dimanche 16 juin 2019

L'évaluation des manuscrits scientifiques soumis aux revues doit être mieux prise en compte dans l'évaluation des scientifiques !

Dans nos organisations d'enseignement supérieur, nos partenaires industriels nous réclament aujourd'hui que nous formions bien les "collègues plus jeunes" (ma terminologie pour désigner les étudiants qui bénéficient d'une carte d'étudiant) à l'évaluation des articles scientifiques.
J'ai bien dit l'évaluation, et non pas seulement la lecture. Pour la lecture, c'est fait, mais ce qui est en jeu, c'est de reconnaître si un article scientifique est fiable ou non... preuve que je ne suis pas complètement insensé de dire que les revues scientifiques font mal leur travail, et publient bien trop d'articles médiocres.
Dans notre groupe de recherche, nous en sommes réduits, quand nous nous échangeons des textes, après une étude bibliographique, à les assortir d'un mmm (exécrable), mm (très mauvais), m (mauvais), b (bon), bb (très bon), bbb (excellent)... et nos statistiques montrent, hélas, que la balance penche puissamment du mauvais côté. Je ne compte pas ces textes qui commencent par "la couleur des aliments est le paramètre le plus important de l'appréciation gustative" ; ces textes dont la description des matériels et des méthodes est insuffisante pour reproduire l'expérience   ces textes où fleurissent les adjectifs et adverbes, qui auraient dû être remplacés par la réponse à la question "Combien ?" ; ces textes où les interprétations se résument à "nos résultats sont conformes à ceux de XXXX"... Il y a du ménage à faire, et cela de façon urgente !

Nous sommes bien d'accord : les scientifiques doivent faire de la recherche scientifique, et chercher les mécanismes des phénomènes, en mettant en oeuvre cette si belle méthode scientifique que j'ai décrite bien des fois dans ce blog.

Toutefois, dans la mesure où nous publions les résultats en les soumettant à des pairs (les "rapporteurs" sollicités par les revues scientifiques), n'avons-nous pas une obligation morale d'accepter à notre tour d'évaluer des manuscrits ? D'ailleurs, il s'agit moins d'évaluer, à savoir déterminer la valeur, que de discuter des manuscrits afin que les auteurs puissent les améliorer, jusqu'à ce que ces textes soient acceptables (et acceptés) pour publication.
Bref, je me demande si nous ne devrions pas expertiser autant que nous sommes expertisés, voire davantage à mesure que nous devenons plus capables de mieux conseiller nos amis, de mieux dépister des erreurs ou des imprécisions qu'ils font, toujours avec l'idée de mieux élaborer ce qu'Albert Einstein nommait le Temple de la science. 

Être rapporteur demande du temps, du soin. Il faut tout autant être vigilant quant aux interprétations que s'intéresser aux références, qu'il faut connaître ou lire. Il faut traquer les erreurs méthodologiques, mais aussi identifier des ambiguïtés de simple rédaction... Bref, ce sont des heures de travail pour chaque manuscrit expertisé. Et l'on doit bien dire, en ces temps de publication à outrance, avec un nombre de scientifiques qui a explosé, un nombre de manuscrit qui a démesurément augmenté, notamment avec l'ouverture de la Chine ou de l'Inde, que les rapporteurs ne suffisent plus à la tâche. Alors que, déjà, nous avions le sentiment qu'expertiser des articles n'était pas "notre métier", lequel était de produire des connaissances.

Mais le présent est un appel : nos systèmes d'évaluation, qu'il s'agisse des HCERES ou des systèmes particuliers à chaque organisme de recherche, font la part très faible à l'évaluation des manuscrits scientifiques, et cela n'est pas bon. Déjà, les facteurs H, d'impact ou autres sont des indices bibliométriques que je déteste pour mille raisons qu'il serait trop long de donner, mais rien n'est dit, dans ces indices de cette activité essentielle qu'est l'évaluation scientifique.  Il faut changer cela rapidement !

