On sait bien que des procédés différents donnent des résultats différents. Ici, je propose de considérer pour commencer le cas de l'omelette soufflée.
L'omelette classique, c'est du blanc et du jaune mêlés, puis cuits. Dans cette recette, les protéines du blanc et du jaune, présentes dans la solution aqueuse obtenue par le mélange du blanc et du jaune, vont se lier lors de la cuisson pour former une sorte de filet, un réseau qui va emprisonner tout le reste c'est-à-dire essentiellement les molécules d'eau présentes et la petite quantité de matière grasse apportée par le jaune d'œuf.
J'aurais pu commencer en disant que le blanc d'oeuf, c'est 90 % d'eau et 10 % de protéines, tandis que le jaune, c'est 50 % d'eau, 15 % de protéines et 35 % de matière grasse. D'ailleurs je pourrais le dire différemment pour mieux expliquer: 90 % de la masse du blanc d'oeuf, soit 36 grammes pour un blanc de 40 grammes, résulte de la présence de molécules d'eau (environ 50 milliards de milliards de telles molécules), et le 4 grammes restant sont faits de molécules de protéines, comme des chaînes d'arpenteurs repliées en tas, les segments de ces molécules étant des "résidus d'acides aminés", et elles sont
évidemment faites d'atomes, essentiellement de carbone, d'oxygène, d'azote et d'hydrogène.
Passons maintenant à l'omelette soufflée.
Ma grand-mère faisait la sienne en battant en neige les blancs d'oeuf, séparés des jaunes, puis en ajoutant les jaunes à la masse, et en cuisant l'ensemble doucement.
Il y a une autre manière de faire, qui consiste à battre très longuement le mélange de jaunes et de blancs. Lors de ce travail, on voit la préparation prendre du volume (un peu moins que pour ma grand mère), et on voit aussi la préparation s'éclaircit, signe que le fouet introduit bien de
nombreuses bulles d'air. Ce que confirme le microscope.
Dans les deux cas on a la même composition, mais pas la même consistance, car la
deuxième omelette soufflée a des bulles beaucoup plus petite que la première, et la cuisson conduit à quelque chose de bien différent.
Génoise et gâteau de Savoie
C'est la même différence, évidemment quand on ajoute à cela de la farine, du beurre fondu et du sucre : dans le premier cas on obtient un gâteau de Savoie, et dans le second cas on obtient une génoise.
Oui, je sais : il y a le sucre, dont l'ajout change à la fois la fermeté des mousses, leur consistance et leur tenue, mais c'est du deuxième ordre d'importance.
Je préfère terminer en ajoutant que lors d'un séminaire de gastronomie moléculaire, nous avions cherché à savoir s'il était utile de chauffer le mélange de blancs et de jaunes, pendant la préparation des génoises.
C'est un professeur de pâtisserie d'une des meilleures écoles françaises qui a fait l'expérience sous ma direction, en public, et alors qu'il avait annoncé publiquement une différence terrible entre le procédé avec chauffage ou sans chauffage. Je crois avoir conservé le film où cet homme nous dit finalement, d'un air piteux, l'expérience faite, qu'il cesserait de dire -et d'enseigner !- que le chauffage était indispensable... car en réalité il ne l'était pas.
Rien ne vaut l'expérience, qui a raison contre toute autorité !
PS. Avez-vous déjà fait un soufflé avec la préparation d'une omelette soufflée seconde formule ?