lundi 17 octobre 2022

Empêcher les scientifiques de travailler

 Peu après le lâcher des premières bombes atomiques sur le Japon, le physicien Leo Szilard était de ceux qui considéraient avec la plus grande gravité la responsabilité qu'ils avaient eue, alors qu'ils avaient contribué à la construction de cet engin destructeur. 


Szilard, juif hongrois émigré aux Etats-Unis, avait à la fois une conscience politique profonde et beaucoup d'humour. Il avait notamment produit un petit conte (Leo Szilard, The voice of dolphins, Simon and Schuster, New York, 1961, 99) où il disait,  en substance que les scientifiques étaient des gens très dangereux, qu'il fallait donc empêcher de travailler par tous les moyens, et il montrait comment on pouvait arrêter leurs travaux : il suffisait d'organiser des appels d'offre pour les financements. Ainsi, certains scientifiques passeraient un temps considérable à préparer des dossiers pour obtenir les financement de leurs recherches, tandis que d'autres, les meilleurs, nommés dans des jurys d'évaluation des dossiers des précédents, seraient privé de temps de recherche : il faudrait qu'ils concoctent les appels d'offres, qu'il analysent les dossiers, qu'ils siègent pour se mettre d'accord sur les attributions, qu'ils interagissent avec une administration. Finalement, personne ne pourrait plus travailler. Cela rappelle-t-il quelque chose ?
 

Cela ne se sait pas, mais Szilard avait aussi imaginé une autre solution, à savoir de faire déménager les laboratoires, et de les faire emménager dans des bâtiments qui ne soit pas encore complètement terminés.  

Bien sûr, la perspective d'avoir de nouveaux locaux, des installations plus fonctionnelles, plus propres, etc. est séduisante, et  nos scientifiques auraient mauvaise grâce à refuser des palaces dorés.
Ce qu'ils ne savent pas, c'est que, à l'arrivée, ils sont loin de pouvoir travailler :  quand il y a des coupures de courant, impossible de brancher les équipements sous peine de griller les cartes électroniques ; quand il n'y a plus de réseau informatique, aucun accès à la bibliographie, ni même aux données stockées ; quand il n'y a pas de téléphone, impossible de joindre des collègues avec qui l'on voudrait discuter de points scientifiques particuliers ; pour peu que les laboratoires soit un peu excentrés, impossible d'organiser des séminaires ou des conférences qui conduiraient à des travaux fructueux ; quand il n'y a pas de transport, impossible de se rendre au laboratoire.
Et ainsi de suite

Oui, les scientifiques ont une activité aussi dangereuse que coûteuse, mais avec ce nouveau moyen qu'est le déménagement des laboratoire, on est tranquille.

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