Mais ai-je bien raison d'évoquer l'absence de prise en compte de l'activité de rapporteurs ? 
Allons, regardons, par exemple, les critères d'évaluation de la section 13 du CNRS :

SECTION 13
Chimie physique, théorique et analytique

Ces critères sont ouverts, non exclusifs, non hiérarchisés et non strictement cumulatifs.
Evaluation périodique des chercheurs
Critères communs à tous les chercheurs

Les chercheurs seront avant tout évalués sur la qualité et l'originalité de leurs contributions scientifiques sans se contenter d’un simple examen de critères quantitatifs ou bibliométriques. Ces derniers seront pris en considération en intégrant les spécificités des différentes sous-disciplines qui composent la section et en considérant le contexte local, national et international. L'évaluation périodique prend également en compte les autres dimensions de l'activité de recherche comme la diffusion de la culture scientifique, la valorisation ou le transfert des connaissances, les responsabilités collectives ou de management de la recherche, etc. L’évaluation d’un chercheur est par essence «multicritères».

Contributions scientifiques: La section examinera l’ensemble des productions (publications, conférences invitées, ...) en cherchant à faire apparaître le poids relatif des différentes contributions (travail de thèse, travail de post-doc, nouveau(x) sujet(s), ...). L’originalité et l’impact des travaux dans la communauté scientifique seront au cœur de l'évaluation, ainsi que les interactions avec les chercheurs d’autres disciplines ou sous disciplines. L’implication dans des programmes de recherche nationaux et internationaux sera évidemment considérée.

Enseignement, formation, encadrement et diffusion de l’information scientifique: La section examinera attentivement tout type de participation à des actions de formation, de dissémination de savoir-faire, de vulgarisation scientifique, d’encadrement, d’organisation de réunions scientifiques ...

Mobilité: Il s’agit de la mobilité thématique aussi bien que géographique. Elle ne constitue pas une valeur ajoutée par elle-même, mais par la nouveauté et la dynamique scientifique qu’elle permet.

Transfert technologique, valorisation, relations industrielles: La section prendra en compte toute action de valorisation ou de transfert technologique dont les brevets, les procédés brevetés effectivement exploités ayant un poids particulier. Par ailleurs, ces critères seront examinés suivant les spécificités de la sous-discipline du chercheur, celles-ci pouvant se présenter sous différentes formes et chacune ayant son bénéfice, direct ou indirect.

Objectifs et dynamisme de la recherche: Ce dernier critère est éminemment qualitatif. Il s’agit d’évaluer en quoi le projet de recherche, à court et moyen terme, s’inscrit dans une dynamique et dans un contexte national et international porteur. Le rôle moteur, le travail en équipe et la prise de risque seront ici, autant que possible, évalués.

Remarques importantes pour la rédaction du dossier: La section conseille vivement de présenter la liste des publications en faisant clairement la distinction entre les articles parus dans des revues internationales à comité de lecture, les actes de congrès, les revues sans comité de lecture et les articles de vulgarisation. Il est également conseillé de faire apparaître l’auteur correspondant. De même pour les présentations orales, il conviendra de préciser la nature de celles-ci (communication orale, invitée, séminaire, etc.) et le rôle du chercheur (orateur ou co-auteur). Il est important qu’un résumé signalétique puisse être communiqué aux membres de la section, que les relations entre l’information scientifique et les données quantifiables apparaissent de manière claire et que les rapports d’activité «à vague» et «mi-vague» soient concis.



Donc, je n'avais pas tort : pas une ligne -explicite- sur l'activité d'évaluation des manuscrits. Cela n'est pas bon, et doit être changé rapidement, vu la qualité médiocre de bien trop  d'articles publiés actuellement !

samedi 15 juin 2019

Cinq questions pour des recrutements


Des collègues plus jeunes m'interrogent à propos de candidatures qu'ils déposent ou prévoient de déposer, et des collègues moins jeunes m'interrogent à propos de recrutements qu'ils doivent faire.

Je n'ai pas de certitudes, mais c'est un fait que, quand j'étais en position d'embaucher des personnels, je posais cinq questions :
1. quelle est l'idée de la théorie de l'évolution?
2. de combien l'Europe et l'Amérique se séparent-elles en un an?
3. qu'est-ce que la réaction de Diels-Alder?
4. combien avez-vous de cheveux sur la tête ?
5. qu'est-ce que le changement de variable de Clairaut ?

