jeudi 9 mai 2013

Matière à réflexion, en provenance de l'Académie de médecine


Haro sur les médicaments ! LE CERCLE. LES ECHOS
Les médicaments sont des biens précieux qui ont contribué et contribuent encore au progrès de l'humanité. Grâce à eux, l’homme vit de plus en plus longtemps dans de meilleures conditions, l’espérance de vie a progressé de 8 ans pour les hommes et de 6,5 ans pour les femmes en France depuis 1981, notamment grâce à la recherche médicale. Des pathologies ont été complètement éradiquées et des malades sont guéris tous les jours. Autrefois, on considérait comme folles des personnes atteintes de problèmes de santé mentale comme la dépression ou la bipolarité. Aujourd’hui, on peut les traiter efficacement avec des médicaments comme les antidépresseurs et ainsi améliorer leur qualité de vie
Les médicaments ont aussi un impact bénéfique peu connu sur notre économie. Ils permettent souvent aux patients d'éviter la chirurgie et l'hospitalisation, de rester auprès de leur famille et de continuer d'être actifs. Selon une étude menée par le professeur Frank Lichtenberg (Columbia University), chaque dollar dépensé sur les médicaments permet de réduire en moyenne les autres dépenses en santé de sept dollars.
Même la confiance des Français dans le médicament continue de progresser (77 % des Français jugent que les médicaments se sont améliorés depuis 20 ans et qu’ils continueront de s’améliorer dans 20 ans), depuis quelque temps, il semble que certains aient tendance à oublier la raison même de l’existence des médicaments : leur visée thérapeutique… Responsables de tous les maux on ne perd pas une occasion pour les diaboliser. Chaque trimestre qui passe possède son nouveau scandale qui s’annonce encore plus terrible que le précédent. Nous sommes en pleine escalade. Un peu comme lors des émeutes de 1995, où chaque clan attendait les résultats de la veille égrenés par des communicants en mal de reconnaissance pour incendier de plus belle le soir même. Quel que soit le scandale, à chaque fois nous avons la même mécanique opératoire bien huilée, une partie de billard qui se joue en 4 bandes.
1 – Les médias : autrefois source fiable d’information, relookés en lanceurs d’alertes, ils sont aujourd’hui en grande majorité à l'affut de la moindre rumeur capable de susciter le maximum de buzz. Et une fois le Graal débusqué, ils s'y vautrent jusqu'au délire et à la nausée. Analyses, synthèses, recommandations et bon sens qui faisaient le sérieux et la renommée de certains titres sont devenus des notions ringardes que l’on met de côté au seul nom du dieu audimat ! Il faut du sensationnel pour intéresser le chaland et il faut le saupoudrer d’une forte dose de terreur, car après le voyeurisme la peur est un booster exceptionnel des ventes. Et on y va sans retenue au nom du "Dieu Audience" : traitements hormonaux de la ménopause, Mediator, prothèses PIP, pilules contraceptives… Plus cela fait peur, plus on attire le lecteur, plus l'audimat grimpe, plus la publicité afflue et au final plus l’argent rentre. Avec la pilule nos amis des médias n’y sont pas allés de main morte ! Ils ont juste mis de côté que cela concernait 6 millions de femmes… Et on jette le bébé avec l’eau du bain en mélangeant les genres et en clouant au pilori ce qui est sans doute l'une des inventions les plus déterminantes pour le genre humain : la contraception moderne, pilule en tête.
2 – Les laboratoires : montrés du doigt, détestés de tous, ils sont le diable personnifié. Leur seule raison d’être dans la vie est d’imaginer et commercialiser des substances dangereuses dans le but de faire un maximum de profits sur le dos de ces pauvres patients (remarquez que dans ce cas, il conviendrait mieux de parler de clients). Pas besoin de leur faire un procès, condamnons-les d’avance ce sera plus rapide. Coupons-leur la tête sans hésiter à ces "chiens" ! Les BIG Pharma, comme on les nomme aujourd’hui, ne peuvent être QUE coupables. Et dans un élan de justice, jetons tous leurs produits diaboliques à la poubelle pour glorifier Rika Zaraï, cette avant-gardiste méconnue, cette grande dame venue prêcher dans nos contrées incultes
3 – Les médecins experts : suppôt de Satan par excellence, puisqu’ils travaillent en étroite coopération avec le diable, il est inconcevable qu’ils soient compétents ! Du fait de leur affiliation avec les laboratoires, ils ne peuvent être que des ripoux à la solde des BIG Pharma. Tranchons-leur la tête aussi !
