On sait que je m'amuse de tout, tant la vie est belle (et que j'ai l'esprit d'un enfant, tourné aux jeux : je travaille avec le sérieux d'un enfant qui s'amuse).
Mais là, en particulier, je me suis amusé d'une discussion où l'on me tendait les mots curiosité, amour, créativité, innovation, respect, etc.
Je les ai donnés i ci dans le désordre, mais respect et amour étaient associés : on me les mettait face à des activités ou à des produits, alors que je ne peux avoir d'amour ou de respect que pour des personnes.
J'observe d'ailleurs que, dans le milieu culinaire, c'est un cliché que de dire que l'on respecte les produits... mais les respecte-t-on vraiment quand un met un poulet dans un four à la température de 200 degrés ? Quand on on snacke un poulpe jusqu'à jusqu'à ce qu'il soit croustillant et brun ? Quand jette des morceaux de pommes de terre dans de l'huile fumante ? Drôle de respect !
Quant à l'amour, je ne confond pas le fait d'aimer, d'apprécier quelque chose, et l'amour que je porte aux miens, par exemple.
Pour ce qui me concerne, d'ailleurs (et je réponds là une question que l'on me posait), mon attrait pour la chimie n'est pas de l'amour, mais une ardente fascination raisonnée pour l'activité scientifique, avec cette fascination pour l'adéquation incompréhensible, mystérieuse, des calculs avec les phénomènes, avec les phénomènes ! J'ajoute que cette fascination n'est pas un éblouissement, lequel, littéralement, correspond à ne plus rien voir tant la lumière est puissante.
Curiosité et créativité maintenant : voilà de ces mots avec beaucoup de syllabes dont je me méfie, tout comme je me méfie de ces injonctions qui les accompagnent : "soyez curieux", "soyez créatif"... "n'obéissez pas à mes injonctions"... On voit, avec la dernière, le paradoxe pointer son nez ; quand aux autres, je ne peux pas les recevoir, car je suis pragmatique. Eant, on m'enjoint d'être curieux... mais comment l'être ? S'il-vous-plaît, soyez plus précis, plus pratique ! On me demande d'être créatif : là encore, je voudrais bien mais que l'on m'indique quand même comment m'y prendre !
D'ailleurs, avec de tels mots (et surtout le second), il y a du fantasme, de la prétention... alors que je ne connais (et ne veux tendre à mes jeunes amis) que les promesses d'un travail acharné, lequel donne des idées, fait découvrir les beautés du monde.
Je propose de marcher énergiquement (travailler, donc), en observant le chemin que nous parcourons, et j'appose ces innombrables possibilités de découvertes au paresseux immobilisme qui me montre rien, qui ne donne pas les prémices des raisonnements que nous pourrions faire.
A propos de créativité, j'aime à donner l'exemple du musicologue Jean-Claude Risset, qui produisit une illusion musicale nommée escalier d'Escher musical : encore fallait-il connaître l'escalier d'Escher, puis être capable de transposer des idées visuelles en idée auditives.
Bref, autant j'aime les beaux mots, autant je déteste ceux qui trompent nos jeunes amis, qui les éblouissent au sens littéral du terme.
Hervé This
Ce blog contient: - des réflexions scientifiques - des mécanismes, des phénomènes, à partir de la cuisine - des idées sur les "études" (ce qui est fautivement nommé "enseignement" - des idées "politiques" : pour une vie en collectivité plus rationnelle et plus harmonieuse ; des relents des Lumières ! Pour me joindre par email : herve.this@inrae.fr
mardi 30 juin 2026
Ah, les mots à plus de trois syllabes ! Ah, les mots abstraits qui nous trompent !
lundi 29 juin 2026
On a bien raison de dire que les sources déterminent souvent la qualité des textes publiés
Il y a quelques décennies, quand wikipédia est arrivé, de nombreux professeurs d'école, de collège et de lycée se sont lamentés que les élèves recopient des âneries à partir des pages alors rudimentaires, parfois non référencées, du site.
Aujourd'hui, la même critique retentit à propos de l'utilisation de l'intelligence artificielle. Et, parallèlement, l'Internet fourmille de pages ou des textes farfelus, idiots, mensongers, erronés... que sais-je?
En tout cas, la question est toujours de faire le tri, d'être capable d'évaluer l'information que nous recevons en vue de la consulter.
Cela a toujours eu lieu et, notamment en matière d'édition : naguère il y avait - et il y a encore- des éditeurs ésotériques dont les publications étaient quasi certainement foireuses; et, à côté, il y avait -et il y a- des éditeurs soigneux, ayant une bonne réputation, qui s'évertuaient à publier des textes de qualité.
La réputation d'un éditeur, ou d'une source en général, est donc un début de garantie pour les lecteurs. Pas une garantie complète, bien sûr, car je me souviens d'un grand dictionnaire de gastronomie qui m'avait demandé de les aider à corriger leur ouvrage, mais qui, devant l'ampleur du travail nécessaire, a abandonné le projet au prétexte qu'il leur coûterait trop cher, continuant à republier les mêmes erreurs dans les rééditions du texte.