On peut avoir l'impression que cela fait un groupe de questions un peu hétéroclite, mais c'est voulu : en science, il faut de la culture, sous peine de réinventer la poudre. D'autre part, chacune des questions ici donnée a sa raison.
Pour les première et deuxième, il s'agit de connaissances très élémentaires, puisque cela est enseigné au collège ! Et, pour la deuxième, on pourrait même calculer un ordre de grandeur, comme on le verra avec la quatrième question.
Pour la troisième, c'est de la chimie du début de la licence : la réaction est très simple, très classique, une des premières que l'on apprend. Élémentaire, utile : à savoir absolument, donc.
Pour la quatrième, c'est inspiré de la question que le physicien Enrico Fermi posait à ceux qui postulaient pour des séjours dans son laboratoire. Il suffit de quelques multiplications pour répondre, et, surtout, il s'agit de mettre en oeuvre des ordres de grandeur  : nous jouions à cela avec mes enfants quand ils étaient à l'école primaire.
Enfin, la cinquième question est seulement une façon de voir si le candidat a des notions de calcul différentiel et intégral. C'est une question sans intérêt, tout comme j'aurais pu demander l'énoncé du théorème de Guldin, ou l'expression du laplacien en coordonnées polaires... Mais, très honnêtement, c'est sans intérêt dans le détail  : seulement une façon de reconnaître ceux qui sont  des "nôtres". Facultatif et sans conséquence.

Mais je n'ai jamais eu les réponses que j'attendais

Oui, c'est là quelque chose qui m'a toujours étonné : alors que je recrutais des collègues plus jeunes ayant une thèse de physique ou de chimie, je n'ai jamais eu les réponses aux questions précédentes.
Pour la cinquième, j'ai dit ce que j'en pensais, mais pour les autres, je m'interroge. Pourquoi, d'abord, assister à des cours (de collège) si c'est pour oublier ce qu'on y enseigne ? Quel est ce drôle de jeu que l'enseignement classique, qui conduit à des ignorants de faits scientifiques élémentaires ? Que demandons-nous à cet enseignement ? Pourquoi supportons-nous qu'il soit finalement nul ?
Pour la troisième question, il faut dire que j'ai eu parfois la réponse, et cela me rassurait. Bien sûr, pas toujours une réponse très précise, et rarement par les physiciens, mais bon, réjouissons-nous de ce petit peu. Pour la quatrième, hélas, calme  plat.


A quoi faut-il s'attendre ?


Finalement, si je n'ai pas la réponse à mes questions, dois-je considérer que ces dernières sont insensées ? Car le monde est le monde, qui ne changera pas, et nous devons nous efforcer de secourir ceux qui en ont besoin, n'est-ce pas ? La fameuse "seconde chance"...
Changer les questions ? Je vois mal comment faire plus simple, d'autant que j'ai dit que la dernière question était facultative. Ne pas tenir compte des réponses ? Mais alors, pourquoi auditionner des candidats ?
Considérer que tout l'enseignement précédemment suivi par les candidats est non avenu, et que tout commence avec la candidature réussie ? C'est quand même admettre que nos interlocuteurs ont perdu environ 20 ans de leur existence. Dans mes jours réalistes, je me souviens de ce débat que j'avais organisé à propos de l'enseignement supérieur, et où un des intervenants avait observé que, en master, il y avait naguère 20 étudiants (sélectionnés), mais que nous en avions aujourd'hui 400... où les 20 d'antan se trouvaient quand même.

Bien sûr, j'ai le sentiment que tout ce billet est politiquement incorrect, mais quand même, ne doit-on pas attendre un minimum de connaissances et de compétences quand on attribue des diplômes, sauf à admettre que lesdits diplômes ne valent rien ? Ne doit-on pas s'attendre à ce que ceux que l'on embauche aient les connaissances et compétences nécessaires à l'exécution des tâches qui leur sont confiées ?

Et puis, on me connaît : je suis très désireux de m'améliorer, par les remarques de mes amis qui lisent mes billets. Bon, je ne suis pas toujours d'accord avec les observations que l'on me fait, comme récemment  à propos de l'homéopathie, mais si des observations sont formulées calmement, rationnellement, alors je serai reconnaissant qu'on me les fasse.

N'hésitez donc pas : commentez s'il vous plaît mes cinq questions en vue d'un recrutement.


vendredi 14 juin 2019

Méfions-nous !


Nous sommes bien d'accord que :
1.  l'expérience est intransmissible
2. il faut être très positif
3. critiquer un livre, c'est lui faire de la publicité, ce qui va à l'encontre du but visé.

