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samedi 18 juillet 2026

Peser le feu

L'histoire de la chimie répète et répète encore cet épisode d'avant Lavoisier concernant la théorie phlogistique

Notamment promue par l'Allemand Georg Ernst Stah (1659-1734), la  théorie phlogistique, ou théorie du phlogistique, ou théorie du phlogiston, stipule que le feu aurait enlevé à la matière son "phlogistique", mais que ce dernier aurait été remplacé par du "feu pur" ou par "du feu chargé d'élément terreux".

S'il est exact que de la paille de fer se met à peser plus lourd quand elle est brûlée dans l'air, les progrès de la chimie moderne, et notamment les travaux d'Antoine Laurent de Lavoisier, ont bien montré que c'est moins par la soustraction du plogistique (et son remplacement par de la prétendue matière du feu) que par l'ajout d'atomes d'oxygène aux atomes de fer, formant l'oxyde de fer, plus lourd que le fer initial.

L'hypothèse phlogistique fut largement débattue à la charnière entre l'alchimie, sa partie non ésotérique nommée chymie, et la chimie à la fin du 18e siècle, et c'est finalement Lavoisier et ses collègues qui achevèrent de l'abattre, avec quelques résistances qui firent des échos pendant des décennies.

Pour comprendre d'où vient cette théorie qui fut pourtant adoptée par que quelques esprits brillants (preuve que la question n'était pas simple et qu'on aurait tort de se moquer), il y a lieu de se souvenir que la théorie encore plus ancienne des quatre éléments - la terre, l'eau, le feu et l'air- subsista pendant des siècles.

Je ne vais pas insister davantage sur l'histoire de la chimie, mais je veux simplement ici rapporter une petite découverte faite lors de la lecture des Propos de table de Martin Luther, précurseur du protestantisme : à  propos d'un personnage qui fait des choses inutiles, Luther écrivit qu'il "mesure le vent à la cuiller ou pèse le feu sur une balance'.

Ces expressions étaient manifestement courantes, notamment dans ce qui est devenu l'Allemagne, où oeuvrait Stahl, de sorte que l'on  voit  que la sagesse populaire avait déjà dénoncé par anticipation les fantasmagories phlogistiques,  et, a contrario, l'audace de Lavoisier, qui véritablement pesa non pas le feu, mais son résultat, sur une balance de précision.

De sorte qu'il sera bien de ne pas oublier, dans les interprétations historiques du développement de la chimie, de considérer ce fait important et d'en chercher d'autres manifestations

mardi 23 juin 2026

Par anticipation, Martin Luther avait dénoncé la théorie phlogistique de Georg Stahl.

Stahl était alchimiste allemand qui avait proposé la théorie phlogistique, ou théorie du phlogiston, pour expliquer pourquoi les métaux calcinés dans l'air pèsent plus lourd que le métal initial : il avait imaginé que le feu leur enlèverait une matière nommée phlogiston dont la masse aurait été négative, de sorte que si on enlève une masse négative, c'est comme si on ajoutait une masse positive.

Le grand Lavoisier combattit cette théorie et montera que, lors de la calcination d'un métal dans l'air, l'oxygène se fixe sur le métal pour former un oxyde : la masse de l'oxygène s'ajoute à celle du métal.

Je trouve dans les Propos de table de Martin Luther une phrase amusante qui condamne Georges Stahl par anticipation, notamment quand Luther se moque de ceux qui cherchent "à  mesurer le vent à la cuillère ou à peser le feu sur une balance.

Je me demande s'il n'y a pas lieu de reconsidérer l'histoire de la théorie phlogistique à l'aune de cette expression qui était alors populaire.