Note préliminaire : j'ai résolu de considérer les étudiants comme de jeunes collègues, ou, mieux, comme des collègues, mais pour les besoins de clarté, dasn ces billets consacrés aux études, j'utilise l'expression "jeunes collègues" pour désigner les étudiants, et professeurs pour désigner les "professeurs", sans distinction de grade.
Certains étudiants des écoles d'ingénieurs reprochent à certains cours de faire double emploi avec leurs cours de classes préparatoires, et cela est évidemment gênant, car les professeurs des études supérieures ont la mission de produire un savoir moderne et par conséquent de donner des éclairages nouveaux de ces matières qui sont universelles.
Cela ne me choque pas que l'on étudie la thermodynamique en classe préparatoire et encore en école d'ingénieur, mais évidemment c'est le traitement qui doit changer, car je rappelle ma métaphore de la montagne du savoir : le savoir s'est accumulé depuis le début des sciences de la nature modernes, formant une montagne, et les étudiants doivent arriver au sommet, qu'ils se destinent à la recherche scientifique ou à la technologie. S'ils deviennent scientifiques, alors ils devront chercher de faire grandir la montagne, ce qui leur impose de la faire grandir du sommet, et s'ils deviennent ingénieurs, alors ils auront pour mission de chercher les applications technologiques des connaissances moderne.
Dans cette vision, le rôle des professeurs est d'épargner aux élèves toutes les strates périmés pour les aider à arriver directement au sommet : inutile, si l'on veut aller vite, de passer par toutes les errances du passé... ce qui ne revient d'ailleurs pas à dire que l'histoire des sciences est inutile, bien au contraire !
Mais bref, cela ne me choque pas que les cours des écoles d'ingénieur prolongent ceux des classes préparatoires : la science est une.
Ce blog contient: - des réflexions scientifiques - des mécanismes, des phénomènes, à partir de la cuisine - des idées sur les "études" (ce qui est fautivement nommé "enseignement" - des idées "politiques" : pour une vie en collectivité plus rationnelle et plus harmonieuse ; des relents des Lumières ! Pour me joindre par email : herve.this@inra.fr
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vendredi 30 août 2019
jeudi 18 juillet 2013
Vive la technologie, surtout quand elle est bien enseignée.
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Dans un précédent
billet, je me suis efforcé de bien distinguer la technique, la
technologie et les sciences quantitatives.
La technique, c'est le
« faire ». Le cuisinier, par exemple, fait un geste
technique, il produit des plats, objets matériels. Toutefois la
matérialité n'est pas l'apanage de la technique, car un programmeur
fait également des gestes techniques, tout comme un médecin (ce
n'est pas moi qui le dis, mais le grand Claude Bernard : le
médecin doit soigner, produire des soins, malgré les prétentions).
Le technologie ? Il
suffit d'examiner les mots : techne, faire, et logos
signifie « étude », « connaissance »... La
technologie utilise le savoir, les connaissances, pour améliorer
les techniques. Là encore la définition n'est pas de moi : c'est
celle qui a été retenue pour la classe « Technologie et société
» de l'Académie royale des sciences, des arts et des lettres de
Belgique.
Enfin, la science
quantitative ? Cette fois il s'agit de production de connaissances :
comme on l'a vu plusieurs, on recherche les mécanismes font des
phénomènes par une méthode nous avons eu l'occasion de décrire
font soigneusement.
Comment enseigner la
technologie ?
Prenons un exemple : la
recherche de gelée claire au goût de vin rouge. Si l'on prend un
vin tannique et et si on lui ajoute de la gélatine, un trouble
apparaît ; la gelée qui prend n'est pas claire. Comment
éviter ce désagrément ? Dans un tel cas, la connaissance des
phénomènes qui ont eu lieu donne plusieurs pistes. Notamment les
polyphénols des vins rouges, et plus spécifiquement les polyphénols
de la classe des tanins, ont la propriété de se lier aux
protéines. C'est cela qui est à l'origine du trouble : les
agrégats deviennent si gros qu'ils perturbent la propagation de la
lumière.
Autrement dit, puisqu'on
ne peut pas changer le vin, on pourrait changer l'agent gélifiant :
au lieu d'utiliser de la gélatine, qui est une protéine, on
pourrait utiliser divers polysaccharides : agar-agar,alginate...
La moralité de cette
affaire est claire : la connaissance des résultats scientifiques
permet l'action.
De ce fait, de jeunes
ingénieurs doivent être formés à la connaissance des résultats
scientifiques. Ils doivent apprendre à chercher des résultats...
mais la masse de connaissances où ils devront fouiller est
immense. Il faudra donc qu'ils apprennent à sélectionner les
connaissances qui répondront aux questions qu'ils se posent. Puis
viendra l'étape d'utilisation de ces connaissances, le retour à la
technique, le « transfert technologique ».
Au total, de jeunes
ingénieurs semblent avoir besoin d'au moins quatre compétences
essentielles : d'abord ils doivent apprendre à vivre en société,
dans cette société particulière qu'est le monde industriel, lequel
n'est pas déconnecté du monde général. Dans cette partie de
leur éducation, il devrait y avoir de l'éthique, mais aussi le
maniement du langage, c'est-à-dire -soyons simples- de
l'orthographe, de la grammaire, de la rhétorique, de la logique.
Pas grand-chose de neuf depuis Aristote ou Condillac !
D'ailleurs, je n'ai considéré ici que la langue française, mais il
y aurait lieu d'apprendre une plusieurs langues étrangères. Plus
généralement, regroupons toutes ces matières indispensables sous
le nom d'humanités. À côté, il doit y faut un enseignement qui
permette de sélectionner des résultats utiles... ce qui suppose
qu'il y aura eu un enseignement qui conduit à comprendre les
résultats des sciences quantitatives. Enfin, il faut un enseignement
du transfert technologique, le travail qui consiste à passer du
résultat scientifique à l'application.
Cette vision a des
corollaires, et, notamment, elle montre qu'il ne faut pas transformer
les ingénieurs en scientifiques. Les ingénieurs n'ont pas à
passer leur temps à chercher les mécanisme des phénomènes. Même
s'ils sont de remarquables ingénieurs de recherche, leur objectif
est technologique. Même si, au cours de leur des travaux
technologiques, des innovations surviennent, utiles à l'exercice de
la science, les ingénieurs ne semblent pas devoir faire de sciences
quantitatives pour autant. Par exemple, au Centre IBM de Zürich, il
y a quelques années, M. Rohrer et M. Binnig avaient mis au point un
microscope à effet tunnel. Il ne s'agissait pas d'aller explorer
les phénomènes, mais bien de mettre au point un microscope. La
science a largement fait usage de ces outils, comme Galilée fit
usage de la lunette, récemment intentée. Plus généralement, la
science utilise très fréquemment les innovations, les nouveaux
moyens d'observation, mais la science a ses objectifs et ses
méthodes, et la technologie en à d'autres.
Vive la technologie !
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