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dimanche 1 mars 2026

Attention : mots piégés dans les textes de chimie anciens

 Quand il s'agit d'histoire de la chimie, il y a lieu de ne pas être naïf ou ignorant, parce que, avant 1860 (et même jusque vers 1950),  les mots atomes ou molécules n'avaient pas le sens qu'on leur donne aujourd'hui.
Il y a des pièges à presque chaque mot : au 19e siècle, la soude n'était pas notre hydroxyde de sodium NaOH, mais du carbonate de sodium. L'acide margarique n'était pas cet acide carboxylique à 17 atomes de carbone que nous désignons plus justement sous le nom d'acide heptadécanoïque, les mots albumine, chlorophylle, lécithine, tanins, collagène, pectine, chitine, etc. désignent tout autre chose que ce qui est mieux défini aujourd'hui par l'Union internationale de chimie.
Ne pas confondre !

samedi 28 février 2026

Un grand merci aux rapporteurs

L'évaluation par les pairs : un privilège ! 


Il faut le dire et le redire :  l'évaluation par les pairs n'est pas une sanction, mais une un cadeau que nous font nos collègues.

Discutant avec des amis scientifiques, je les entends régulièrement se plaindre des rapporteurs de leurs manuscrits, et je suis en profond désaccord avec eux. Ils voient les commentaires des rapporteurs comme des critiques, alors que je les vois plutôt comme de belles possibilités.

Un rapporteur, c'est un scientifique qui accepte de prendre sur son temps pour lire un manuscrit et le commenter, l'analyser de façon critique, en vue d'aider les auteurs à améliorer leur texte jusqu'au point où il est publiable, c'est-à-dire jusqu'au point où les auteurs seront assurés de ne pas avoir honte d'avoir publié l'article plus tard.

C'est beaucoup d'intelligence et d'expertise mises en oeuvre, beaucoup de temps passé à analyser, à commenter : un beau cadeau, je vous dis.

Certes, certains rapporteurs outrepassent un peu leurs prérogatives, font parfois des commentaires un peu désobligeants, mais cela n'est pas important : la seule chose qui compte, c'est que cette analyse permet aux auteurs d'améliorer leur texte.

De sorte que les auteurs doivent être très reconnaissants à leurs collègues de les avoir ainsi aidé.

A contrario, un manuscrit insuffisamment commenté par les rapporteurs, c'est une occasion perdue d'améliorer l'article. Une erreur qui n'aurait pas été signalée subsistera, une  formulation imprécise restera à jamais.

De même que nous devons passer beaucoup de temps à améliorer nos manuscrits, à les relire et les relire encore, nous devons profiter absolument des commentaires de nos collègues qui évaluent nos manuscrits.

Je ne dis pas que les rapporteurs ont toujours raison mais en tout cas, quand il font un commentaire, il y a certainement lieu d'en tenir compte pour effectuer des changements, soit que ces changements aillent dans le sens des commentaires effectués, soit qu'il aille ils aillent dans un autre sens.

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont accepté par le passé de rapporter mes articles !

vendredi 27 février 2026

Une expérience pour comprendre la tendreté des aliments

 
Il y a une expérience que je recommande à tous les cuisiniers et qui consiste à réfléchir à la dureté des steaks trop durs et à la tendreté des oeufs cuits sur le plat. 

Une viande, c'est 20 % de protéines pour 70 % d'eau et 10 % de gras. Quand on cuit une viande, la masse peut devenir très dure (une "semelle") quand on la coagule entièrement, en poursuivant la cuisson au-delà du saignant. 

Pour un blanc d'oeuf, maintenant, c'est seulement 10 % de protéines et 90 % d'eau. Et quand on cuit un blanc d'oeuf, on obtient un blanc d'oeur dur... mais plus tendre qu'une viande bien cuite : c'est qu'il y a moins de protéines pour coaguler. 

Or il faut se souvenir d'un ordre de grandeur : pour coaguler une masse, il suffit environ de 5 % de protéines dans de l'eau. 

 

D'où l'expérience que je propose de faire, et de montrer à tous les apprenants en cuisine.

 1. On part de 5 cuillerées de protéines de blanc d'oeuf et de 5 cuillerées d'eau : on a donc environ 50 % de protéines et 50 % d'eau. 

2. On met une partie de cette pâte dans un verre. 

3. Et l'on détend le reste avec un même volume d'eau : on obtient alors une solution à environ 12 pour cent de protéines 

4. On en met une partie dans un verre. 

5. Et l'on détend le reste avec autant d'eau, pour faire une préparation à environ 6 pour cent de protéines. 

6. On en met dans un verre, puis on détend avec autant d'eau, afin de passer au dessous de la barre des 5 % de protéines. On met dans un verre. 

7. Puis on cuit toutes les préparations ensemble, dans un four à micro-onde, jusqu'à voir les volumes gonfler : c'est le signe que l'eau s'évapore, et, donc, que la température a atteint les 100 degrés, où l'on est certain que les protéines ont coagulé. 

8. On observe, alors, et l'on voit que plus les protéines sont abondantes, plus les masses sont dures. 

Il faut bien dire que, dans tous les cas sauf le dernier, on a donc un "gel" : il y a de l'eau qui ne coule pas, piégée par les protéines. 

D'ailleurs il faut rappeler à ce propos que l'essentiel de ce que nous mangeons classiquement se présente sous la forme de gels : un légume, c'est de l'eau piégée dans le solide qu'est le légume, qu'il s'agisse d'une carotte, d'une feuille de salade, d'un navet, etc. ; une viande aussi est un gel car la viande ne coule pas. 

Et l'on comprend finalement que l'on peut parfaitement ajuster la tendreté ou la fermeté d'un gel en réglant la quantité de protéines. Ce n'est pas la seule possibilité, mais l'information est particulièrement utile, quand on fait des quenelles, par exemple, qui doivent être prises et ne pas se défaire quand on les poche. On se référera à un autre billet ou je rappelle combien l'usage des protéines est utiles pour qui veut vivre en cuisine moins rustiquement qu'au Moyen-Âge !

jeudi 26 février 2026

Un gâteau mousse : en quelques secondes

 
Dans nos travaux de cuisine note à note effectués avec des chefs étoilés, lors de la formation pratique chez Julien Binz, à Ammerschwihr, nous avons notamment préparé une sorte de brioche, qui se fait en quelques instants au four à micro-ondes. 

