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mercredi 8 avril 2026

A propos de sauce gribiche

Je reçois une question :

 

Je souhaiterais savoir si vous avez écrit sur la sauce gribiche.

Je me questionne sur le comportement physique du jaune d’œuf cuit par rapport au jaune d’œuf cru et la  difficulté à monter une gribiche au-delà d’un certain volume d’huile ;

Au plaisir de vous lire.

 

Et je réponds : 

Merci de ce message. Je vois dans le Glossaire des métiers du goût  à propos de la gribiche :
(Favre) Sorte de rémoulade fait de jaunes d'oeufs cuits, moutarde de Dijon, sel, poivre  et huile d'olive fine. Quand la sauce a pris l'aspect d'une sauce rémoulade, y ajouter du vinaigre, de l'estragon et du cerfeuil hachés et des câpres nonpareilles. On y ajoute aussi un peu de Worcestershire-sauce et l'on sert la sauce pas trop corsée.
 
Et j'ai également écrit ceci, dans ma série de textes terminologiques : https://nouvellesgastronomiques.com/la-sauce-gribiche/
 
Je m'explique la différence entre oeuf cuit et oeuf cru de deux façons principales :
- pour introduire de l'huile, dans une émulsion, il faut une phase aqueuse liquide suffisante (plus de 5% en volume environ). Or la coagulation du jaune engendre un/des gels, où l'eau est piégée dans le réseau solide des protéines, et pas disponible pour accueillir les gouttes d'huile
- si les protéines sont engagées dans le réseau, elles ne sot pas libres de tapisser les gouttes d'huile
 
Ce sont là des hypothèses, que l'on pourrait tester.
 
De surcroît, à ce jour, je me demande si la mayonnaise ne serait pas quand même du type émulsion de Ramsden, (méta) stabilisée  par ces particules que sont les granules du jaune d'oeuf. 
Orgranules sont engagés dans le gels, là encore ils perdraient leur capacité. 
 
Une expérience à faire serait de monter une gribiche, et, quand on atteint le maximum, d'ajouter de l'eau pour voir si l'on peut aller plus loin... comme j'avais fait quand, dans mon émission Côté cuisine/côté labo, j'avais monté 60 litres de mayonnaise avec un oeuf.


 

mardi 27 mai 2025

Cinq pour cent de phase continue dans les émulsions

Oui, il faut environ 5 de phase continue pour former une dispersion telle qu'une émulsion. 

Les dispersions colloïdales sont fréquences en cuisine : ce sont les mousses, les suspensions, les émulsions... Dans tous ces cas, il y a une phase dispersée dans une phase continue. Une phase continue, cela signifie que l'on peut aller du haut en bas, de droite à gauche et d'avant en arrière en restant toujours dans la même phase :  cette phase peut-être un gaz, un liquide, un solide. 

Les phases dispersées, elles, sont... dispersées, c'est-à-dire discontinue. Par exemple, dans une émulsion,  il y a des gouttelettes d'huile dispersées dans une solution aqueuse ou l'inverse. 

Pour commencer,  pensons que les structures dispersées sont comme  des sphères dans une boîte, ou des oranges sur un étal de marchand des quatre saisons. Avec des sphères qui seraient toutes de la même taille, la détermination de l'empilement le plus compact est un vieux problème mathématique et l'on sait calculer qu'il faut un minimum d'environ  30 pour cent de phase continue, entre les sphères. C'est ce que l'on nomle l'empilement compact. 

Mais pour des émulsions telles que la mayonnaise, par exemple, d'une part les gouttelettes d'huile ne sont pas des sphères, et, d'autre part elles ne sont pas toutes de la même taille. 

Or on comprend facilement que l'on puisse mettre plus de sphères s'il y en a de grosses et de petites : avec les grosses, faisons un empilement compact, puis plaçons les petites dans les espaces laissés par les grosses sphères. Mathématiquement, si l'on dispose de sphères de toutes les tailles voulues on peut emplir l'espace entièrement  : c'est le problème de la baderne d'Apollonius, du nom d'un mathématicien de la Grèce antique. 

De même, avec des objets dispersés qui peuvent se déformer on comprend, en caricaturant, que s'ils forment des cubes, l'empilement est complet. 

 

Toutefois en pratique, on comprend qu'il faille une certaine épaisseur de phase continue entre des sphères voisines ou même entre des sphères déformées. Par exemple, si deux gouttes d'huile venaient au contact, elles fusionneraient. Au minimum, il faut une couche de molécule qui sépare les gouttes d'huile. Ce serait très instable. Pensons à environ 5 pour cent de phase continue.

Cela a des conséquences culinaires, et notamment pour des sauces émulsionnées chaudes, pour lesquelles la solution aqueuse s'évapore progressivement, quand elles restent sur le coin du fourneau avant le service : une cause de ratage des hollandaises, béarnaises, par exemple (certes, ce sont plutôt des suspensions que des émulsions, mais il faut quand même que la matière grasse y soit émulsionnée).