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lundi 14 septembre 2026

Se vider la tête : une expression idiote

 

J'entends des étudiants, des collègues, des connaissances parer de "se vider la tête"... mais je n'arrive pas à m'empêcher de penser que cette expression est idiote.
Car au fond l'objectif de se la remplir n'est-ce pas ? Et, mieux, se la remplir intelligemment ?

Pour autant, il est vrai qu'après une longue concentration, on peut avoir besoin de respirer un peu,  de faire quelque pas.
D'ailleurs de récentes études sur la sédentarité montrent qu'il est nécessaire de bouger pendant une ou deux minutes toutes les demi-heures environ, en vue d'activer certaines lipases utiles à la gestion des triglycérides.

Cela dit, pourquoi ne pas continuer à lire, dicter, réfléchir, pendant ces pauses utiles ?

Mais se vider la tête ? On sait, d'autre part, que, après un long trimestre de travail, qui est moins fatiguant par le travail lui-même que par le fait qu'on se lève tôt, qu'on a des transports, on a  besoin de faire quelques grasses matinées, surtout si, comme moi on a continué à travailler pendant le week-end.
Oui, les transports sont fatigants, stressants, avec du bruit, de la chaleur, du froid, de la presse, des stations debout parfois prolongées...
Oui, certains travaux sont physiquement demandeurs,  mais ce n'est pas là la question de se vider la tête, mais simplement de mettre fin temporairement à ces rythmes fatigants.

Dans cette discussion il y a donc lieu de bien distinguer selon les travaux que l'on fait. Pour une bonne analyse du problème, on doit se souvenir d'études qui avait été faites à l'hôpital Cochin par des physiologistes qui exploraient la fatigue des pilotes de ligne et qui avaient bien montré qu'une attention très soutenue conduit effectivement à des modifications du rythme cardiaque ;  non pas tellement en termes de fréquence, mais plutôt en termes  de variations de la fréquence.

C'est une chose bien établie que la concentration fatigue et qu'on a parfois besoin de lever le nez et de changer d'activité.

Mais se vider la tête ?

Non décidément il ne s'agit pas de ça car si on a une activité avec une concentration
contenue, rien ne nous empêche de l'entrecouper avec une tâche administrative, par exemple.

Surtout, je ne peux pas m'empêcher de signaler que pour moi, rien n'est pire en quelque sorte que les vacances, avec cette étymologie de vide,  d'acuité. Pourquoi les weekends me condamneraient-ils à faire des activités moins amusantes que celles qui m'amusent par dessus tout : la chimie ?
Je dois témoigner à mes jeunes amis que je me lève, quelle que soit la saison,  entre 5 et 6h du matin... et je me mets à travailler parce que cela est très passionnant et que je n'arrive pas à m'en empêcher. Non pas en raison d'une quelconque compulsion maladive,  mais bien plutôt,  positivement,  parce que mon activité est absolument passionnante, irrésistible.
 

Que la recherche scientifique est belle !

jeudi 8 mars 2018

"Les stages sont plus fatigants que les cours"

 A la réflexion, je reste choqué : un étudiant vient de me dire que les stages sont beaucoup plus fatigants que les cours.

Tiens, pourquoi donc ? Ce que je sais, c'est que, personnellement, une intense concentration me fatigue plus -même si je m'ennuie bien moins- que les "distractions", et je sais aussi que les relations humaines demandent de l'énergie... parce que j'y mets toute mon intelligence. Cela est à mettre en relation avec les études de physiologistes (désolé, je n'ai plus la référence) de la Faculté de médecine de Cochin, qui avaient montré que la fatigue intellectuelle était corrélée aux lentes dérives du rythme cardiaque, alors qu'ils étudiaient la fatigue des pilotes de ligne, dans des programmes d'ergonomie.

Pour en revenir à note jeune ami, je l'ai donc interrogé, pour savoir pourquoi il était plus fatigué en stage, et la réponse a été que (1) il se concentrait davantage et (2) il prenait à coeur le résultat des expériences qu'il faisait.
Mais cela est à prendre en creux : n'est-il pas honteux que les étudiants soient si peu engagés lors de leurs apprentissages théoriques ? si peu concentrés ou si peu "actifs") lors de leurs cours ? Plus exactement, au lieu de parler de honte, ne devons-nous pas parler de perte de temps ? D'autant que l'étudiant interrogé (intelligent, amical, confiant) reconnaissait que ce qu'il avait appris lors des années précédentes était oublié, reconnaissant aussi qu'il perdait beaucoup de temps, en cours, parce qu'il n'était pas complètement attentif, ou bien qu'il était perdu, ou s'ennuyait.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Ne devons-nous pas rapidement trouver des moyens de ne pas pérenniser cette terrible situation, qui, en réalité, ne concerne pas un seul étudiant isolé, mais beaucoup  ?   Oui, des cours bien faits (en supposant que l'on doive faire des cours) devraient être épuisants, et les études universitaires devraient sans doute être les plus actives de l'existence... Non, je me reprends : elles ne doivent être ni épuisantes ni plus actives, mais dans la continuité : les études doivent être actives et merveilleuses, fatigantes parce qu'intensives, avec des étudiants bien engagés dans le processus d'obtention des connaissances et des compétences.


Et cela permettrait d'asseoir mon idée selon laquelle les "trimestres" d'études universitaires devraient être pris en compte dans le calcul des temps de travail en vue de la retraite. Je maintiens que, après certaines journées de travail intellectuel, je suis plus fatigué qu'après des travaux physiques.




Vient de paraître aux Editions de la Nuée Bleue : Le terroir à toutes les sauces (un traité de la jovialité sous forme de roman, agrémenté de recettes de cuisine et de réflexions sur ce bonheur que nous construit la cuisine)