Pour faire cette préparation, que certains nomment un sponge cake, mais que je propose plutôt de nommer un "gâteau mousse", nous avons mélangé de l'eau, des protéines, de l'amidon, un peu de gomme xanthane. 

Nous avons alors obtenu une pâte que nous avons mise dans un siphon ; nous avons foisonné dans un verre et quand ce verre est passé au four à micro-ondes, l'eau s'est évaporée ce qui a fait souffler la préparation ; chauffé, l'amidon s'est empesé, tandis que les protéines qui coagulaient stabilisaient la masse. 

Un tel système est tout à fait analogue à un soufflé, pour lequel on a également de l'eau, de l'oeuf et de la farine. Dans la formation note à note, nous n'utilisions pas d'oeuf, mais de la poudre de blanc d'œuf, c'est-à-dire des protéines de blanc d'oeuf, pas de farine, mais de la maïzena (dans un souci d'être bien "note à note"). 

On aurait pu ajouter sans difficulté de la matière grasse, qui aurait donné un peu plus de moelleux, et l'ajout de gomme xanthane est facultatif. Mais je suis passé, plus haut, un peu rapidement sur le goût de nous avions décidé de donner, car il était très facile de le mettre : du glucose, éventuellement du saccharose (du sucre de table), du monoglutamate de sodium, du sel, et des composés odorants, de la couleur. Mais c'est si facile à faire que cela n'avait guère d'intérêt d'insister !

mercredi 25 février 2026

Je comprends à l'instant que la pratique classique de donner les 'matériels et les méthodes" est idiote car il est insensé de se mettre en route si l'on ne fait pas la destination que l'on veut atteindre

J'insiste un peu sur cette métaphore que le fais dans le titre de ce billet, afin de bien me faire
comprendre : si je pars de chez moi et que je ne sais pas que je vais aller à Colmar, la probabilité que j'y arrive est nulle ; je risque d'aller à Marseille, à Brest, à Bordeaux, à Berlin, à Singapour...

Bref, je ne peux me rendre quelque part que si j'ai clairement défini ce quelque part : appelez-le destination, objectif, c'est la même chose.

Et c'est bien le choix de la destination qui détermine le chemin, ce que certains nomment "méthode", en faisant une petite erreur terminologique sur laquelle nous revenons plus loin.

Par exemple, si j'ai choisi d'aller à Dublin, il faudra sans doute que, partant de Paris, je prenne le REF pour aller à Roissy, puis un avion, puis un bus. Pour aller à Strasbourg, il me faudra un métro, un train. Et ainsi de suite.

Je conclus : il faut absolument que la destination soit claire avant de choisir le chemin,  il faut que l'objectif soit bien défini si on veut avoir une chance de l'atteindre.

Je reviens maintenant à nos travaux scientifiques : ce n'est pas le matériel utilisé qui peut nous faire atteindre nos objectifs, mais plutôt l'inverse.
Ce n'est pas parce que j'ai un thermomètre à portée
de la main je dois mesurer une température pour étudier un problème où la température n'a aucune influence.

Et c'est parce que l'objectif aura été bien analysé que je pourrais non pas chercher une méthode, mais mettre en oeuvre une méthode : la "méthode", c'est le choix du chemin.

Et quand j'aurai choisi le chemin, la "démarche", alors je pourrai choisir les matériels, d'analyse, produits, solvants, consommables variés.

Le changement d'ordre, avec Méthode et matériels, est essentiel : il doit s'imposer dans nos articles scientifiques, dans nos présentations orales...

Et j'observe que ces réflexions font suite à la publication d'un article où j'avais déjà proposé de changer une expression convenue et insensée :
Hervé This. Articles de résultats, articles d’interprétations : des modes nouveaux de publication des résultats scientifiques. Notes académiques de l’Académie d’agriculture de France, 2026, 21 (2), pp.1-5.

Bref, il y a mieux de bien penser à ce que l'on dit avant de se mettre à parler ou à écrire

Si un de vos plats est trop acide

 
Il y a quelques jours, nous avons travaillé avec des cuisiniers sur des réalisations de cuisine note à note, et je me suis aperçu que l'on n'avait pas suffisamment expliqué comment désacidifier une sauce trop acide. 

Commençons par une expérience, qui consiste à mettre un peu de vinaigre dans un verre : quand on goûte (très peu !), c'est évidemment effroyablement acide. 

Si nous ajoutons maintenant une pincée de bicarbonate, ce que les chimistes nomment de l'hydrogénocarbonate de sodium, alors on voit une gousse se former. 

Si nous ajoutons encore une pincée de bicarbonate, une mousse apparaît encore, et ainsi de suite jusqu'à un moment où il n'y a plus de mousse. 

Si nous goûtons le liquide à ce stade, nous percevons une saveur salée : c'est que l'acide acétique de vinaigre a réagi avec le bicarbonate pour libérer un gaz, le dioxyde de carbone, tandis que le bicarbonate apportait des ions sodium, les mêmes que dans le sel de table habituel, qui est du chlorure de sodium. 

Quand la réaction est terminée, c'est-à-dire quand il n'y a plus de bulles, l'acide est neutralisé, ce que signifie que la solution n'est plus acide. 

Si maintenant on ajoute encore du bicarbonate, alors il n'y a plus de mousse, et l'on obtient une solution que l'on dit être basique, c'est-à-dire le contraire d'acide. Personnellement je n'aime pas le goût des solutions basiques, savonneux, et je préfère un peu d'acidité. 

 

Mais il est vrai que parfois, nos préparation culinaires sont trop acides pour nos convives, et nous voudrions donc les voudrions moins acides. L'expérience initialement décrite montre que l'on peut désacidifier au bicarbonate : on en ajoute en goûtant jusqu'à ce que l'on soit satisfait du résultat. 

Ces expériences me rappellent quand j'étais enfant et quand j'emportais à l'école ce que je nommais de la limonade en poudre : un mélange d'acide tartrique, de bicarbonate et de sucre ;il suffisait d'ajouter de l'eau pour avoir une effervescence comme dans une limonade... mais on voit que c'est là une autre histoire, même si la réaction chimique est la même.

C'est en ligne : à propos de la sauce wöhler

Sur YouTube une  vidéo consacrée à  la sauce Wöhler (17 minutes) :
https://youtu.be/dMaHiisfuA4?si=4pbJ9GwQU5oDXvL4




mardi 24 février 2026

Des gels aux gels divisés ou aux debyes

 Je ne suis pas sûr d'avoir assez bien expliqué combien il était facile de faire des préparations onctueuses, à partir de gels que l'on transforme ensuite. 