Pour autant, surtout en ces temps d'écologisme idéologique, je m'en voudrais de ne pas tendre à mes amis quelques idées qu'ils pourront ruminer à leur guise.
Tout d'abord, je vous ai extrait d'un livre de Robert M. Pirsig, le Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes, cette phrase :

"J'en profite pour continuer à poursuivre [...] la rationalité, ce fantôme ennuyeux, complexe et classique de la structure interne".

Oui, le livre est un roman, une fiction, ce qui est commode pour l'auteur, qui pourra toujours dire qu'il n'a pas lui-même dit ce qui est dans la bouche d'un personnage inventé; mais quand même, le roman fait l'apologie de l'anti-rationalité, avec mille arguments qui sont dans le même sens que celui que je dénonce ici.
D'où ma question : à vous de vous déterminer sur cette idée ! Et j'élargis cela à Thoreau, dont le Walden (encore une fiction) a eu pour effet que des individus sont allés vivre dans les bois. Et je ne peux m'empêcher d'évoquer ici Rousseau, personnage que je déteste, parce que le trouve faux (alors que je trouve Diderot si merveilleux !)

Mais encore, à vous de vous faire votre idée ! Pour en revenir à Pirsig, on lit plus loin :
"Le véritable but de la méthode scientifique est de s'assurer qu'on ne s'imagine pas savoir ce qu'en fait on ignore".
Il confond science et analyse ! D'ailleurs, ce passage n'est pas le seul où la confusion est faite.
Décidément, je n'avais pas aimé ce livre, lors d'une première lecture, et je le déteste, lors d'une seconde lecture, parce que, en réalité, il fait partie de ces apologies d'idéologies que je crois très néfastes.

Mais, j'insiste, je vous invite à le lire pour que vous vous fassiez une idée, car je ne suis pas un gourou que l'on doive croire. Et vous m'en direz des nouvelles.


mercredi 12 juin 2019

Qu'est-ce que la cuisine note à note ?

Qu'est-ce que la cuisine note à note ? Pour l'expliquer, je propose de partir d'une comparaison entre la cuisine et la musique.
La musique, d'abord. Il y a deux siècles, tout d'abord, on faisait de la musique avec des instruments (violons, trompettes, flûtes…), qui ont l'intérêt de donner des sons tout faits, propres à chaque instrument : le timbre d'une flûte n'est pas celui d'un violon. Et, à cette époque, on cuisinait avec des fruits, légumes, viandes, poissons… qui ont chacun le goût de ce qu'ils sont.
Puis, il y a un siècle environ, la physique a réussi à analyser les sons : on a compris que tout son  peut être décomposé en un  « fondamental » et en des « harmoniques », tandis que le timbre des instruments de musique classique découle d'une proportion particulière, évoluent particulièrement dans le temps. Au même moment, la chimie a commencé à analyser les aliments, et l'on a compris, progressivement, que tous les aliments sont faits de « composés » variés : protéines, acides aminés, sucres, lipides, vitamines…
Il y a cinquante ans, la musique a alors évolué davantage, quand l'électronique est apparue ; il fallait alors une pièce pleine d'ordinateurs pour parvenir aux premier sons de synthèse, aux premières musiques de synthèse… qui sont aujourd'hui partout. Un synthétiseur se trouve aujourd'hui dans un magasin de jouet pour environ 20 euros.
Et en cuisine ? En cuisine, j'ai proposé en 1994 que l'on fasse comme pour la musique, à savoir que l'on construise des aliments composé par composé : c'est cela, la cuisine note à note.
La première présentation à la presse s'est faite au Mandarin Oriental de Hong-Kong en 2009, et, depuis, des cuisiniers de plus en plus nombreux, dans le monde entier, travaillent pour produire des plats nouveaux. Je n'ai pas ici la place pour expliquer l'intérêt de ces travaux, mais j'en retiens au moins deux : (1) un art culinaire nouveau se développe ; (2) la cuisine note à note semble utile, en vue de nourrir dix milliards d'humains.

mardi 11 juin 2019

De l'enseignement "matriciel" ?


