lundi 2 février 2026

La première fois

Dans ma famille, personne ne faisait de crème chantilly, et je me souviens de cet émerveillement que j'ai eu quand je l'ai vu faire pour la première fois, dans une bassine en cuivre, dans les cuisines d'un château en Bretagne.

Mais, surtout, il  a eu ce sentiment merveilleux que j'ai eu la première fois que j'ai produit moi-même une crème chantilly.

En disant cela, il ne s'agit pas de se taper sur la poitrine prétentieusement mais surtout d'observer combien il était étrange d'avoir ce sentiment de victoire alors que je n'avais fait que quelque chose de pourtant simple.

Car reprenons la chose deux. Il s'agit simplement :
-  de prendre un récipient un peu froid,
- de mettre de la crème, soit fleurette entière, soit épaisse et allongée d'un peu de lait pour avoir une consistance identique à celle de la crème fleurette

- de fouetter en introduisant autant d'air que possible, par un mouvement plutôt circulaire du fouet de bas en haut.

Ainsi, initialement, des bulles assez grosse apparaissent dans la crème ; puis on voit le fouet diviser ces grosses bulles tout en introduisant d'autres bulles un peu plus petites ; et, progressivement, on voit les bulles de plus en plus nombreuses, de plus en plus petite et, surtout on voit la consistance épaissir jusqu'à ce que le fouet laisse des traces permanentes dans la crème fouettée.

 Cette crème qui est fouettée a pour nom crème chantilly. Avec de bonnes crèmes et des matériels et ingrédients un peu froids, il suffit d'une vingtaine de secondes pour l'obtenir. Rien de plus simple donc !
 
Mais, alors, pourquoi cette fierté de la première crème fouettée ? Il me faut rapporter ici l'histoire vraie d'un ami, directeur d'une société de matériel électroménager, qui, ayant lu le chapitre d'un de mes livres, Révélations gastronomiques, avait voulu faire une recette, et reproduire cette crème chantilly. Et il m'avait téléphoné pour me dire que, avec le protocole que je décrivais, il n'avait pas réussi.
Dans notre conversation au téléphone, j'avais vérifié avec lui qu'il avait bien opéré conformément à mes indications ; j'avais vérifié dans mon livre que ces indications étaient justes,  suffisantes,  et comme nous n'avions pas compris la raison pour laquelle il ne réussissait pas sa crème chantilly, il décida de m'inviter à dîner chez lui pour que je lui montre comment faire.
Le jour dit, avant le dîner, dans sa cuisine, nous avons donc opéré comme je l'ai décrit plus haut et, après un certain temps, il obtint une crème chantilly... qu'il n'a pas reconnu comme telle, car elle ne ressemblait pas à ces crèmes chantilly en bombe dont il avait l'habitude !
En réalité, il obtenait bien la crème chantilly, mais il ne savait pas voir qu'il l'avait obtenue.

Cela se passait avant qu'apparaissent toutes ses vidéos sur Internet, qui facilitent la transmission. Mais là n'est pas mon point :  ce que je veux signaler ici, c'est ce sentiment merveilleux que l'on a quand on fait pour la première fois quelque chose qu'on n'a jamais fait auparavant.

Cela peut être tout aussi bien la production  d'une crème chantilly, ou la réalisation d'une mayonnaise, d'un oeuf dur, ou encore la réalisation d'une terrine, mais dans d'autres champs aussi il y a ce sentiment  :  en mathématiques, quand on résout pour la première fois une équation du second degré, quand on apprend l'extraction des racines carrées à la main, quand on maîtrise le calcul des primitives, notamment, quelques-unes dont la résolution demande une certaine élégance du calcul...

Et en chimie : le coudage d'un tube en verre, la production d'un composé organo-magnésien, la première extraction par Soxhlet...

Dans ces différents cas, la difficulté n'est pas grande mais elle est à notre portée, et c'est parce que nous avons la possibilité d'obtenir le résultat que nous sommes heureux :  tels  des enfants qui parviennent à gravir les premières marches d'un escalier, nous avons ce bonheur d'avoir réussi quelque chose.

Professeurs, nous devons penser qu'il y a lieu d'organiser les études de telle sorte que nos jeunes amis aient répétitivement ce sentiment de victoire qui les conduira pas à pas vers la réussite : sic itur ad adstra.

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