce que l'on veut protéger notre voisin de droite.
C'est également ainsi que, quand on incline son assiette à potage pour terminer la consommation de ce dernier (ne pas confondre soupe et potage), il est plus poli de soulever le bord qui est le plus près de soi : autrement, on cacherait quelque chose à ses vis à vis.
Pour les fourchettes, certains prétendent que les pointes doivent être vers le haut, pour ne pas percer la nappe. Erreur !
En réalité, on voit bien, quand on est en face de quelqu'un dont les fourchettes sont pointes vers le haut, qu'il y a quelque chose d'agressif à cette position.
Et donc, en mettant les fourchettes à la française, pointes vers le bas, on se préoccupe de son vis à vis.
Et c'est une conséquence de mettre les gravures du côté opposé aux pointes.
Manger ? C'est manger en être humain, social, poli, soucieux des autres.
Ce blog contient: - des réflexions scientifiques - des mécanismes, des phénomènes, à partir de la cuisine - des idées sur les "études" (ce qui est fautivement nommé "enseignement" - des idées "politiques" : pour une vie en collectivité plus rationnelle et plus harmonieuse ; des relents des Lumières ! Pour me joindre par email : herve.this@inrae.fr
jeudi 18 juin 2026
Pourquoi la méthode des couverts à la française est supérieure à la méthode à l'anglaise (et pas l'inverse !)
vendredi 9 décembre 2022
La construction d'une assiette : il faut construire, et pas seulement juxtaposer
On n'a pas suffisamment expliqué que construire une assiette, c'est... construire une assiette, et pas seulement y disposer des éléments séparés.
Imaginons une assiette qui soit composée d'un filet de poisson, de riz, et de croquettes d'aubergine. Si, dans l'assiette, il y a d'un côté le poisson, de l'autre le riz, et enfin l'aubergine, alors c'est en réalité trois assiettes qui sont présentes, et pas une seule. De ce fait, si l'on mange séparément les trois éléments, il y a de fortes chances pour qu'ils soient un peu "tristes".
Et si l'on veut associer les trois éléments, comment le faire ? Personnellement, je ne sais jamais comment je dois faire.
Bien sûr, s'il s'agit simplement de nutriments, peu importe l'ordre, et je fais selon mon choix, selon mon appétit, selon mon envie...
Mais s'il y a une œuvre culinaire réalisée par un artiste, alors il doit y avoir une raison pour le choix du poisson, du riz et de l'aubergine : quand je mange ces différents éléments, je dois être guidé... ce qui conduit presque immanquablement à superposer les éléments, et non pas à les juxtaposer.
Se pose alors la question de la construction et l'on comprend bien que le résultat ne sera pas le même si on met le riz dessous et le poisson dessus, ou inversement, par exemple.
C'est tout cela l'enjeu du constructivisme culinaire, que nous avons discuté tant de fois avec mon ami Pierre Gagnaire : préparer une assiette, c'est faire une construction... des mots qui doivent nous faire souvenir que Marie-Antoine Carême, le cuisiniers des empereurs, avait introduit la "cuisine monumentale" : il ne s'agissait pas seulement de reproduire des bâtiments en sucre, mais, au contraire, de construire les plats.