On me connaît : j'ai parfois de grandes crises de ce que je nomme du "réalisme naïf", à  propos du fonctionnement du monde, et, notamment, de ce qui est nommé "enseignement".
Tiens, quelques faits qui vous étonneront - j'espère- autant que moi:
1. nos "collègues plus jeunes" (ma nouvelle terminologie pour "étudiants") ont des formations variées, des niveaux variés quand ils arrivent dans nos cursus, et même si nous faisons des "mises à niveau" ;
2. nos collègues plus jeunes ont des objectifs variés (souvent ils n'en ont d'autre que de suivre les cursus que nous organisons, sans savoir ce qu'ils en feront), qui imposent, donc, des formations variées (je rappelle que, pour être "capable" d'avoir une activité pour laquelle nous sommes rétribués, nous devons avoir des connaissances et des compétence spécifiques)
3. nous proposons des enseignements dans des disciplines particulières (avec l'espoir que celles-ci feront des connaissances et des compétences utiles
4. si tous les collègues plus jeunes suivent les mêmes cours, certains perdront leur temps, soit parce qu'ils seront perdus, soit parce qu'ils s'ennuieront, soit parce que les disciplines particulières que nous proposons n'entrent pas bien dans leur projet professionnel

La conclusion s'impose : il faut changer tout cela. Comment ? Je propose de considérer des "enseignements matriciels", avec en colonne les collègues plus jeunes (toujours partir d'eux, toujours !) et en ligne des connaissances et des compétences, éventuellement groupées en "cours" ou en disciplines.
Bien sûr, il y a des indispensables, obligatoires en quelque sorte, mais aussi des choix, des options, en nombre important.
Comment mettre cela en oeuvre alors que le temps des professeurs (je me refuse absolument à utiliser le terme jargonisant d' "enseignant") est compté ? Je crois que si des cours ex cathedra sont utiles pour donner de l'enthousiasme, de la perspective, du recul, sont utiles, il faut des travaux personnels, ce qui implique que les professeurs seront souvent des tuteurs, avec une organisation des tutorats qui doit être intelligemment faite.

Mais c'est là plutôt une question qu'une affirmation !

lundi 10 juin 2019

Répondre à un examinateur


Comment se comporter devant un examinateur ?

Je propose deux cas :
- celui où le candidat sait répondre à la question posée,
- et le cas où il ne sait pas.
1. S'il sait répondre, l'affaire est assez facilement réglée, mais attention à ne pas laisser une perle dans le fumier. Quand on sait répondre, on a intéret à prendre le plus grand soin à bien mettre en valeur la réponse. Par oral, on ira droit au but, sans hésitations. Par écrit, on ne manquera pas de soigner l'écriture, la mise en page, l'orthographe...

2. Si le candidat ne sait pas répondre, tout n'est pas perdu, car il y a toujours cette merveilleuse métaphore du taureau qui fonce quand on agite devant lui un torchon rouge : l'examinateur étant un enseignant, son but est de voir l'apprenant réussir à apprendre. Autrement dit, le candidat doit montrer qu'il a appris, même s'il n'a pas spécifiquement appris le point qui lui est demandé et qu'il ignore.
A savoir aussi : il y a des cas où l 'on veut un ordre de grandeur, et d'autres où l'on cherche une solution exacte. En début de réponse, bien se demander dans quel cas on est.
Plus généralement, il y a des points importants :
- ne pas sauter sur la réponse en coupant la parole à l'examinateur, et ne pas rester silencieux trop longtemps quand la question a été donnée. Dans le premier cas, on montre qu'on n'est pas sûr de soi (surtout si on ne sait pas !), et, dans le second, on risque de faire penser qu'on est imbécile. Il y a un bon dosage à trouver : un temps de réflexion qui montre que l'on sait réfléchir, puis on répète la question posée, calmement, mot à mot, ce qui donne des pistes pour y réfléchir.
- ne pas chercher à bourrer le mou de l'examinateur : rien n'est plus déplaisant que quelqu'un qui ignore la réponse à la question mais, avec beaucoup d'aplomb, cherche à nous faire croire qu'il sait.
- prendre du recul... ce qui conduit parfois à trouver la solution qu'on ignorait.

