J'entends des étudiants, des collègues, des connaissances parer de "se vider la tête"... mais je n'arrive pas à m'empêcher de penser que cette expression est idiote.
Car au fond l'objectif de se la remplir n'est-ce pas ? Et, mieux, se la remplir intelligemment ?
Pour autant, il est vrai qu'après une longue concentration, on peut avoir besoin de respirer un peu, de faire quelque pas.
D'ailleurs de récentes études sur la sédentarité montrent qu'il est nécessaire de bouger pendant une ou deux minutes toutes les demi-heures environ, en vue d'activer certaines lipases utiles à la gestion des triglycérides.
Cela dit, pourquoi ne pas continuer à lire, dicter, réfléchir, pendant ces pauses utiles ?
Mais se vider la tête ? On sait, d'autre part, que, après un long trimestre de travail, qui est moins fatiguant par le travail lui-même que par le fait qu'on se lève tôt, qu'on a des transports, on a besoin de faire quelques grasses matinées, surtout si, comme moi on a continué à travailler pendant le week-end.
Oui, les transports sont fatigants, stressants, avec du bruit, de la chaleur, du froid, de la presse, des stations debout parfois prolongées...
Oui, certains travaux sont physiquement demandeurs, mais ce n'est pas là la question de se vider la tête, mais simplement de mettre fin temporairement à ces rythmes fatigants.
Dans cette discussion il y a donc lieu de bien distinguer selon les travaux que l'on fait. Pour une bonne analyse du problème, on doit se souvenir d'études qui avait été faites à l'hôpital Cochin par des physiologistes qui exploraient la fatigue des pilotes de ligne et qui avaient bien montré qu'une attention très soutenue conduit effectivement à des modifications du rythme cardiaque ; non pas tellement en termes de fréquence, mais plutôt en termes de variations de la fréquence.
C'est une chose bien établie que la concentration fatigue et qu'on a parfois besoin de lever le nez et de changer d'activité.
Mais se vider la tête ?
Non décidément il ne s'agit pas de ça car si on a une activité avec une concentration
contenue, rien ne nous empêche de l'entrecouper avec une tâche administrative, par exemple.
Surtout, je ne peux pas m'empêcher de signaler que pour moi, rien n'est pire en quelque sorte que les vacances, avec cette étymologie de vide, d'acuité. Pourquoi les weekends me condamneraient-ils à faire des activités moins amusantes que celles qui m'amusent par dessus tout : la chimie ?
Je dois témoigner à mes jeunes amis que je me lève, quelle que soit la saison, entre 5 et 6h du matin... et je me mets à travailler parce que cela est très passionnant et que je n'arrive pas à m'en empêcher. Non pas en raison d'une quelconque compulsion maladive, mais bien plutôt, positivement, parce que mon activité est absolument passionnante, irrésistible.
Que la recherche scientifique est belle !