Considérons par exemple une casserole où nous mettons un peu d'eau et environ 5 % en masse d'agar-agar. L'agar-agar se présente sous la forme d'une poudre blanche ; c'est un produit extrait de certaines algues, qui a la propriété de gélifier un liquide quand on chauffe : pour obtenir un gel d'agar-agar, il suffit de porter l'eau additionnée d'agar-agar à ébullition, puis de refroidir. En quelques instants, on obtient un gel. 

C'est un gel bien différent des gels de gélatine ou de pectine : ni mieux, ni moins bien, mais différent, cassant. Ce gel d'agar-agar peut évidemment être consommé tel quel, si l'eau initialement utilisée à du goût, mais on peut aussi le transformer. Par exemple, on peut le passer à travers une passoire pour obtenir un gel divisé, plus souple. 

Ou encore, en faire un "debye", en le mixant soit avec une solution aqueuse, soit avec une huile. Et, pour ce dernier cas, je recommande évidemment les recettes de mon livre Inventions culinaires/gastronomie moléculaire. 



lundi 23 février 2026

A propos de "chocolat chantilly"

 
Un ami qui vit aux Etats-Unis me félicite pour la publication, par le New York Times, de ma recette du "chocolat chantilly", et il m'interroge à propos du chocolat qu'il faut utiliser.
Répondons-lui, en expliquant bien les tenants et les aboutissants.

Commençons par dire qu'il n'y a pas de crème chantilly, dans cette préparation que j'ai inventée en 1995 : c'est seulement que le procédé de confection de la crème chantilly est utilisé pour la réalisation d'une mousse "de" chocolat, plutôt que d'une mousse "au" chocolat.
Car oui, on part de chocolat que l'on "foisonne" (ce mot signifie : faire mousser). L'idée est de faire d'abord une "émulsion de chocolat", en chauffant du chocolat avec de l'eau : la matière grasse du chocolat fond, pendant que le sucre du chocolat se dissout dans l'eau.
Et l'on obtient donc une dispersion de microscopiques gouttelettes de matière grasse dans l'eau. Puis on fouette cette émulsion en la refroidissant : en pratique, on pose la casserole dans de l'eau froide ou sur des glaçons (pour aller plus vite), et l'on fouette en cherchant à introduire des bulles d'air. On voit d'abord de grosses bulles d'air, puis des bulles plus petites ; puis la couleur s'éclaircit (parce qu'il y a de nombreuses bulles d'air invisibles) ; et, enfin, le fouet laisse des traces qui subsistent dans la masse, signe qu'il faut s'arrêter de fouetter.
C'est donc tout simple !

Mon ami me demande des proportions ? Pour le chocolat chantilly, il faut prendre 225 de chocolat à croquer (le plus ordinaire possible) pour 200 g d'eau : ce qui compte, c'est la proportion eau/graisse, comme dans la crème. Le sucre, lui, se dissout dans l'eau et il ne change guère le résultat... sauf en termes de goût.

Une bien triste nouvelle

J'apprends le décè de mon collègue Jean-François Thibault, ayant ignoré qu'il  ait été si malade pendant ces dernières années. 

Nous perdons une personnalité remarquable à plusieurs titres. 
 

Tout d'abord, il était LA grande référence en matière de pectines, mais son savoir débordait largement ce champ. 

Et il  a fait immensément pour l'Inra, à Nantes, et bien au delà aussi : je n'oublie pas qu'il avait été moteur pour créer le Pôle Science & Culture Alimentaire des Pays de la Loire, grâce à son réseau, son énergie, son intelligence... et ses qualités humaines, qui étaient exemplaires !  

Quelle triste nouvelle !

dimanche 22 février 2026

Ne confondons pas

Ce matin, j'ai dû réviser  une page wikipédia, parce que la recherche de "cuisine moléculaire" arrivait sur "gastronomie moléculaire"... ce qui n'a rien à voir.

 Voici ce qui a été mis :
 
 Cuisine moléculaire
 A bien distinguer de la "gastronomie moléculaire" (qui est une discipline scientifique), la cuisine moléculaire est une forme de cuisine qui se définit par l'emploi de matériels venus des laboratoires de chimie, de physique, de biologie.
 Elle a été introduite depuis le début des années 1980, notamment quand Nicholas Kurti a proposé l'emploi du vide, ou quand Hervé This a proposé l'emploi de systèmes de foisonnement (pompes, siphons), d'émulsification (sondes à ultrasons), de filtration (ampoules à décanter, frittés de laboratoire), de broyage (broyeurs à billes), de distillation (évaporateurs rotatifs, avec ou sans piège froid), de chauffage (thermocirculateurs).
 Fut aussi introduit l'emploi de l'azote liquide (Peter Barham, Hervé This, Nicholas Kurti) et, surtout l'ajout de divers gélifiants (alginates, carraghénanes, gommes de guar, caroube, xanthane, etc.).

Philippe Conticini (La Table d'Anvers, Paris), Raymond Blanc (Le manoir des quatre saisons, Oxford) ou Ferran Adria (El Bulli, Espagne) furent parmi les premiers cuisiniers à utiliser ces techniques qui se sont rapidement popularisées.
 Le nom de "cuisine moléculaire" a été donné en 1999 par Hervé This, pour éviter la confusion avec la gastronomie moléculaire.

samedi 21 février 2026

Les croyances populaires tiendraient leur véracité de leur ancienneté ? Voilà une idée bien fausse !

Lu dans un livre de contes et légendes :

"Les esprits forts qui aiment utiliser le mot de superstition en parlant des croyances populaires feraient bien de constater que ce qu'ils appellent la superstition, et que nous préférons appeler quête de l'irrationnel se retrouve dans toutes les couches sociales de la population. La cause principale de ces phénomènes n'est pas l'ignorance, comme le pensent ces descendants des philosophes du siècle des Lumières. Si les croyances populaires ont gardé une certaine vitalité, c'est parce qu'elles apportent une réponse à des questions vitales que les hommes se posent. A notre avis, à la base de nombreuses croyances populaires, il y a l'angoisse de l'homme"

 

Désolé, mais quand même : je n'oublie pas Cyrano de Bergerac, qui disait déjà : "Je n'ai pas connu d'histoire de sorciers qui n'ait eu lieu à plus de 400 lieues de là", ou bien "A beau mentir qui vient de loin".