Et c'est là où ce billet peut (souhaite) être utile. Oui, répétons la question, en nous demandant d'abord - à voix haute- si l'on nous demande une solution formelle (des équations), ou bien un ordre de grandeur, ou bien un résultat numérique juste. Cela, c'est de la stratégie, et ça montre que l'on a du recul sur la question et sur l'examen en général.
Puis il faut soliloquer (voir cela dans d'autres billets), à savoir prendre chaque mot de la question comme on prendrait un fil d'une pelote de laine : on dit le mot, on le considère (toujours à voix haute), et l'on dévide ce que l'on sait à propos de ce mot. Par exemple, supposons que l'on soit interrogé sur la différence de température entre le bas et le haut de la tour Eiffel  par un examinateur  qui attend des calculs de thermodynamique classique, on peut évoquer les mots "hauteur", "atmosphère", puis penser (toujours à voix haute) que la pression diminue avec l'altitude, évoquer la relation des gaz parfaits, et, surtout, évoquer la thermodynamique classique, laquelle est une science qui considère des équilibres, et qui discute les phénomènes en termes d'énergie, et ainsi de suite : tout ce que nous aurons dit ne suffira pas à répondre la question, mais nous aurons montré que nous ne sommes pas totalement ignorants.


Un exemple ?


Soit la question « Combien de cheveux sur ma tête ? ».
Une mauvaise réponse est un «  je ne sais pas », qui n'a que le mérite de l'honnêteté (2/20 ?).
Une autre mauvaise réponse est « dix millions », parce que c'est du bluff idiot.
Le mieux, c'est quand on analyse la question, qu'on la remâche.
Des cheveux sur la tête ? On fait un dessin, on voit que les cheveux sont désordonnées et à des distances variées, donc on fait un modèle simplificateur, en les plaçant aux sommets d'un réseau, carré si possible.
Puis on fait une hypothèse : disons que les cheveux sont espacés de un millimètre, ce qui en fait 100 par centimètres carré. A raison d'une tête de 20 centimètres par 20 centimètres, cela fait 400 centimètres carrés, et l'on triplera pour considérer la nuque et les côtés, soit 1200 centimètres carrés, soit finalement 120000 cheveux.
Là, l'ordre de grandeur est bon, et il faudrait être mal intentionné pour récuser une telle réponse, surtout si elle est énoncée aimablement (autant être poli : cela ne coûte rien).

Évidemment, il est bon de savoir que les meilleurs sont ceux qui savent répondre à toutes les questions... parce qu'ils ont déjà considéré toutes les réponses... d'autant que, s'ils étaient face à une situation nouvelle, ils seraient armés pour répondre, mais puisque tous ne sont pas ainsi, au moins, je serais heureux de contribuer à les aider.

samedi 8 juin 2019

Le 7e Concours de cuisine note à note


Les gagnants
du 7e Concours international de Cuisine Note à Note sont…



Le 7 juin 2019, à AgroParisTech (Paris, France), le Inra-AgroParisTech International Centre for Molecular and Physical Gastronomy organisait la finale du 7e Concours international de Cuisine Note à Note.



Cette finale faisait suite au 9e International Workshop of Molecular and Physical Gastronomy, réunissant à Paris des chercheurs et des enseignants chercheurs d'une quinzaine de pays.



Dans les critères retenus pour le Concours, le jury (incluant le chef Patrick Terrien, Yolanda Rigault, Michael Pontif, Sandrine Kault-Perrin) a surtout insisté sur :
- la « pureté » des préparations (le plus possible des composés purs, pas de fruits, légumes, viandes, poissons, épices…)
- l'inventivité
- la complexité
- la conformité aux deux thèmes possibles : diracs (reproductions de viande) et cocktails
- le goût !



Des prix ont été décernés par catégories :



Catégorie Etudiants :
1e prix ex aequo : David Hurley, TU4Dublin, Ireland ; Eugenia Xynada, TU4Dublin Ireland
3e prix : Inthuja Manickam, FIPDES Master Student, Indonesia
4e prix : Aziliz Le Bescond, Chimie ParisTech, France

Catégorie Chefs :
1. Eugene Lee Choi & Ye Eun Kim, Hanyang University, Seoul, Korea
2. Marc Saillard et Bernard Clausse

3e Groupe :
Rohit Srivastava, India (en cours de thèse à AgroParisTech, France)
Andrea Neri, Italy





Illustration 1: De gauche à droite : Michael Pontif (Société Iqemusu), Marc Saillard, Rohit Srisasawa, Andrea Neri, Hervé This, Patrick Terrien, Ye Eun Kim, Eugene Choi, Roisin Burke, Sandrine Kault-Perrin et Jean-Claude François (Société Louis François)








Les recettes proposées seront mises dans les jours qui viennent sur le site d'AgroParisTech : http://www2.agroparistech.fr/International-Contest-for-Note-by-Note-Cooking-No7.html