Au fond, cet éditeur médiocre a bien fait, parce que, de toute façon les définitions concernant les métiers du goût sont données en ligne, gratuitement, avec des références qui n'étaient absolument pas présentes dans le dictionnaire en question.
Oui, la qualité de l'éditeur, de la source, est un début de garantie et non pas une garantie complète. Oui, les travaux collaboratifs permettent de corriger progressivement des erreurs. Oui, utilisation intelligente de l'intelligence artificielle permet d'obtenir des informations qu'on n'aurait pas eu autrement, ou alors qu'on aurait eues plus lentement.
Mais finalement, il faudra toujours consulter des personnes qui ont fait le véritable travail, qui peuvent justifier de la qualité du travail qu'elles-mêmes on produit.
Le nom de l'auteur, sa réputation, le nom de l'éditeur, sa réputation sont un petit début... et, quand on consulte des sources, il y a lieu de faire un travail approfondi.
dimanche 28 juin 2026
L'IA ? Il faudra qu'elle progresse encore
Amusant : alors que je cherche à savoir qui, le premier, a recommandé
l'honnêteté dans les citations à des articles scientifiques, j'interroge
ChatGPT... qui me donne une référence que, évidemment, je veux
consulter.
Mais quand je lui demande la référence exacte, il me répond de façon très évasive qu'il s'est trompé et que la référence n'existe pas !
Les filets de volaille ne sont pas synonymes de suprêmes : il faut une préparation particulière pour qu'ils méritent ce nom
Parlant de "suprêmes" pour désigner des filets de volaille, j'étais bien ignorant !
Car je vois dans les livres classiques de cuisine des recettes de "suprême de filets de volaille", preuve que les filets ne peuvent être nommés suprêmes que quand ils sont traités... en suprêmes !
Plumerey, collaborateur et successeur de Marie Antoine Carême à la cuisine de Tayllerand, donne d'ailleurs une indication essentielle : « Ce suprême a reçu à juste titre le nom de la reine des entrées ; c'est une de celle qui, hors de France, ont contribué le plus à la réputation de la cuisine française. Jamais un seigneur étranger n'a pris un cuisinier français sans être assuré qu'il savait faire un suprême de filet de poulet ».
samedi 27 juin 2026
Je prends une leçon chaque fois que je relis un manuscrit dont je prépare la publication
Révisant un article, qui en est pourtant au deuxième aller-retour avec les rapporteurs, je m'efforce de faire très bien pour éviter de faire perdre du temps à mes collègues. Et je relis donc très soigneusement, très lentement...
Et je découvre que nous avons tous laissé dans le manuscrit de très nombreuses erreurs.
Pourtant nous avons lu attentivement, et à plusieurs puisque nous étions plusieurs auteurs.
Pourtant les deux rapporteurs et l'éditeur en charge du manuscrit ont été très soigneux, voire pointilleux.
Pourtant...
Je sais que je suis trop rapide, trop imprécis, trop brouillon, trop médiocre, et j'en passe, mais on ne peut pas me reprocher de ne pas vouloir faire de mon mieux.
D'autre part, je m'aperçois quand même que mes co-auteur n'ont pas fait mieux que moi.
En réalité, cela ne sert à rien de se lamenter et il faut surtout observer que, quel ce soit le texte, il reste des erreurs jusqu'à la publication et même après... malgré le travail collectif des auteurs, des rapporteurs, des éditeurs, des relecteurs de tout poil...
D'ailleurs, il ne faut pas trop s'en étonner, car chaque signe d'un article est une possibilité de se tromper avec un minimum de 25 erreurs possibles par signe.
Et plus les textes sont longs, plus ils sont en réalité difficile à produire de ce simple point de vue comptable.
Un point de vue probabiliste qui ne vaut pas grand-chose mais qui donne un ordre de grandeur.
Pour en terminer là, je constate surtout que chaque relecture d'un manuscrit, écrit par moi ou par d'autres, est une leçon que je prends, une invitation à être encore plus rigoureux, encore plus lent, encore plus précis, une invitation à relire et relire encore pour débusquer le plus d'erreurs possible.
Et une fois de plus, je remercie tous mes amis qui m'aident dans cette tâche difficile : co-auteurs, éditeurs, rapporteurs, collègues...
L'expression communauté scientifique mais pas rien.
vendredi 26 juin 2026
Alors que des amis me félicitent de présider le jury du prix Marius Lavet, pour l'Alsace :
jeudi 25 juin 2026
Qu'est-ce qu'une leçon ?
Qu'est-ce qu'une "leçon" ? Dépassons les idiosyncranies, oublions les acceptions que nous projetons, avec ou sans raison historique, et cherchons l'étymologie :
lectio « cueillette; lecture, texte; choix »
N'est-ce pas une belle chose ?