Oui, il faudra me montrer les effets prétendus, et il m'en faudra des preuves solides ! Entre les "médecines" parallèles, l'homéopathie, les prétendues influence de la lune, etc, je n'oublie pas que, en cuisine, toutes les prétentions de ce type ont été réfutées. Il faut répéter que la panacée n'existe pas, que la pierre philosophale non plus, que la Terre n'est pas plate, que la pensée magique est un fantasme...  et l'on aura intérêt à se demander quel... intérêt (financier, idéologique, etc.) nos interlocuteurs ont à prétendre des choses exorbitantes.

Pour en terminer avec cette affaire, j'observe la très mauvaise rhétorique de l'auteur que je cite ici : le fait que des superstitions soient "dans toutes les couches de la population" ne prouve pas que ce ne soient pas des superstitions !
Quant à l'analyse que fait notre homme des causes des croyances infondées, pourquoi pas... mais cela n'établit pas les faits ! Que l'être humain veuille ou non se rassurer n'empêchera pas que la Terre est ronde, et non pas plate. 

Mais, surtout, cette observation de l'angoisse n'a rien à voir avec la fausseté de trop de croyances. Qui donc a intérêt à ce que l'on continue d'y croire et pourquoi ?

vendredi 20 février 2026

A propos de la publication d'un livre sur Louis Pasteur

 
2022 : grandes célébrations autour de Louis Pasteur, dont c'est le bicentenaire de la naissance.

A cette occasion, il y a eu des colloques scientifiques, tel celui qu'a organisé l'Académie d'agriculture le 14 décembre 2022 , mais il y a eu aussi des textes publiés.

Personnellement, j'ai fait un article où j'explore -textes de Pasteur à l'appui- ses travaux consacrés aux acides tartriques et aux tartrates, afin que l'on cesse de propager cette image d'Epinal selon laquelle il aurait fait un tour de force en séparant - "à la pince et sous le microscope- les deux acides tartriques doués d'activité optique :
https://www.academie-agriculture.fr/publications/notes-academiques/des-cristaux-dauguste-laurent-et-des-techniques-danalyse-optique-de-0

Et j'ai fait un autre article du même type, publié aux Comptes rendus de l'Académie des sciences.

 Mais là, aujourd'hui, je signale la publication d'un livre, aux Editions Thierry Marchaisse : Lettres à Loulou, dit Pasteur. J'y ai collaboré. Pourquoi ?
 
 Tout d'abord, il y a le titre de mon chapitre : Monsieur Pasteur, croyez-moi : il n’est pas nécessaire d’être lugubre pour être sérieux. Vive la science joviale !
 
 Tout est presque dit : pour cet homme, qui construisit patiemment sa statue, il y a lieu de prendre les choses en souriant, de ne pas aller dans le sens de sa respectabilité. Je ne dis pas qu'il n'a rien fait, car il a BEAUCOUP fait, et même s'il s'est abondamment répété d'articles en article, même s'il n'a pas été humainement très à la hauteur avec ses maîtres (ceux qui ne pouvaient pas l'aider) ou ses collègues, il a creusé un beau sillon scientifique, finalement.
 
 Mais, quand même, il a patiemment construit son image, encouragé ses hagiographes... Bref, pourquoi écrire dans un tel livre ? 

Parce que j'abuse de la liberté qui m'est donnée, pour revenir, une fois de plus, sur des idées que je veux faire entendre :
 1. comme le disait Pasteur, l'arbre n'est pas le fruit, et les applications des sciences ne se confondent pas avec les sciences
 2. les sciences de la nature ont un objectif, à savoir explorer les mécanismes des phénomènes, et une méthode : (1) identification d'un phénomène que l'on se propose d'explorer (le mot "phénomène" est discuté ailleurs, dans mes blogs) ; (2) caractérisation quantitative de ce phénomène ; (3) regroupement des données de mesure de (2) en équations, formules, modèles (ce que l'on nommait naguère des "lois") ; (4) regroupement des équations, formules, modèles, en "théories", par induction de nouveaux objets conceptuels ; (5) recherche de conclusions testables expérimentalement des théories ; (6) tests expérimentaux des prévisions théoriques ; et ainsi de suite à l'infini, puisque l'on espère que les tests expérimentaux auront réfuté les prévisions, et que l'on pourra avancer dans l'amélioration de théories toujours insuffisantes par nature ("un modèle réduit d'avion n'est pas un avion"). 

Bien sûr, il y a des exceptions... mais il faut faire s'Dicka vor de Kleinigkeit, dit-on en alsacien : le gros avant le détail.

jeudi 19 février 2026

Les "féculents" ?

 
Riz, pâtes, pomme de terre, haricots, lentilles... Souvent, il y a la question des féculents en cuisine.

Le mot féculent signifie (TLFi) : "Qui contient une grande proportion de fécule; qui produit de la fécule".

Et la fécule est une "Substance amylacée pulvérulente, blanche et fine, obtenue par broyage des graines, racines ou tubercules de certaines plantes".

Oui, ce sont de petits grains. Des grains de la matière que l'on nomme de l' "amidon".

Et on ne dira pas assez, à ceux qui n'ont pas eu de bonheur d'avoir une boîte de petit chimiste, qu'il y a une expérience amusante à faire et qui consiste à mettre des gouttes de teinture d'iode (marron) sur les aliments : ceux pour lesquels la teinture d'iode marron devient bleu sont précisément des féculents.

Car ils contiennent des grains d'amidon et que ces grains sont composés de molécules d'amylose et d'amylopectine, respectivement des molécules comme des fils et des molécules comme des arbres. Or l'amylose à la propriété de se mettre en hélice autour de trois atomes diode, et c'est cela qui produit la couleur bleu.

Mais surtout, cette couleur bleu permet donc de repérer la présence de grains d'amidon qui, cuits dans l'eau vont s' "empeser" : cela signifie que les grains d'amidon relâchent dans l'eau chaude les molécules d'amylose, tandis que les molécules d'eau viennent entre les molécules d'amylopectine, et font gonfler la structure : de durs, les grains l'amidon deviennent très tendres. Et c'est cela qui correspond à la cuisson du riz, des pâtes, et cetera.

mardi 17 février 2026

Des tas de réponses amicales à des questions chaleureuses

Ce matin, un message très amical, et donc une réponse amicale de ma part.

