Et voici https://www.bnu.fr/fr/evenements-culturels/agenda-culturel/demain-la-cuisine-de-synthese
Hervé This
Ce blog contient: - des réflexions scientifiques - des mécanismes, des phénomènes, à partir de la cuisine - des idées sur les "études" (ce qui est fautivement nommé "enseignement" - des idées "politiques" : pour une vie en collectivité plus rationnelle et plus harmonieuse ; des relents des Lumières ! Pour me joindre par email : herve.this@inrae.fr
jeudi 3 avril 2025
Ah, l'égo !
Relisant des contributions d'un nombre notable de collègues, les unes à la suite des autres, je vois des titres d'intervention, des affiliations et des textes.
Oubliant les personnalités, je m'aperçois que ce sont les titres et les messages qui m'intéressent mais que je me fiche complètement de savoir la totalité des titres de mes amis : cela n'a aucun intérêt et je ne le lis même pas.
Au fond, c'est là une vraie leçon : mettons-nous dans cet état
d'esprit de découvrir des matières intéressantes, et oublions les
personnes qui les portent, au plus exactement, ayons de la
reconnaissance pour les personnes qui portent bien les matières, qui
nous éclairent, mais ne perdons pas de temps à ces détails biographiques
sans intérêt.
J'ajoute que pour de tel paragraphes biographiques, il y a des
possibilités de faire mieux que mal : par exemple, l'auteur pourrait avoir
comme objectif d'indiquer en quoi il est compétent pour que nous recevions le message qu'il
délivre. Et là, ce sont les fonctions
exercées qui comptent, dans la mesure où elles ont un rapport direct avec le
sujet qui est présenté. Par exemple, si l'on écoute un exposé sur la
méthodologie d'évaluation toxicologique en Europe, il n'est pas inutile
de savoir que la personne qui fait cette exposé connaît bien le sujet
dont il parle.
mercredi 2 avril 2025
Les questions de dénominations en science
Intéressant de bien comprendre qu'Antoine Laurent de Lavoisier a non seulement changé le nom des objets qu'il étudiait, mais que, de ce fait, il s'est donné la possibilité d'introduire un formalisme qui prenait le relais des nouvelles dénominations, et les supprimait en quelque sorte.
Avant Lavoisier, les chimistes nommaient les composés -surtout minéraux- avec des termes très poétiques, tels que vif-argent, sel d’yeux d’écrevisse, lune cornée, et cetera.
Avec ses amis, Lavoisier voulut dire la présence des "éléments" dans les composés, et c'est ainsi qu'ils ont proposé de parler plutôt de chlorure de fer ou de sulfure de zinc.
Au moins pour la partie minérale de la chimie puisque la partie organique n'est arrivée qu'après.
Mais le changement était essentiel : il devint alors possible de se poser la question de savoir combien les composés contenaient des éléments dont ils étaient formés.
Et c'est ainsi qu'il faut possible, ensuite, d'abréger le nom des éléments pour le remplacer par une ou deux lettres, des "symboles", assortis d'un nombre.
C'était le début d'un formalisme qui n'était pas un formalisme algébrique : le formalisme chimique écrivant la structure des composés, et qui s'ajoutait au premier.
La chimie est ainsi doublement formelle :
- par la représentation de ses objets
- par les calculs inhérents à toute science de la nature.
mardi 1 avril 2025
Une soutenance étonnante
Hier, dans une soutenance orale que j'organisais à l'université, j'ai demandé au groupe d'étudiants qui avaient assisté à une présentation orale d'un de leurs camarades s'ils avaient des questions, et je me suis étonné : ils n'en avaient pas.
J'ai donc moi-même interrogé l'étudiant qui venait de faire la soutenance et qui avait proféré des incongruités scientifiques : je lui ai demandé d'afficher des diapositives particulières où j'avais relevé des erreurs, et c'est alors que quelques étudiants ont dit "Ah, mais moi aussi j'avais des questions à ce propos". Pourquoi ne les ont-ils donc pas posées initialement ?
Comme je connais ce phénomène classique, je comprends maintenant qu'il vaudra mieux interroger les questions en leur montrant les diapositives problématiques.
lundi 31 mars 2025
Quand mangerons-nous enfin un bon cassoulet ?
Je m'aperçois que je n'ai pas discuté la question rationnelle du cassoulet et que d'autre part, j'en mange beaucoup de mauvais. Souvent l'analyse du mauvais révèle le bon a contrario. Le cassoulet est mauvais quand les haricots sont encore durs, ou quand ils sont complètement détaits. Souvent un cassoulet est mauvais quand le confit est sec et fibreux, ou quand la saucisse n'a pas de goût, qu'elle est mal faite, mal cuite. Souvent un cassoulet est mauvais quand son assaisonnement est insuffisant.
Comment alors obtenir des haricots bien cuits, un conflit tendre, une saucisse qui se tient, et un bon assaisonnement ?
Par le passé, on a tout cuit ensemble, haricots et viande : on mettait le cassoulet à cuire le matin, et il mijotait, plus ou moins régulièrement, jusqu'à soir, où on e consommait. On cuisait tout à la fois, haricots, viandes ; tout cela mijoté dans la "cassole" avec une croûte qui se formait par-dessus et que l'on enfonçait sept fois, disait-on.
Mais aujourd'hui, on peut faire mieux notamment à condition de ne pas vouloir reproduire des conditions qui conduisent à des résultats médiocres. Pourquoi, en effet, ne pas cuire séparément le conflit, la saucisse, l'ail, l'oignon et les haricots ?
