Je me souviens d'une conférence dans un lycée hôtelier où j'avais utilisé un thermomètre... qui marquait 90° dans l'eau bouillante, alors que nous étions presque au niveau de la mer : impossible !
Je me souviens d'une mesure de viscosité qui donnait une valeur infinie alors que le fluide s'écoulait : c'était encore manifestement l'instrument de mesure qui était faux.
Je me souviens d'une balance qui dérivait, et il est apparu qu'elle était surtout très fausse.
Je me souviens d'une balance qui donnait des masses différentes pour le même objet que l'on pesait plusieurs fois : quand on reposait l'objet sur la paillasse, sa partie inférieure se contaminait avec la poussière.
Pour ces quelques raisons, et bien d'autres, j'ai toujours proposé à mes collègues et amis de penser que le diable était tapis derrière chaque geste expérimental, derrière chaque mesure à l'aide d'un instrument de mesure.
Mais aujourd'hui je vais surtout signaler un cas qui nous est
arrivé lors d'analyses par chromatographie en phase gazeuse couplée à de la spectrométrie de masse. Nous voulions connaître la composition d'un mélange qui était injecté dans la colonne de chromatographie. Comme nous voulions des indications quantitatives, nous avions été amenés à injecter par avance des solutions contenant des quantités connues de certains des composés qui nous intéressaient.
Mais le stagiaire chargé de ses mesures, un garçon parfaitement consciencieux et intelligent, ne trouvait pas les quantités qu'il avait lui-même dissoute dans la solution.
A l'analyse, c'est un cas pathologique bien intéressant qui est apparu, à savoir que le spectre enregistré par l'appareil, sur la base d'un échantillonnage à une fréquence particulière, n'avait pas permis de voir un signal très étroit et très élevé qui tombait précisément entre deux points de mesure. La solution corrective était simple : il fallait augmenter la fréquence des mesures.
Mais, plus généralement, nous ne devons croire aucun résultat de mesure : que vaut l'instrument de mesure ?
Ce blog contient: - des réflexions scientifiques - des mécanismes, des phénomènes, à partir de la cuisine - des idées sur les "études" (ce qui est fautivement nommé "enseignement" - des idées "politiques" : pour une vie en collectivité plus rationnelle et plus harmonieuse ; des relents des Lumières ! Pour me joindre par email : herve.this@inrae.fr
dimanche 25 octobre 2026
Il ne faut pas croire les indications données par des instruments de mesure !
jeudi 31 mars 2022
Donnons confiance, en cuisine et ailleurs !
Alors que je suis chez le boulanger, je m'étonne de le voir vendre de la pâte feuilletée et de la pâte brisée.
De la pâte feuilletée, pourquoi pas, car si on a pas le temps, on peut avoir besoin de s'en procurer, mais pour la pâte brisée, qui s'obtient en quelques dizaines de seconde, par simple mélange de beurre et de farine ?
L'analyse se trouve là : https://scilogs.fr/vivelaconnaissance/donnons-confiance-en-cuisine-et-ailleurs-et-des-lecole/
mercredi 22 septembre 2010
Question de confiance...
Souvent, pour m'amuser, j'expliquais qu'une telle formule "fait savant", en ce sens que les personnes qui ne connaissent pas la chimie ne savent pas la décoder, et, de ce fait, accréditent celui ou celle qui la montrent d'une "science" particulière. Toutefois, j'observais aussi que cette accréditation était peut-être imméritée : n'importe qui pourrait recopier un ensemble de lettres (C, H, O, N...) et de traits pour faire penser qu'il connaît la chimie. Et puis, savant... On l'est ou on ne l'est pas, mais :
1. ceux qui le sont savent assez qu'ils ne le sont pas pour, s'ils sont honnêtes, ne pas le revendiquer indûment
2. le terme est prétentieux, de toute façon!
Bref, je concluais que, hélas, je ne suis pas assez savant.
Cette histoire parce que je vois autour de moi, parfois, des personnes qui font ce que je dénonçais par anticipation : ils vont sur internet (ou ailleurs), captent une présentation powerpoint, et la récitent par coeur, se drapant dans des habits qui ne sont pas les leurs. Evidemment, il faudrait être naïf pour regretter un tel comportement, qui ne date pas d'internet (le plagiat est une bien vieille histoire, et l'on lira ou relira Cyrano de Bergerac -le vrai- à ce propos), de sorte que ce n'est évidemment pas ce que je veux faire aujourd'hui.
Aujourd'hui, je veux discuter la position de l'étudiant, qui assiste à un cours. Un tombereau d'informations lui est déversé dessus... mais ces informations sont-elles justes ? La question est terrible. Pensons, par exemple, à un cours de physique, qui décrirait les phénomènes de façon classique, sans tenir compte des acquis de la mécanique quantique. Ce cours serait "faux", stricto sensu, mais ce serait un moindre mal. Pensons maintenant à pire : un enseignant (comme dans tout corps, il y a du bon et du mauvais) qui enseignerait des choses fausses, telles que j'en ai trouvé dans un récent ouvrage de" vulgarisation de la physique".
La question est : comment l'étudiant doit-il se comporter ?
De ce fait, nous arrivons à la véritable question du jour : quelle doit être l'attitude de l'Etudiant, en général, qui doit avoir la lucidité de penser que, parmi les informations qui lui sont communiquées, certaines sont fiables, et d'autres non? Peut-il vraiment avoir confiance dans les enseignants qui lui sont attribués ?
On rétorquera peut-être que l'Enseignant a le plus souvent une trop haute idée de sa Mission pour donner des informations fausses.... mais les enseignants sont-ils assez savants ? Et puis, ne sont-ils pas les mêmes que les auteurs de publications scientifiques, dont on sait assez que beaucoup sont médiocres, voire mauvaises (je ne parle même pas des fraudes) ?
Plus généralement encore, puisque nous sommes tous des étudiants, comment nous comporter face à un savoir que nous voulons prendre ?