Les questions, d'abord :

"Bonjour Hervé, Je suis xxxx. J'admire et j’inspire de vos découvertes. J'ai quelques questions à vous poser sur le sujet suivant : la gastronomie moléculaire.
Je vois bien la place de la gastronomie moleculaire sur le marche est indeniable. Mais comment faire pour convaincre les gens?
La réduction des produits agricoles en poudre après le procédé d'extraction de l'eau collatéralement induira la perte de ses saveurs et d'arômes qui sont caractéristiques au goût du terroir.
Donc, en 2050, pour nourrir les 10 milliards de bouches, serons-nous contraigne a s’en passer du gout du terroir et se contenter a s’alimenter des produits ‘moléculaire’?
La nature cree une balance dans chaque fruit, légume et chaire. L'équilibre du produit dans toute sa naturalité ne sera sans doute plus conserve avec la gastronomie moleculaire. Cela posera-t-il un probleme pour que notre metabolisme puisse s’adapte aux produits de la gastronomie moleculaire?
Chaleureusement



Et mes réponses

Tout d'abord, il y avait l'objet du message : "Objet: Les arômes et saveurs perdus."
Là, il faut immédiatement observer que notre ami veut sans doute parler de composés odorants plutôt que d'arômes. Car, en français (le dictionnaire), les arômes sont les odeurs des plantes aromatiques. Et une odeur est due à des composés odorants. Ces composés odorants sont aromatiques quand ils viennent d'une plante, mais pas, évidemment, quand ils viennent d'un ingrédient culinaire qui n'est pas un aromate.

Mais lisons plus loin :
"Bonjour Hervé. J'admire et j’inspire de vos découvertes. J'ai quelques questions à vous poser sur le sujet suivant : la gastronomie moléculaire."

Là, deux observations. Vu le nom italien de mon correspondant, il ne faut pas reprocher la construction de la phrase, surtout quand elle est amicale. Mais arrivons à "gastronomie moléculaire". De la part de nombre de mes correspondants, je crains la confusion entre gastronomie moléculaire, cuisine moléculaire et cuisine de synthèse. Nous verrons bien.

La suite du message reçu :
"Je vois bien la place de la gastronomie moleculaire sur le marche est indeniable. Mais comment faire pour convaincre les gens?"

Là, la confusion me semble avérée. Car la gastronomie moléculaire n'est pas une marchandise ; c'est une discipline scientifique, pour les scientifiques, et pas pour les cuisiniers. Donc je fais ce que j'avais pressenti que je devrais faire : j'explique bien les différences, pour savoir bien de quoi l'on parle.
 

 1. La gastronomie moléculaire et physique, que l'on nomme gastronomie moléculaire en abrégé, est une science de la nature, qui se développe dans des laboratoires du monde entier. C'est exercé par des scientifiques, et pas par des cuisiniers. 


 2. La cuisine moléculaire, elle, est une forme de cuisine que j'ai introduite à partir de 1980 et qui consiste à cuisiner avec des ustensiles modernes : siphons, thermocirculateurs, etc. Cette cuisine moléculaire, technique, a donner naissance à une cuisine moléculaire en tant que style, ce que l'anglais distingue bien avec molecular cooking pour la technique, et molecular cuisine pour le style. Et oui, la cuisine moléculaire s'est répandue dans le monde entier (dans le cuisines : c'est de la cuisine), et elle s'introduit encore dans quelques pays qui n'avaient pas encore été atteints. 

3. J'ajoute, à côté de la cuisine moléculaire, après elle plutôt, qu'il y a la cuisine synthèse, que j'ai nommée cuisine note à note, et qui consiste, cette fois, à synthétiser des plats entièrement, à partir de composés. 

Et, à ce stade de la réponse, je ne sais pas encore bien ce que mon interlocuteur signifie par "gastronomie moléculaire" : je pense que c'est "cuisine moléculaire", mais nous verrons. 

 

Vient alors : 

"La réduction des produits agricoles en poudre après le procédé d'extraction de l'eau collatéralement induira la perte de ses saveurs et d'arômes qui sont caractéristiques au goût du terroir. 

Ici, il faut donc interpréter, et dire d'abord que le fractionnement des produits de l'agriculture (et de l'élevage, pourquoi pas) ne conduit pas seulement à des poudres, mais aussi à des liquides : l'eau, par exemple, et liquide, tout comme l'éthanol, ou les triglycérides (les huiles). Mais oui, les "sucres" (de toutes tailles), les protéines, les minéraux, sont sous la forme de poudre, après fractionnement des produits. 

Et il faut ajouter que le fractionnement ne fait rien perdre du tout, ou, plus exactement, que ce serait un mauvais fractionnement s'il y avait des pertes. J'explique cela avec les oranges, qui ne poussent que dans des pays producteurs. Ces pays peuvent exporter des oranges, mais cela revient à exporter (inutilement ?) beaucoup d'eau. De sorte que se sont créées des sociétés qui "fractionnent" : la peau sert à produire des pectines, mais aussi du limonène, ce composé odorant que l'on sent quand on presse une peau d'orange, puis le jus conduit à du jus concentré, de la pulpe, et les composés odorants du jus. Là, il y a eu un progrès, parce que, dans le temps, on n'avait que le jus pressé, mais les industriels ont observé que les jus avec pulpes avaient un marché supplémentaire. Et ils ont appris ensuite à récupérer les composés odorants. Pas de raison de faire différemment pour des carottes, des poireaux,des navets, etc. J'ajoute que le fractionnement du blé et du lait se fait déjà depuis longtemps. Bref, aucune raison de perdre quoi que ce soit.

 

Vient : 

"Donc, en 2050, pour nourrir les 10 milliards de bouches, serons-nous contraigne a s’en passer du gout du terroir et se contenter a s’alimenter des produits ‘moléculaire’? 