Comme souvent, on a intérêt à faire revenir les oignons avec de la graisse, et il y aura peu d'intérêt d'ajouter l'ail a ce stade.
En revanche, pour avoir des gousses d'ail très tendres, on pourra les faire bouillir à part, dans un peu d'eau à couvert, afin de les avoir très tendres ; évidemment on conservera cette eau pour la cuisson des haricits. Ainsi les oignons et une partie de l'ail, on pourra donc ajouter des haricots, et cuire ces derniers jusqu'à l'à-point de cuisson.
Entre-temps, se posera la question du confit et des saucisses. Pour le confit, soit on achètera celui-ci de belle qualité et on se limitera à le réchauffer dans les haricots, soit on le produira soit même, mais à très basse température et pendant très longtemps, afin qu'il ait une parfaite tendreté mais également une belle jutosité.
Pour la saucisse, de même, on choisira un fournisseur qui saura faire la bonne proportion de maigre et de gras, et un hachage de bonne taille. On la fera sauter à part, pour lui donner du goût, et on l'ajoutera, de même, en fin de cuisson.
Et on n'oubliera pas de l'ail à nouveau, en fin de cuisson : celui-là sera divisé très finement.
Pour l'assaisonnement, on n'oubliera pas le laurier, mais peut-être aussi du thym, du romarin, force de poivre... Et évidemment on aura salé correctement.
Avec tout cela, il est bien certain que notre cassoulet aura beaucoup de
qualité... mais les sept peaux ? On pourra passer sous le grill en toute fin de travail, en évitant évitant un noircissement qui donnerait de l'âcreté.
dimanche 30 mars 2025
Une excellente copie : quel bonheur !
Alors que je corrige des copies d'un cours de gastronomie moléculaire que j'ai donné à l'université, j'arrive sur une copie tout à fait merveilleuse, d'une étudiante qui a fait un travail remarquable.
Cette année, le cours avait présenté ce que je nomme la méthode descendante d'analyse des phénomènes, cette méthode qui consiste à partir d'un phénomène macroscopique, puis à en chercher une interprétation microscopique, avant de chercher une interprétation au niveau supra moléculaire, puis au niveau moléculaire.
Je renvoie pour des explications au cours que je viens de publier à ce propos et je reviens à à ce devoir merveilleux que j'ai corrigé : l'étudiante qui devait faire une mini synthèse s'est livré ) cet exercice, mais en le structurant selon la méthode descendante, et elle a ainsi produit un texte parfaitement organisé, parfaitement structuré, parfaitement logique et qui montrait de surcroît que l'étudiant avait bien capté l'idée essentielle que je voulais transmettre cette année.
Inutile de dire que je lui ai donné une note excellente, et méritée
samedi 29 mars 2025
Acides aminés, peptides, polypeptides, protéines, dont le gluten
Je reçois des questions :
Si j'ai compris juste:
- peptides: de 2 à 10 acides aminés en chaînes, dans n'importe quel ordre, éventuellement plusieurs fois le même
- polypeptides: de 11 à ?, idem pour le reste
- protéines: à partir de 100, idem pour le reste
- gluten: composé de protéines de types gliadines (monomères) et gluténines (polymères)
Ma réponse est que cela n'est pas juste, et je vais donc expliquer pourquoi.
1. Tout d'abord, il n'y a pas d'acides aminés dans les peptides, ni dans les polypeptides, ni dans les protéines.
En effet, supposons que nous disposions de deux molécules d'acides aminés, identiques ou non, la réaction de "condensation" de ces deux molécules peut se faire de diverses façon, mais si elle forme une "liaison peptidique", engendrant un peptide, alors il y a des atomes qui sont perdus, de sorte que la molécule finale de peptide ne contient plus que des "résidus d'acides aminés", et pas des molécules d'acides aminés.
J'ajoute que, quand on cherche une définition de chimie, rien ne vaut le Gold Book de l'Union internationale de chimie et des applications de la chimie : https://goldbook.iupac.org/.
On y trouve :
Peptides: Amides derived from two or more amino carboxylic acid
molecules (the same or different) by formation of a covalent bond from
the carbonyl carbon of one to the nitrogen atom of another with formal
loss of water. The term is usually applied to structures formed from
α-amino acids, but it includes those derived from any amino carboxylic
acid.
https://goldbook.iupac.org/terms/view/P04479
2. Pour les polypeptides, la consultation de la même source indique :
Polypeptide : Peptides containing ten or more amino acid residues.
C'est donc 10 la limite, pas 11.
3. Pour les protéines :
Naturally occurring and synthetic polypeptides having molecular weights greater than about 10000 (the limit is not precise).
Cette fois, la notion importante est l'origine "naturelle", et les masses molaires supérieures environ à 10 000.
4. Pour le gluten, il y a un piège avec le mot "monomère", parce que, en biologie, cela désigne autre chose qu'en chimie.
Pour la chimie, un polymère est un composé dont les molécules sont des répétitions de résidus identiques ou différents, liés chimiquement. Mais pour la biologie, il y a des protéines faites de plusieurs brins associés, et ces brins sont nommés monomères, alors que, chimiquement, ces brins sont des polymères : la biologie ferait bien de changer sa terminologie.
Et pour avoir plus d'informations récentes sur le gluten, rien ne vaut une consultation de bases de données scientifiques, la recherche de publications récentes, telles que
Peter R. Shewry and Peter S. Bel. 2024. What do we really understand about wheat gluten structure and functionality?, Journal of Cereal Science 117 (2024) 103895.