Et si d’aventure il y en avait certains honnêtes, crédibles et consciencieux… tant pis pour eux, comme la dit La Fontaine, si ce n’est toi c’est donc ton frère ! Pas de détails, pas de chichis, livrons-les à la vindicte populaire seule capable de différencier l’ivraie et le bon grain !
De toute façon, ce sont comme les politiques : un de pourri = tous pourris ! Le travail des experts requiert du temps et de la réflexion ? Foutaise, ils font exprès de ralentir les dossiers ! Remplaçons-les par des gens intègres ! Question, où pouvons-nous trouver un expert pur et vierge de toute pollution/subordination/conflits d’intérêts. Mais que je suis bête, c’est tellement évident passons-nous des experts et choisissons parmi ceux qui ne le sont pas. Pour les décisions, on leur associe du Twitter, du Facebook et du Google + et hop c’est fait, voilà des experts 2.0 qui vont nous résoudre tous les problèmes.
4 – Les Autorités de Santé : spécialistes de la transmutation des parapluies en parachutes, ils arrivent après la bataille pour éteindre l’incendie. Les responsables (mais pas coupables) de la Santé publique regroupent un agglomérat de gens aux divers pouvoirs, qui par la magie des couches administratives successives et des copinages électoraux s'approuvent ou se contredisent selon les situations et la majorité au pouvoir du moment : ANSM, HAS, ministère de la Santé, etc. Tels Roselyne Bachelot et Xavier Bertand qui se battent becs et ongles en 2009 pour faire rembourser les pilules de 3e et 4e génération et sont fiers d'y parvenir au nom de l'équité sociale. Pour qu’en 2012, une Marisol Touraine décide en fanfare de les dérembourser, puis de retirer du marché la Diane 35 au nom du sacro-saint Principe de Précaution inscrit dans notre constitution. Certes Diane 35 est obsolète (et surtout, ne présente plus guère de bénéfices en 2013), mais elle est encore utilisée par 315 000 femmes au moment de l'annonce ! Vent de panique dans la population féminine, surtout que dans le même laps de temps on décide de rembourser à 100 % les IVG. Message un peu bizarre !
Et les patients dans tout cela ? Certains ont aussi leur part de responsabilité dans la diabolisation du médicament. La France est le pays européen qui consomme le plus de médicaments, sans justification objective : les Français ne sont pas en moins bonne santé que leurs voisins. Des habitudes culturelles, chez les médecins comme chez les patients, expliquent largement ce phénomène : 9 consultations sur 10 donnent lieu à une ordonnance. Beaucoup de patients ont pris l’habitude d’avoir systématiquement une prescription de médicaments, et parfois les médecins ont du mal à ne pas répondre à leur demande…
Les médicaments ne sont pas de vulgaires bonbons, ils contiennent des principes actifs. Aucun médicament existant sur le marché n’est dépourvu de risque et tous ont des effets secondaires, pouvant être parfois mortels. Selon l’OMS, il est possible d’éviter au moins 60 % des effets indésirables dont les causes peuvent être les suivantes :
• Automédication tous azimuts avec des médicaments sur ordonnance que l’on a retrouvés dans son armoire à pharmacie, ou qu’un ami vous donne ;
• Non-respect des règles d’utilisation et/ou augmentation de la posologie pour réduire la durée du traitement ;
• Utilisation d’un médicament ayant d’autres fonctions que celle pour laquelle il est prescrit (par exemple Diane 35 est à la base un traitement contre l’acné) ;
• Trouble médical, génétique ou allergique qui n’a pas été détecté ou qui n’est pas indiqué par le patient ;
• Interactions avec d’autres substances (médicaments et/ou aliments)
• Médicaments contrefaits (selon l’OMS, 50 % des médicaments vendus sur le Net seraient des contrefaçons).
Les deux premiers sont du registre du bon sens, mais régulièrement oubliés…