mardi 21 novembre 2017

A propos de diplômes




Dans ma proposition de rénovation des études supérieures, c'est-à-dire de transformation de l' « enseignement » en « études », il y a notamment la proposition, plus spécifique, de fixer des niveaux, c'est-à-dire des référentiels de connaissances et de compétences qui conditionneraient l’attribution des diplômes : aux étudiants d'étudier pour avoir ces connaissances et compétences, et aux professeurs (puisque je ne veux pas d' « enseignants ») d'agir comme des tuteurs qui donnent de l'enthousiasme, qui débloquent en cas de besoin, qui guident, et, surtout, qui s'assurent que les études se déroulent dans les meilleures conditions.

A ce propos, un de mes très bons collègues me fait observer que ces notions de référentiels sont bien strictes, et qu'elles oublient le « métier ». Le métier ? J'ai d'abord été bien ennuyé par cette observation, qui venait d'une personne de qualité, parce que, effectivement, il semblait y avoir des tas de choses en plus des connaissances et des compétences techniques : des savoir-vivre, des savoir-être, de l'enthousiasme…
Certes, il n'a pas été démontré que ces choses-là puissent être évaluables aussi facilement que des connaissances et des compétences. Mais il n'a pas été non plus montré que cela ne puisse pas être évaluable ! En toutes choses, un peu d'intelligence ne messied pas, et, en l'occurrence, je ne vois pas d'opposition entre les deux points de vue, car connaissances et compétences, qui sont ce socle technique sur lequel on peut bâtir une activité professionnelle peuvent -doivent !- s'assortir de bien des sortes de compétences et connaissances.
J'ai ainsi évoqué, dans ma proposition de rénovation, il n'y ait plus d’enseignants mais des professeurs. Dans cette différence, il y a évidemment tout ce qui dépasse connaissances et compétences techniques, tout ce savoir vivre, ce savoir être qui permettront à nos étudiants à tenir des rôles décents dans les entreprises qui les embaucheront.
Le référentiel, c'est donc un minimum, mais un minimum indispensable, car, ayant travaillé pendant vingt ans dans l'industrie, contrairement à mon collègue qui est toujours resté fonctionnaire (enseignant à l'université), j'ai eu l'occasion d'apprécier la question des compétences. Même si un collaborateur est charmant, son incompétence est une plaie, qui se reporte comme une charge sur le reste de l'équipe. Et d'autre part, oui, nos étudiants doivent avoir des valeurs, et c'est d'ailleurs ce que j'ai proposé que les professeurs transmettent, et c'est largement insuffisant.
Je m'objecte à moi-même que tous les étudiants n'iront pas dans l'industrie, et qu'une partie ira travailler au service du public, mais je vois assez mal pourquoi cette partie n'aurait pas besoin de connaissances et de compétences comme les autres. Il y a aussi ceux qui se dirigent vers l'étude, les chercheurs en quelque sorte : ils ont les mêmes besoins que les atures.
D’ailleurs, je n'ai pas dit que ces connaissances et compétences étaient absolument orientés en vue d'une application immédiate de l'industrie, bien au contraire : je maintiens que c'est la plus grande culture qui s'impose, pour la recherche, comme pour la technologie et la technique.

Ce que j'ai dit surtout, c'est que ma proposition tient tout entier dans cette phrase : les étudiants doivent étudier, et le système universitaire doit être là pour conduire à ce résultat dans les meilleures conditions possibles.