On ne dira jamais assez que le goût tient des saveurs, des odeurs, des couleurs, des consistance, etc. On peut aujourd'hui reproduire n'importe quel goût. Ce que notre ami semble craindre, ici, c'est une uniformisation, mais je crois qu'il n'y a pas de raison d'avoir peur. D'une part, on peut très bien reproduire des goûts spécifiques des terroirs particuliers, et, d'autre part, la variabilité du vivant se retrouvera dans les fractions. Je prends l'exemple des composés phénoliques du raisin. Ce ne sont pas les mêmes quand on extrait -avec le même procédé-, par exemple des phénols de syrah, ou des phénols de grenache : non seulement ce ne sont pas les mêmes composésphénoliques, mais, mieux, ce ne sont pas les mêmes "impuretés" : par "impureté", ne pensons pas à des composés toxiques, mais seulement à des composés qui ne seraient pas des polyphénols (minéraux, sucres, etc.).
Puis, avec le même procédé, si l'on extrait les phénols, par exemple de sirah, d'une région particulière, avec un sol particulier, un climat particulier, on n'aura pas les mêmes résultats qu'avec d'autres climats, d'autres sols, etc. Tout compte, l'année, le raisin, la conduite de la vigne, le sol localement... Tout ! Et cela était d'ailleurs bien observé par les vignerons du passé, qui disaient que, certaines années, les jambes des fouleurs étaient teintées, ce qui est dû aux composés phénoliques. 

Bref, le terroir est inévitable ! Et il n'y a pas de crainte à avoir à propos d'une possible uniformité. Disons que si l'on veut de la variété, on peut l'avoir, mais si on veut de l'uniformité, cela sera plus difficile. J'ajoute que le terroir est quelque chose de très intéressant et d'insuffisamment connu. Il y a eu un programme national de recherche sur le terroir à l'Inrae, il y a quelques années, et, malgré des découvertes merveilleuses, il y a encore à faire. 

 

Notre ami continue : 

"La nature cree une balance dans chaque fruit, légume et chaire."

Ici, je suis alerté par le mot "balance", qui est pris pour "équilibre", car je sais bien qu'il est favorablement connoté. Cela laisse penser à quelque chose de parfaitement dosé, mais il suffit d'aller dans mon jardin pour m'apercevoir que ce n'est pas le cas : il y a des pommes tavelées, des fraises insuffisamment mûries... 

D'ailleurs, j'aimerais bien savoir ce que cela veut dire, car je suis bien sûr que l' "équilibre" des uns n'est pas celui des autres. Et puis, c'est quoi l'équilibre d'une carotte ? Surtout quand on sait que la carotte a été sélectionnée, et que les carottes d'aujourd'hui sont parfaitement artificielles... et heureusement, car les carottes naturelles, sauvages, sont immangeables : ce sont de petits crayons durs, que la sélection a amélioré. 

Bref, j'attends de mes interlocuteurs qu'ils me parlent bien d'équilibre, qu'ils le définissent, qu'ils me l'expliquent. 

 

D'ailleurs, j'avais raison d'interpréter le mot "balance" par équilibre, parce que voici la suite : "L'équilibre du produit dans toute sa naturalité ne sera sans doute plus conservé avec la gastronomie moleculaire."

Ici, deux observations. D'une part, comme je l'ai dit, il y a une confusion entre gastronomie moléculaire et cuisine note à note, maintenant c'est bien clair. Et, d'autre part, je ne sais pas ce que c'est que la "naturalité", car les fruits et les légumes que nous avons aujourd'hui ont été sélectionnés par l'être humain, depuis des milliers d'années. 

Et j'ajoute qu'ils sont cultivés : avec la définition du dictionnaire, la seule qui puisse prévaloir, ils sont donc parfaitement "artificiels" (avec le mot "art", dans artificiel). Un exemple : cela me ferait m'étonnerait beaucoup que les pommes que vous avez ne sortent pas d'arbres correctement entretenus, taillé. Si l'on taille, on guide la croissance du végétal et on change la composition des fruits. 

Ce n'est donc pas la cuisine note à note qui serait en cause, et je propose se méfier de cette prétendue naturalité. Et puis, la nature n'est pas bonne, puisque c'est la pluie, la neige, la tempête, le typhon, le volcan qui engloutit des villes, le lion, le serpent, la peste, le choléra... 

 

Vient alors : 

"Cela posera-t-il un probleme pour que notre metabolisme puisse s’adapter aux produits de la gastronomie moleculaire?"

Là encore donc il ne s'agit pas de gastronomie moléculaire, mais de cuisine note à note. Mais passons. Le métabolisme ? C'est une question très intéressante, insuffisamment connue, mais je fais d'abord observer que nous savons garder vivants des gens dans le coma avec une alimentation parfaitement artificielle, et synthétique, pendant des années. Donc le problème ne se pose peut-être pas ailleurs que dans nos esprits. 

D'autre part, il y a le premier ordre et le second, le gros et le détail. Au premier ordre, nous devons manger de l'eau, des protéines, des lipides, des sucres petit ou grand, des vitamines, et cetera. Le métabolisme de tout ces composés est raisonnablement connu par les nutritionnistes, même s'ils progressent encore. Notamment l'effet de matrice est l'objet d'études très intéressantes, puisqu'il est vrai que la biodisponibilité (je prends un mot qui parlera à tous) des composés change selon la matrice. Par exemple le bêta-carotène, ou provitamine A, qui est présent dans les carottes, n'est pas libéré de la même façon par une carotte crue ou la même carotte qui serait cuite. Et pas de cuisine note à note dans cela. Mais il est vrai qu'il y a une question très intéressante, technique : savoir construire des aliments de biodisponibilité contrôlée. 

 

Vient enfin le "Chaleureusement" que j'aime beaucoup, et j'espère que le temps pris à répondre avec un peu de détails montrera que ma réponse est également chaleureuse : n'ayons pas peur, soyons prudents mais actifs, pour aller à la découverte des nouveaux "continents".

lundi 16 février 2026

Les fibres alimentaires : de quoi s'agit-il ?

Les fibres alimentaires ? Leur définition a évolué, avec leur meilleure compréhension.

Acte I


En matière alimentaire, et surtout depuis les explorations du microbiote intestinal (les micro-organismes qui sont dans notre système digestif, et contribuent à notre digestion), on parle beaucoup de "fibres alimentaires"... mais de quoi s'agit-il au juste ?
Observons que le terme fut initialement introduit pour désigner les constituants non digestibles des aliments : surtout présents dans la paroi cellulaire des tissus végétaux : la cellulose, l'hémicellulose et la lignine.

Là, commençons par expliquer que les fruits, légumes -brefs, les "tissus végétaux"- sont faits de petits "sacs" collés les uns aux autres : les "cellules".

Ces cellules sont vivantes, individuellement, même si elles ont réunies en "organismes". Elles sont limitées chacune par une "membrane", et elles sont "collées" entre elles par ce que l'on nomme la "paroi", en l’occurrence on dit aussi "paroi végétale".

