Il y a quelques décennies, quand wikipédia est arrivé, de nombreux professeurs d'école, de collège et de lycée se sont lamentés que les élèves recopient des âneries à partir des pages alors rudimentaires, parfois non référencées, du site.
Aujourd'hui, la même critique retentit à propos de l'utilisation de l'intelligence artificielle. Et, parallèlement, l'Internet fourmille de pages ou des textes farfelus, idiots, mensongers, erronés... que sais-je?
En tout cas, la question est toujours de faire le tri, d'être capable d'évaluer l'information que nous recevons en vue de la consulter.
Cela a toujours eu lieu et, notamment en matière d'édition : naguère il y avait - et il y a encore- des éditeurs ésotériques dont les publications étaient quasi certainement foireuses; et, à côté, il y avait -et il y a- des éditeurs soigneux, ayant une bonne réputation, qui s'évertuaient à publier des textes de qualité.
La réputation d'un éditeur, ou d'une source en général, est donc un début de garantie pour les lecteurs. Pas une garantie complète, bien sûr, car je me souviens d'un grand dictionnaire de gastronomie qui m'avait demandé de les aider à corriger leur ouvrage, mais qui, devant l'ampleur du travail nécessaire, a abandonné le projet au prétexte qu'il leur coûterait trop cher, continuant à republier les mêmes erreurs dans les rééditions du texte.
Au fond, cet éditeur médiocre a bien fait, parce que, de toute façon les définitions concernant les métiers du goût sont données en ligne, gratuitement, avec des références qui n'étaient absolument pas présentes dans le dictionnaire en question.
Oui, la qualité de l'éditeur, de la source, est un début de garantie et non pas une garantie complète. Oui, les travaux collaboratifs permettent de corriger progressivement des erreurs. Oui, utilisation intelligente de l'intelligence artificielle permet d'obtenir des informations qu'on n'aurait pas eu autrement, ou alors qu'on aurait eues plus lentement.
Mais finalement, il faudra toujours consulter des personnes qui ont fait le véritable travail, qui peuvent justifier de la qualité du travail qu'elles-mêmes on produit.
Le nom de l'auteur, sa réputation, le nom de l'éditeur, sa réputation sont un petit début... et, quand on consulte des sources, il y a lieu de faire un travail approfondi.
Ce blog contient: - des réflexions scientifiques - des mécanismes, des phénomènes, à partir de la cuisine - des idées sur les "études" (ce qui est fautivement nommé "enseignement" - des idées "politiques" : pour une vie en collectivité plus rationnelle et plus harmonieuse ; des relents des Lumières ! Pour me joindre par email : herve.this@inrae.fr
lundi 29 juin 2026
On a bien raison de dire que les sources déterminent souvent la qualité des textes publiés
jeudi 14 août 2025
Justice et honnêteté dans les citations
Qui citer ? Un ami qui me soumet un manuscrit cite des livres de vulgarisation dans un texte universitaire. Je lui fait remarquer que les auteurs qu'il cite sont des compilateurs, de surcroît, mais mon ami me répond que les textes qu'il cite sont ceux dont il a tiré l'information qu'il utilise pour son propre texte, et que c'est donc justice que de citer ces personnes. A-t-il raison ?
Non
Oui, c'est justice de citer quelqu'un que l'on cite... mais pour ce qu'il a apporté, et non pas pour ce qu'il a rapporté. Un r qui fait toute la différence.
Car c'est injustice de ne pas citer ceux qui sont à l'origine des travaux cités par les compilateurs. Et dans la mesure où les scientifiques paresseux -disons "rapides", pour être charitable- citent beaucoup plus les reviews, synthèse, compilation, œuvres de vulgarisation que les travaux princeps, on finit par n'avoir que les compilateurs cités, ce qui est parfaitement anormal.
L'injustice s'entérine... d'autant qu'il y a aussi une injustice à créditer les compilateurs de travaux qu'ils n'ont pas faits.
Car que cite-t-on : les textes des compilateurs, ou les données compilées ? Là est la première question que l'on aurait dû poser, et la réponse montre qu'il faut citer les travaux originaux.
D'autre part, ce n'est pas une bonne pratique de partir de textes -notamment les compilations- quand ils ne sont pas parfaitement récents, et non pas pour montrer à tous que l'on fait sa bibliographie, mais surtout parce que les travaux récents font des révisions scientifiques utiles : c'est l'état de l'art, et tout travail plus ancien, qui aurait été révisé, ne doit donc pas être cité.
D'autant que les articles récents, qui paraissent plus souvent que les reviews,synthèses ou compilations, sont publiés plus fréquemment, et sur des points plus précis. De surcroît, si ces articles sont bons, ils auront fait une exploration bibliographique serrée, et qui aura plus d'acuité que celles des compilations.
D'où la conclusion : quand on cite des travaux, il faut citer directement ceux qui en sont les auteurs, et les auteurs de révisions de ces résultats. Pas les textes intermédiaires, et encore moins les compilations !
Mais évidemment, cela demande beaucoup de travail, alors que mon ami se reposait paresseusement sur les reviews, synthèses, compilations... qui lui évitaient toute la recherche.
Mais je finis charitablement : c'était sans doute moins de la paresse que de l'ignorance des règles de bonne pratique scientifique.
Références
Une citation qui m'a servi : Penders B (2018) Ten simple rules for responsible referencing. PLoS Comput Biol 14(4):e1006036. https://doi.org/10.1371/journal.pcbi.1006036
Un article important, parce qu'il dit bien que citer, c'est quand même avoir un regard critique : Nature Genetics. Neutral citation is poor scholarship. Nature Genetics. 2017; 49:1559. https://doi.org/10.1038/ng.3989 PMID: 29074946
Un article "bonnes pratiques" : Carol Anne Meyer, Reference accuracy: best practices for making the links, The Journal of Electronic Publishing, 11(2), 2008, DOI: http://dx.doi.org/10.3998/3336451.0011.206