Dans un livre d'histoire des sciences, l'auteur pose la question de savoir pourquoi les scientifiques font des expériences, et il observe que la question semble banale.
Il met là en œuvre un procédé rhétorique qui a pour nom dragon chinois : il s'agit de créer un problème qui n'existe pas pour ensuite le résoudre, tout comme on pourfendrait un dragon que l'on aurait soi-même produit, en papier.
C'est un procédé à la fois un peu faible et terriblement prétentieux. Prétentieux, parce que l'on perce un dragon en papier, et faible parce que l'on a même pas été capable d'observer que l'on était dans cette position.
En réalité la question de pourquoi les scientifiques font des expériences est passionnante, et certainement ni facile, ni banale. Pour comprendre l'importance de l'expérience en sciences de la nature, il faut se raccrocher à la description de l'approche scientifique, qui passe par :
- l'identification d'un phénomène : ce qui nécessite des expériences pour bien mettre en évidence le phénomène,
- par la caractérisation quantitative du phénomène : ce qui nécessite un très grand nombre de mesures, conformément à une idée de Francis Bacon, un des pères fondateurs de la science moderne,
- puis il y a l'étape de réunion des résultats de mesure en équations, qui parfois imposent des expériences complémentaires pour s'assurer qu'on ne dit pas n'importe quoi,
- vient ensuite la réunion des équations en théorie avec l'introduction de concepts ; certes de concept mais il ne s'agit pas de poésie ; il faut que ces concepts qui soient quantitativement appropriés au phénomène que l'on décrit,
- ayant cette théorie, on cherche une prévision théorique testable et là c'est une question entièrement théorique (mais il faudrait que je sois prudent et que je réfléchisse davantage à ce propos),
- et vient ensuite le test expérimental de la prévision théorique, qui impose manifestement de l'expérimentation.
On voit que la réponse à la question "Pourquoi faire des expériences ?" n'est certainement pas banale.