Et on peut imaginer cette "paroi" de la façon suivante : il y a, pour chaque cellule des "piliers" de cellulose", qui sont liés entre eux par des sortes de cordages, que son des molécules de pectines.

Les celluloses ? Ce sont des composés de la famille des polysaccharides, dont les molécules résultent de l'enchaînement de "sucres" élémentaires, essentiellement du glucose.
Bien sûr, ce n'est pas la juxtaposition de molécules de glucose, mais j'ai bien pris soin de dire que les molécules "résultent" de l'enchaînement des molécules de glucose ; lors de la réaction d'assemblage, des atomes sont perdus, et c'est la raison pour laquelle les molécules de celluloses, elles, ne contiennent plus que des "résidus de molécules de glucose", et non pas des "molécules de glucose".

Les hémicelluloses ? Une variation des premières.

Les lignines ? Encore des composés fascinants, présents dans les tissus végétaux et dont la molécule comporte de très nombreux "groupes aromatiques", ce qui ne signifie pas qu'ils aient une odeur, mais une propriété chimique qu'ils partagent avec un chef de file qui a nom "benzène".


Acte II

Mais revenons à la définition des fibres alimentaires. Quand on a poursuivi leur exploration, on a été conduit à ajouter des caractéristiques physiologiques pour préciser les définitions : aujourd'hui, les fibres alimentaires sont définies comme "les restes des squelettes de cellules végétales résistantes à la digestion (hydrolyse) par les enzymes de l'homme".

Avec cette définition, la liste initiale s'est augmentée de gommes, de celluloses modifiées, de composés du mucilage et la pectine.

Les gommes, les mucilages : des substance mucilagineuses et transparentes, provenant de l'exsudation naturelle ou provoquée de certains végétaux.

Le mucilage ? Toute substance particulièrement répandue dans les racines de guimauve et les graines de lin, les lichens et les algues, qui se gonfle au contact de l'eau sans s'y dissoudre mais en formant une matière visqueuse, comparable à la gomme, et dont les propriétés épaississantes la font utiliser en médecine.

On voit surtout que c'est moins les matières, faites principalement d'eau et de composés polysaccharidiques, qui sont visées par la définition, que les polysaccharides présents, et qui sont variés.

Les pectines ? Là, les sucres qui sont enchaînés sont principalement des "acides galacturoniques", mais avec plein d'autres sucres ; je n'entre pas dans les détails, sauf pour signaler que si les pectines sont facilement dissociées lors d'un chauffage en milieu acide (comme quand on fait les confitures), les molécules de cellulose, elles, sont très résistantes, au point que nous pouvons laver nos chemises en coton (le coton, c'est de la cellulose presque pure) sans qu'elles ne se dissolvent !


Acte III


Et, en 2009, la définition des fibres a encore évolué avec la mise au point de nouvelles méthodes d'analyse chimique, de sorte que le Codex Alimentarius (une sorte d'agrément international pour régler le commerce des denrées alimentaires) a défini les fibres alimentaires comme des "polymères glucidiques à dix unités monomères ou plus, qui ne sont pas hydrolysés par les enzymes endogènes dans l'intestin grêle humain".

Évidemment, toute définition est dangereuse, car il peut y avoir des hydrolyses limitées. Et, à la limite de dix résidus (les "unités monomères", ce qui est un pléonasme : on devrait dire "des monomères"), il y a aussi une frontière bien difficile à tracer entre des oligomères à neuf ou dix unités, résistants à l'hydrolyse, et des oligomères à plus de dix unités, mais plus fragiles.

Mais bon, voilà ce que nous avons aujourd'hui à ce propos.

J'ajoute que si nous centrifugeons une carotte, du persil, un poireau, etc., nous récupérons du jus, d'une part, et des "fibres", de l'autre part. Avons-nous suffisamment pensé à utiliser ces matières en cuisine ? C'était en tout cas la proposition du dixième International Contest for Note by Note Cooking.

dimanche 15 février 2026

Pourquoi j'aime si passionnément la chimie

Ce matin, alors que je m'interrogeais sur les raisons pour lesquelles j'aime tant la chimie, j'ai fini par comprendre qu'elle était du côté d'Aristote, dans l'opposition à Platon.
Or cela fait longtemps que, précisément, je me positionne de ce même côté.

Par exemple, à propos de goût, j'ai déjà eu souvent l'occasion de répéter que "le" goût de la fraise n'existe pas, mais qu'il y a "les" goûts des fraises. Ainsi dit, c'est évidemment exagéré, car le plus souvent on est capable de reconnaître une fraise à son goût. Il n'empêche que l'on fait une vraie erreur si on se limite au goût de "la" fraise : c'est la diversité qui fait la beauté du monde, c'est la diversité des goûts de fraises qui nous pousse à en goûter une, puis une autre, puis une troisième...

Finalement, s'il est intéressant de s'interroger sur le goût de la fraise, il est passionnant d'explorer les goûts des fraises : les deux approches sont complémentaires ; elle ne s'excluent pas, et c'est un enfantillage que de vouloir prendre parti.

De même pour les exploration du monde, les sciences de la nature.

Bien sûr, notre esprit doit tendre vers la constitution de catégories, de lois générales, de grandes synthèses... Mais sans oublier d'abord de bien connaître les objets dont on parle ! Ce qui nécessite des étapes d'analyse très fines, qui menacent toujours les lois générales. 

 

On est toujours dans la même discussion que précédemment, et la même solution s'impose : pour de belles sciences de la nature, il faut --comme je l'avais dit dans un billet précédent - analyse et synthèse.
On ne peut bâtir sur du sable, et un socle solide invite à la construction d'un monument. Il faut s'adapter aux circonstances.

Par exemple les circonstances historique : il a été très prématuré, juste avant la génération de Lavoisier, de chercher des lois d'affinité analogues à la gravitation universelle, quand on ignorait la constitution moléculaire du monde.
Et il a fallu que la chimie progresse patiemment, qu'elles récupèrent laborieusement des "faits", avant que l'on puisse faire des catégories, des lois, des théories...

Oui, il y a lieu d'être patient, précis, analytique et synthétique tout à la fois si nous voulons avoir quelque chance de lever correctement un coin du grand voile.

samedi 14 février 2026

Le summum de l'intelligence ?

 
Pendant des années, j'ai cité cette phrase "Le summum de l'intelligence, c'est la bonté et la droiture". Mais elle ne m'a en réalité jamais satisfaite.
 

