INDULGENCE, subst. fém.
A.
Attitude
ou caractère d'une personne qui excuse, pardonne les fautes d'autrui,
qui n'est pas sévère, qui s'abstient de punir ou punit avec peu de
sévérité. Synon.
bienveillance, bonté, clémence, compréhension, mansuétude, miséricorde, tolérance; anton.
dureté, rigueur, sévérité. Indulgence d'un regard, d'un sourire, d'un verdict. Je crois à un dieu d'indulgence et de miséricorde; le dieu de vengeance est mort et ne renaîtra plus (DU CAMP,
Mém. suic., 1853, p. 236).
Il
s'obstinait à nier tout, le vol et sa qualité de forçat. Un aveu (...)
eût mieux valu, à coup sûr, et lui eût concilié l'indulgence de ses
juges (HUGO,
Misér., t. 1, 1862, p. 326).
On n'avait eu aucune indulgence pour ses plus légères peccadilles (ROY,
Bonheur occas., 1945, p. 248) :

1.
La direction jésuite n'est point sévère, elle n'a pas la dureté que
lui prête le préjugé populaire : elle est plutôt faite à l'image du
gouvernement romain, de ce gouvernement généralement doux, un
gouvernement d'
indulgence presque paternelle et de facile absolution pour les fautes qui ne s'attaquent pas à son principe...
GONCOURT,
Mme Gervaisais, 1869, p. 189.
P. méton. Manifestation de cette attitude.
Des rires et des indulgences pour les fautes du mari et des sévérités pour les peccadilles de la femme (GONCOURT,
Journal, 1895, p. 865).
B.
RELIG. (CATH.)
1. Rémission totale
(indulgence plénière) ou partielle
(indulgence partielle) des peines temporelles dues aux péchés déjà pardonnés, accordée par l'Église.
Gagner des indulgences. Le promeneur qui, au pied du calvaire, dit un Pater
et un Ave,
a droit à quarante jours d'indulgences (RENARD,
Journal, 1906, p. 1070).
Avec
quelle douceur je parlai en prêtre à cette âme si bien disposée, lui
donnai l'absolution et lui appliquai l'indulgence plénière à l'article
de la mort! (BILLY,
Introïbo, 1939, p. 196) :

2.
Quand on a cherché quelles causes avaient déterminé ce grand
événement, les adversaires de la Réforme l'ont imputée à des accidens, à
des malheurs dans le cours de la civilisation, à ce que, par exemple,
la vente des
indulgences avait été confiée aux Dominicains, ce
qui avait rendu les Augustins jaloux; Luther était un Augustin, donc
c'était là le motif déterminant de la Réforme.
GUIZOT,
Hist. civilisation, leçon 12, 1828, p. 16.
Loc. fig. et
fam., vieilli. Gagner, mériter les/des indulgences (plénières). Accomplir quelque chose de pénible, de difficile ou de désagréable.
Vous avez mérité des indulgences par votre empressement (
Ac. 1835, 1878).
HIST. L'affaire, la querelle des indulgences. Conflit religieux au début du XVI
e siècle, né de l'abus avec lequel étaient accordées ou prêchées les indulgences, et qui conduisit à la crise de la Réforme.
De l'affaire des indulgences à la rupture avec Rome (
Hist. des relig., t. 2, 1972, p. 918 [Encyclop. de la Pléiade]).
2. P. méton., au sing. Démarche de foi (pèlerinage, prière) qui entraîne cette rémission.
Indulgence du chemin de la Croix, de la Terre sainte. L'indulgence
de croisade avait longtemps dû son prestige à ce qu'elle était la seule
indulgence plénière; de même à son tour l'indulgence du jubilé (E. DELARUELLE, E.-R. LABANDE, P. OURLIAC,
L'Église au temps du grand schisme et de la crise conciliaire, Paris, Bloud et Gay, 1964, p. 815).
REM. Indulgencier, verbe trans.
a) Relig. (cath.). Attacher une indulgence à un acte, à un objet de piété, à une pratique pieuse.
Indulgencier un chapelet (
Ac. 1935). Part. passé en emploi adj.
Médaille indulgenciée. Son chapelet d'or indulgencié (BOREL,
Champavert, 1833, p. 49).
b) Rare. Faire preuve d'indulgence envers quelqu'un. Synon.
excuser, pardonner. Lockroy disait que toutes les accusations portées contre Baüer, toutes étaient vraies, mais qu'on avait voulu l'indulgencier (GONCOURT,
Journal, 1888, p. 766).
Nous
avons affaire à un féministe convaincu, et disons-le bienvaillant. S'il
rend pleine justice aux trente beautés d'Hélène ou de Bellotte, en
séance, ses clémences n'en savent pas moins indulgencier jusqu'à
Laideronnette (MONTESQUIOU,
P. Helleu, 1913, p. 40).
Prononc. et Orth. : [

]. Att. ds
Ac. dep. 1694.
Étymol. et Hist. 1. Fin XII
e s. « pardon (cont. relig.) » (
Sermons de S. Bernard, 106, 32 ds T.-L. : ensi cum li pechiet habondent, habonst assi li
indulgence);
spéc. 1268, relig. cath. « remise accordée par l'Église de la peine
temporelle due aux péchés; acte accordant cette rémission » (Lettre ds
G. ESPINAS,
Vie urbaine de Douai au Moy. Age, t. 3, p. 383 : jou renonce... à toutes
indulgences... à toutes lettres impetrées... d'apostoile ou de legat);
2. 1606 « facilité à excuser, à pardonner » lang. commune (NICOT). Empr. au lat
indulgentia «
bienveillance, complaisance » à l'époque class.; « remise d'une peine,
pardon » en b. lat.; « pardon des péchés » en lat. chrét., spéc. «
remise de la peine due au péché » à l'époque médiév. (XI
e s., plur. ds BLAISE
Latin. Med. Aev.).
Fréq. abs. littér. : 1 400.
Fréq. rel. littér. : XIX
e s. : a) 2 561, b) 1 413; XX
e s. : a) 1 752, b) 1 956.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Un commentaire? N'hésitez pas!
Et si vous souhaitez une réponse, n'oubliez pas d'indiquer votre adresse de courriel !