Alors que les étudiants d'AgroParisTech bloquent les bâtiments d'enseignement, opposés à une réforme des études, je ne peux m'empêcher d'observer que les temps ont heureusement changé : fini le temps où les professeurs pouvaient assez arbitrairement faire faire cours sans tenir compte des étudiants.
Ceux-ci sont majeurs, ils ont le droit de vote, ce sont des citoyens responsables et, à ce titre, ils exigent des méthodes bien différentes de celles du passé.
Les cours ex cathedra ? Je ne cesse de répéter qu'il y a mille façons différentes de faire mieux, plus intéressant pour tout le monde.
Les étudiants sont au cœur des enseignements et non plus les professeurs, et je trouve cela très bien.
Oui je le redis ici : les professeurs doivent être au service des étudiants et nous avons tout intérêt à avoir une relation d'adulte à adulte plutôt que le professeur à étudiant.
Nous devons considérer que les étudiants sont là pour étudier et que les professeurs sont à leur service pour qu'ils y parviennent.
Et je dis même que c'est dans les écoles d'ingénieurs qu'il doit y avoir le plus de nouveautés didactiques car après tout, l'objectif de l'ingénieur n'est-il pas l'innovation ?
Mais au fait, pourquoi ne confie-t-on pas aux étudiants eux-mêmes le soir de proposer une réforme ?
J'ai entendu certains de mes collègues me répondre que les étudiants n'auraient pas assez de recul, qu'ils ne seraient pas assez mûrs, et cetera mais je ne suis pas certain que ces réponses ont été données par des personnes que je juge les plus intéressantes.
Sont-ils allés voir ailleurs ce qui s'y fait ? Ont-ils profité de missions à l'étranger pour découvrir les modèles danois, australiens, allemands, italiens, chinois ? Où se trouve le recueil de ces idées ?
Depuis des décennies, je ne cesse de répéter à mes collègues qui doit y avoir un rapport entre le nombre d'heures de cours en présentiel et le nombre d'heures de travail personnel : quand mes collègues tiendront-ils enfin compte de ce rapport exprimé par la loi ?
Plus difficile à mon sens est la nécessité de faire connaître les connaissances les plus à la pointe de la connaissance.
Nous avons le sentiment que pour y parvenir, il faut avoir franchi toutes les étapes antérieures, avoir refait tout le cheminement qu'ont fait les sciences depuis leur création. Cela est manifestement idiot en chimie, sans quoi nous en serions encore à enseigner le logistique avant d'arriver aux notions modernes.
Et même pour des sujets plus avancés de sujet de chimie organique, par exemple, il serait idiot de passer par ce que l'on a nommé la chimie au lasso, et il faut arriver immédiatement aux notions les plus modernes depuis de mécanistique.
Résoudre des équations différentielles ? Les logiciels de calcul formel font cela parfaitement. Mettre en œuvre des méthodes d'éléments finis ? Là encore, les programmes le font et il ne s'agit plus de les reconstruire mais plutôt de les comprendre, de les mettre en œuvre et de connaître leurs limites.
Dans tout cela, je ne cesse de penser à ce temps où l'on apprenait à extraire des racines carrées à la main, ce qui a été balayé quand se sont imposés les premières calculettes, dans les années 70 : on appuie sur une touche et le résultat est obtenu.
Ne commençons pas par les abaques si nous voulons faire des mathématiciens modernes ; ne commençons pas par le phlogistique si vous nous voulons faire des chimistes modernes ; et cetera.
Allons directement au fait : apprenons à aller directement au fait moderne.
Ce blog contient: - des réflexions scientifiques - des mécanismes, des phénomènes, à partir de la cuisine - des idées sur les "études" (ce qui est fautivement nommé "enseignement" - des idées "politiques" : pour une vie en collectivité plus rationnelle et plus harmonieuse ; des relents des Lumières ! Pour me joindre par email : herve.this@inrae.fr
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