Je ne sais plus si je l'ai prise de Jorge Luis Borgès, ou de Montaigne, mais, de toute façon, elle ne me convient pas : être bon, c'est évidemment bien, mais on peut être bon et simple, et ce n'est pas la droiture qui suffira. 


A la réflexion, je préfère : "Le summum de l'intelligence, c'est d'allier rigueur, droiture et bienveillance"

Le doute et la science

Ce matin, on m'a envoyé un lien vers une vidéo navrante, montrant une table ronde prétendument consacrée à la science, mais qui partait d'un présupposé selon lequel la science aurait été caractérisée par le doute.

Cette idée, qui reste donc à explorer, était montrée sans aucune subtilité, comme s'il y avait eu une équation science = doute. 

Selon cette équation, la science (personnifiée ?) aurait douté de tout, de sorte que se serait posée la question -c'est la médiocre rhétorique du dragon chinois : on crée un problème qui n'existe pas, et on le pourfend pour montrer que l'on est très bien- de savoir comment faire pour penser qu'il y a de l'assuré, et comment répondre aux complotistes, pour qui un doute s'oppose à un autre doute.

Mais les sciences de la nature sont bien autre chose que des présupposés ! Ce sont des activités de recherche des mécanismes des phénomènes par une méthode où il y aune part de doute, certes, mais pas un doute au sens d'une réfutation systématique.

Les sciences de la nature


Allons y voir, en répétant, donc, que les sciences de la nature cherchent les mécanismes des phénomènes par une méthode qui commence par une identification des phénomènes que l'on explore. Là, pas de doute, mais, bien au contraire, la volonté le bien poser une question, de bien s'assurer de fait que l'on va étudier. Donc certainement pas du doute.

Puis il y a une caractérisation quantitative, des mesures. Et là encore, c'est évidemment le contraire du doute, puisque l'on caractérise le phénomène. Mieux même, qu'on introduit des nombres, des nombres solides.

Bien sûr, un esprit faux pourrait faire observer (s'il était arrivé jusqu'à ce point de connaissance) que la valeur exacte d'une mesure est inaccessible, en raison des perturbations de mesure...
Mais quand même, il ne faut pas exagérer : d'une part, la moyenne de plusieurs mesures est démontrée être un bon estimateur de la valeur cherchée, et, avec les perfectionnements des appareils de mesure, nous approchons sans cesse davantage de cette valeur... au point que certaines mesures se font avec un nombre de décimales ahurissant !
Sans compter que les sciences de la nature sont sans cesse dans la "validation" : nous craignons tant la présence du diable dans les détails que nous ne cessons de le pourchasser.
Bref, quand on mesure la rotondité de la Terre (par exemple), on sait où on en est, de nos certitudes. Pas de doute !

La troisième étape, la réunion des données quantitatives en équations, n'est pas une étape de doute, mais, au contraire, un affermissement : les équations trouvées ne sauraient s'appliquer à des données incohérentes.

Puis vient la construction d'une théorie, par regroupement des équations identifiées, et par induction : là le doute est hors sujet. Mais c'est après, dans la recherche de conséquences théoriques et les test expérimentaux de ses conséquences que nous espérons des réfutation : ce n'est pas que nous doutions des théories, car nous savons nos théories insuffisantes.
Ailleurs j'ai dit que les théorie sont fausses, parce qu'elle le sont par principe, mais en réalité ce n'est pas parce qu'elles sont fausses qu'elles sont inutiles, et c'est simplement, comme à propos de la mesure, que nous cherchons les remplacer par de meilleures théories, plus fécondes.

Bien sûr, il y a toujours la place pour des découvertes extraordinaires sans quoi nous ne ferions pas notre métier. Oui, nous avons le sentiment que derrière tout ce que nous savons, il y a encore beaucoup à apprendre, à savoir, mais cela n'est pas du doute ; c'est plutôt de l'espoir. Bref, poser la science comme le royaume du doute n'est pas une bonne façon d'expliquer ce qu'est la science. Les organisateurs et les participants à ce débat auraient donc bien fait de commencer par des explications telles que je viens de les donner : si l'on veut parler de sciences de la nature au public, il y a d'abord lieu de lui expliquer (puisqu'il l'ignore complètement) ce que sont ces activités et comment elles fonctionnent. Pour parler d'un objet, il faut connaître cet objet, non ?

vendredi 13 février 2026

Un gâteau de la Saint-Valentin


Je vous propose d'inventer un gâteau, pour la Saint-Valentin.

On sait qu'il y a de la farine, dans les gâteaux, mais on sait que la poudre d'amande allège la chose, en plus de contribuer à un goût apprécié.

Puis, pour faire quelque chose de délicat, on pense évidemment à une mousse. Et par exemple, une mousse avec de l'oeuf : classiquement, on bat les blancs d'oeufs en neige, et l'on bat les jaunes avec du sucre.

Puis, pour plus de moelleux, on ajoute du beurre fondu. Et voici donc la base du gâteau faite : - deux jaunes d'oeufs battus jusqu'à blanchir, avec autant de sucre (en volume - dans ces jaunes dits "au ruban", on ajoute 50 grammes de beurre fondu pas chaud, 50 grammes de poudre d'amandes, et 50 grammes de farine - on bat quatre blancs d'oeuf en neige, puis on ajoute 100 grammes de sucre et l'on continue de battre. - on mélange les deux préparations et l'on met dans un cercle assez haut.

La cuisson ? A la température de 180 degrés pendant 40 minutes : c'est long si le gâteau est épais, et il doit l'être parce qu'on le coupera en deux pas une coupure horizontale.

Mais il faudra attendre qu'il ait refroidit pour retirer le cercle et couper le gâteau. Et, entre les deux disques de gâteau, ainsi que sur le dessus, on mettra de la crème fouettée et légèrement sucrée, avec du jus de fruit de la passion gélatiné :
- on coupe les trois fruits de la passion en deux
- à la cuiller, on racle l'intérieur pour le faire tomber dans un chinois posé sur une casserole
- à la cuiller, on fait descendre le maximum de jus de fruit de la passion dans la casserole
- on y fait tremper une feuille de gélatine
- puis on porte à ébullition
- et on laisse refroidir
- quand c'est froid, on mélange à la crème fouettée. Si l'on dispose de fruits (par exemple des myrtilles, des framboises, et cetera), alors on les disposera en cœur au sommet du gâteau que l'on sert avec amour.